Made in USSR

Publié: 5 décembre 2014 dans Histoire

La guerre froide résultait d’une inimité entre deux pays tellement bourrins qu’un conflit entre eux aurait précipité le monde dans un brasier ardent de destruction. Et comme on venait tout juste d’en connaître un, personne n’était pressé d’en renouveler l’expérience.

Résultat, nous avions deux superpuissances à cran qui affûtaient leurs lames et luttaient pour rester à égal. Concrètement, les USA caracolaient en tête tandis que la Russie, affaiblie par une guerre qui n’avait rien laissé debout dans le pays et par un dictateur légèrement paranoïaque, tentait tant bien que mal de tenir la distance.

Il était important pour l’URSS de montrer que son armée était au moins aussi performante que celle de son rival ; du reste, en règle générale, c’était plutôt le cas. Mais il arrivait aux USA de développer un type d’armement nouveau et la Russie ne voyait alors pas d’autre possibilité que d’en développer leur propre version avant la fin de la semaine, aboutissant à des engins redoutables, particulièrement pour ceux qui s’en servaient.

Le transporteur de troupes BTR-60

Lors des combats du Pacifique, les marines américains employaient à chaque débarquement un transporteur de troupes amphibie et blindé apparemment tellement efficace que s’ils avaient pu l’employer lors du débarquement de Normandie, cet épisode de sinistre mémoire s’appellerait « vamos a la playa » et l’on commémorerait chaque année les deux pneus américains crevés en ce 6 juin 1944.

Peut-être que j’exagère un chouïa, mais ce qu’il faut retenir c’est que ce blindé, nommé le LVT, a été l’une des pierres angulaires de la victoire finale américaine face au Japon.

À l’image : une pierre angulaire beaucoup plus grosse.

À l’image : une pierre angulaire beaucoup plus grosse.

En réaction à ces engins, les soviétiques développèrent le BTR-60 dont le poids, le blindage et l’armement en faisaient un véhicule polyvalent, rapide et maniable, propre à amener promptement les soldats de la caserne au front puis du front au camp de travail le plus proche.

Il y avait juste la part « amphibie » qui avait sans doute échappé aux concepteurs, puisque la chose était dépourvue de toit. C’est foutu pour l’attaque surprise sur les USA en débarquant depuis les plages de Seattle, et c’est aussi sans doute foutu pour l’attaque tout court, parce que votre blindé amphibie, s’il n’est ni amphibie ni blindé, il ne sert plus à grand-chose d’autre qu’à proposer un défi ludique aux grenadiers ennemis.

Un blindé dépourvu de toit devient de facto le véhicule militaire le plus inutile en temps de guerre et le plus cool en temps de paix.

Un blindé dépourvu de toit devient de facto le véhicule militaire le plus inutile en temps de guerre et le plus cool en temps de paix.

« Mais à quoi pensaient-ils ? », êtes-vous peut-être en train de vous demander. Et bien pas à leurs hommes en tous cas : on leur a bien posé la question, aux concepteurs, et ils n’ont pas fait de mystère sur le fait que la survie des soldats n’a simplement pas été prise en considération lors de l’élaboration du machin. On peut s’en indigner, mais allez argumenter avec des mecs qui ont gagné à Stalingrad très précisément parce qu’ils envoyaient leurs bidasses au casse-pipes…

Le sous-marin « November Class »

Je ne connais pas l’origine de l’attrait des Russes pour les mois de l’année, mais entre Octobre Rouge, November Class et Karl Mars, on ne croit plus à la simple coïncidence.

En 1955, les USA développent le premier sous-marin à propulsion nucléaire, l’USS Nautilus, qui est à ses ancêtres ce que le fusil d‘assaut est au javelot. L’engin est rapide, puissant, fiable et discret, il peut plonger à une profondeur impressionnante, tenir plusieurs mois sous l’eau et même passer sous les glaces du pôle nord pour aller faire coucou à Ivan.

Il n’en fallait pas plus pour impressionner leurs rivaux qui développèrent leur propre version de la bête : le November Class, une machine extrêmement sophistiquée, dotée des mêmes atouts que son cousin occidental, allant même jusqu’à inclure un toit. Son défaut : sa propension à prendre spontanément feu pour un oui ou pour un non.

Autant que ça arrive à un sous-marin pas vrai ?

Autant que ça arrive à un sous-marin pas vrai ?

De toute façon ils avaient prévu le truc : un ingénieux système anti-incendie fut intégré au sous-marin, combattant le feu par le moyen le plus rapide et le plus fiable, à savoir les dioxydes de carbone, étouffant les flammes en les privant d’oxygène. De cette façon, ces dernières n’avaient même pas le temps de mettre l’équipage en danger. Contrairement au CO2.

Parce qu’il n’existe aucun moyen sûr de priver un feu d’oxygène tout en en laissant à disposition de l’équipage. Ils ont vérifié. Deux fois.

La première fois