Sommeil vert

Publié: 25 novembre 2014 dans Sciences sociales

Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de faire des… comment dire… trucs insolites pendant votre sommeil ? Pas toujours très civils ? Des choses qu’on vous apprend au réveil, qui expliquent tel ou tel rêve incongru, même qu’il y a de meilleures manières d’entamer une journée ? Non ? Seulement moi ? Peste, je savais que j’aurais dû opter pour une autre intro !

Le sommeil, certains l’ont plus agité que d’autres et c’est rien de le dire ; on ne se rend pas compte de tout ce que le corps peut faire quand l’esprit a le dos tourné, et si la plupart des gens tend à dormir sans trop bouger, il y en a qui pourraient vous surprendre.

« …zZz – rh – Hein ? Ou suis-je ? »

« …zZz – rh – Hein ? Ou suis-je ? »

Parce que si on part du principe que dans de rares cas, l’ombre de votre esprit peut accéder aux leviers de commande et s’exprimer librement pendant un certain temps, existe-t-il seulement une limite à ce qu’il peut en faire ?

Et bien je ne sais pas ; oh, il doit bien y en avoir, vous n’allez pas soudainement vous réveiller aux commandes d’un hélicoptère Hind volé à l’armée russe avec des chasseurs au train vous aboyant de vous poser alors que vous n’avez aucune idée de la façon dont on procède. Enfin, probablement pas. Dans le même ordre d’idée, il est peu vraisemblable que vous vous réveilliez un jour dans un sauna avec Charlize Theron sans savoir comment vous y êtes arrivés.

Mais j’ai quand même un plan au cas où ça devait se produire. Ça serait trop con.

Mais j’ai quand même un plan au cas où ça devait se produire. Ça serait trop con.

Quoi qu’il en soit, il y a certes des limites à ce que vous pouvez faire inconsciemment, mais sachez que nos références actuelles n’ont rien de rassurant. Essayez de vous projeter dans les exemples suivants et demandez-vous comment vous réagiriez si ça arrivait à vous, ou à un proche…

S’offrir une séance ninja

Manchester, 2 heures du matin : un homme rentre chez lui et, regardant je ne sais trop pourquoi vers le sommet d’une grue, y repère une frêle silhouette féminine se tenant à son extrémité en position fœtale.

Un coup de fil plus tard, un pompier grimpe prudemment et s’assied à côté de la jeune fille pour lui expliquer que la vie n’est pas si moche, qu’il y a toujours de l’espoir, qu’un de perdu dix de retrouvés, tout ça, puis réalise que la demoiselle ne l’écoute pas parce qu’elle dort comme une bienheureuse. Le voilà vexé.

Son grand flip est que la belle au chantier dormant reprenne conscience pour vivre le plus déplaisant réveil envisageable ; il commence par sécuriser sa position puis, fixé par ses supérieurs, ses collègues, la police et tout le quartier, procède à une fouille superficielle de la jeune fille. Il trouve son téléphone portable et s’en sert pour appeler dans son pays d’origine pendant une heure contacter les parents de la dormeuse.

 « Je suis au bord du vide avec votre fille inconsciente et… Pardon ? Mais qui vous parle de rançon ? »

« Je suis au bord du vide avec votre fille inconsciente et… Pardon ? Mais qui vous parle de rançon ? »

Ceux-ci mettent un plan au point : le pompier raccroche, replace le téléphone dans la poche de l’adolescente et ce sont ses parents qui l’appellent, la réveillant pour lui annoncer qu’elle est au sommet d’une grue avec un séduisant combattant du feu à ses côtés mais qu’il ne faut pas qu’elle en profite parce qu’il y a la police qui regarde. Puis tout le monde descend à l’aide d’une échelle hydraulique et happy end.

Probablement plus inclinée à penser que l’ado était prête à tout pour qu’un pompier tout de muscles et de latex la prenne dans ses bras, la presse contacta un spécialiste dodo qui, lui, soutint la version de la demoiselle : selon lui, une personne en train de traverser une crise de somnambulisme peut potentiellement faire exactement les mêmes choses qu’une personne éveillée (mis à part s’endormir).

Et maintenant, après la somnambule qui grimpe sans encombres jusqu’à quarante mètres de haut, la petite ironie gratuite de la semaine nous vient de personnes qui, elles, n’avaient entrepris aucune périlleuse escalade mais sont tombées quand même :

Sauter par la fenêtre

« J’ai rêvé que je visitais Prague. »

« J’ai rêvé que je visitais Prague. »

Reece Klaudit, en visite chez ses parents indépendamment du fait qu’ils lui ont donné un nom bizarre, regarde avec eux un film parlant d’un bateau qui fait naufrage (ça existe ?) puis va se coucher.

Transition.

« Le choc fut tel qu’il réveilla Reece ; le bateau agonisait sur une mer déchaînée, le flanc percé d’une blessure béante. Partout autours, les cris des passagers se mêlaient aux grincements et aux craquements du vaisseau mourant. Reece ne perdit pas un instant : traversant sa cabine au pas de course, il plongea la tête la première à travers le hublot et fusa vers la houle dansante. »

Pas plouf.

Reece se réveilla six étages plus bas, avec une blessure à l’arcade sourcilière et un orteil cassé. Incroyable ? Je vous avoue que je ne sais pas de quel côté de la frontière des légendes urbaines on se trouve, mais allez savoir, les miracles ça existe et je ne sais pas si quelque chose avait amorti sa chute (peut-être quatre ou cinq somnambules qui tenaient un drap tendu sous sa fenêtre en lui criant « saute, le bateau coule ! »).

Histoire plus ou moins similaire en Allemagne, où un jeune gars de dix-sept ans a été retrouvé par la police sous la fenêtre de sa chambre à coucher, située quatre étages au-dessus. Il avait une jambe et un bras cassés, ce qui ne l’empêchait pas de toujours dormir. Les Allemands sont des durs.

Enfin, le comédien Mike Birbiglia explique dans son très apprécié spectacle « sleepwalk with me » comment il rêva une nuit qu’un missile guidé s’approchait de sa chambre d’hôtel à grande vitesse (c’était un rêve américain) : plongeant spectaculairement à travers la fenêtre fermée, il se releva couvert de coupures et prit ses jambes à son cou. Le tout toujours en dormant.

Ce n’est que plus tard qu’il reprit ses esprits, alors qu’il était très proche de l’hôpital. C’est formidable, l’instinct.

Accomplir des meurtres horribles

On ne va pas trop s’attarder sur celui-ci hein ?

Et pourtant, croyez-le ou non mais ça arrive. Prenez le cas de Kenneth Parks par exemple, en 1987 le bonhomme saute dans sa voiture, parcourt une vingtaine de bornes, tue sa belle-mère au couteau puis se rend à la police en leur avouant « croire avoir tué quelqu’un », ce à quoi j’imagine que les agents ont dû répondre « bon, ben on va vérifier. »

Lors du procès, le bon Parks peine à convaincre la partie civile. Toutefois, après d’innombrables tests, il s’avère que Kenneth souffre, je cite, de « parasomnie extrême », mot qui semble décrire tout ce qui peut merder dans une phase de sommeil, mais en extrême.

Aujourd’hui, le bonhomme est toujours libre comme l’air, vient de participer à un marathon au nom de son ancienne école et plus personne ne l’invite jamais à dormir à la maison.

Ah, et il est l’une de soixante-huit personnes à avoir été reconnues coupables-slash-innocentes de somno-kill. Les autres sont divers zigues qui, très souvent, ont tué involontairement une personne qu’ils connaissaient. La plupart d’entre eux sont aujourd’hui décédés car ce sont de vieilles histoires, tandis que d’autres sont encore vivants et bien libres, dont un ou deux dans votre entourage.

S’envoyer en l’air avec le premier venu

En Australie, un couple s’étonne de trouver régulièrement des préservatifs usagés traînant de-ci de-là dans leur jardin, ce qui doit être un vrai bonheur pendant les grillades. Ils ouvrent l’œil, mais ne voient jamais personne.

Jusqu’à une nuit où le bonhomme se réveille pour constater que sa bien-aimée n’est pas à ses côtés. Et pour cause : il la trouve dans le jardin, en pleine partie de jambes en l’air avec un parfait inconnu.

« Excusez-moi monsieur, je crois que vous êtes en train de coucher avec ma femme. »

« Excusez-moi monsieur, je crois que vous êtes en train de coucher avec ma femme. »

Je ne vous cache pas qu’il y a eu malaise. Pire – accrochez-vous : le type ne voulait pas croire sa femme. Ah ces hommes, hein les filles ? Rassurez-vous : il a fini par accepter ses explications et tous deux se sont tournés vers la médecine pour chercher une solution.

Encore une histoire qui nous prouve, si nécessaire, que les femmes n’ont même pas besoin d’être conscientes pour pécho.

Encore une histoire qui nous prouve, si nécessaire, que les femmes n’ont même pas besoin d’être conscientes pour pécho.

Or, les médecins avaient bien une explication, mais le couple tenait absolument à ce qu’elle impliquât du somnambulisme, et non une femme spécialement gonflée et un homme douloureusement naïf, hypothèse qu’ils privilégièrent longtemps. Mais à terme, il ne fit plus aucun doute pour toute l’équipe : cette dame disait la vérité, jetant une sorte d’opprobre sur tous les hommes de la planète, qui n’ont pas le beau rôle dans cette histoire.

-          « Bon, ben on dirait que c’était pas du flan finalement. » -          « Et pis pourquoi c’est toujours le docteur de Graef qui a du bol ? »

– « Bon, ben on dirait que c’était pas du flan finalement. »
– « Et pis pourquoi c’est toujours le docteur de Graef qui a du bol ? »

Pour la petite histoire, vous saurez qu’une thérapie mit un terme à ce problème, au grand dam de tous les noctambules du quartier.

Néanmoins, cette aventure ne va pas sans mettre en exergue quelques différences de comportement entre les sexes :

–          Si une femme marchant seule de nuit croise un type qui s’approche avec la grande voile fièrement hissée, je suis à peu près certain qu’elle va passer son chemin. Probablement en pressant le pas d’ailleurs.

–          Elle serait beaucoup plus surprise d’apprendre que le type est somnambule qu’elle l’aura été en le voyant approcher la bite à l’air.

–          Si elle décide de profiter et de se faire plaisir, on n’aura rien à foutre du somnambulisme du type mais on insistera lourdement sur le fait que cette femme est une salope.

–          S’il lui force la main, on mettra quand même la faute sur le comportement de la femme.

Aussi, j’essaie d’imaginer la réaction du pauvre somnambule qui se fait réveiller par un jet de spray au poivre.

C’est dangereux de réveiller un somnambule.

C’est dangereux de réveiller un somnambule.

Maintenant, messieurs, vite : vous marchez de nuit – on va imaginer que ça n’implique pas que vous soyez complètement caisse – et soudainement, une séduisante femme vous accoste presque nue avec la nette intention de grimper au septième ciel, ici et maintenant. Signalons qu’elle a l’air un peu dans les cordes. Vous faites quoi ?

Aaaaah… Il y a eu une petite hésitation là, pas vrai ? Je pense néanmoins qu’on sera surtout d’accord pour dire que la réponse passe d’abord par une autre question : comment ça « dans les cordes ? »

Si vous pensez juste avoir décroché le jackpot avec une dégourdie bizarre et pas bavarde (on a tous traversé notre phase « s’envoyer publiquement en l’air avec tout le monde, partout, tout le temps ») (non ?) et bien soit ; mais si son somnambulisme vous saute aux yeux – lui aussi – et que vous en profitez, vous êtes probablement un grand malade. Je doute sincèrement que j’aurais envie de coucher avec une femme qui me regarde avec de grands yeux vides, ça ne doit pas aider question performance, et puis ça me rappellerait trop ma première fois.

Alors pour nos amis australiens, je ne sais pas ; on leur laisse le bénéfice du doute ?

« …Et là elle se met à parler dans son sommeil, elle me dit comme ça : « je te vois plutôt comme un grand frère », ensuite elle me jette une couverture, m'indique le canapé et retourne se coucher. C’est quoi mon problème avec les femmes ? »

« …Et là elle se met à parler dans son sommeil, elle me dit comme ça : « je te vois plutôt comme un grand frère », ensuite elle me jette une couverture, m’indique le canapé et retourne se coucher. C’est quoi mon problème avec les femmes ? »

Bref, là aussi, happy end ; et en dépit du fait qu’on ne sait pas si on doit trouver l’histoire plutôt flippante ou érotique, le fait que ces rapports aient été protégés a peut-être évité à cette blague amère de virer à la tragédie. Et à choisir, je préfère sauter quelqu’un dans mon sommeil que par la fenêtre. Même si l’idée d’avoir une vie sexuelle aussi épanouie et de ne pas en être conscient est frustrante, je vous l’accorde.

Bon, sinon dans les cas isolés, on trouve un maître d’hôtel qui a dressé une table pour 14 personnes, un gamin qui s’est retrouvé à 160 bornes de chez lui après avoir sauté dans un train, un type qui a tiré le quartier du lit en tondant le gazon à poil en pleine nuit, un autre qui avait disparu et qui fut retrouvé dans un étang encerclé d’alligators qu’il repoussait avec sa canne, un qui chassait en pleine forêt, un qui s’est réveillé dans les airs aux commandes de son hélico, plein d’autres qui étaient au volant – dont un qui venait de sauter de la bagnole en marche – et, assez couramment, des gens qui mangent dans leur sommeil, avec un record enviable détenu par une femme qui avait pris 80 kilos en une année. Au menu de ces gens, outre des plats normaux, on trouve des spécialités typiques de Somnoland, parmi lesquelles des cigarettes, du savon, des éponges, des montres et de l’ammoniac, ainsi qu’un savoureux sandwich au cirage à chaussures.

Il paraît d’ailleurs que le fait de manger dans son sommeil arrive beaucoup plus souvent aux femmes qu’aux hommes. C’est sûrement lié au fait que lorsqu’un mec a envie de s’envoyer un paquet de flips et des madeleines deux heures avant le repas, il tend juste à se poser devant la télé avec toute sa came et à piocher dedans jusqu’à plus faim.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s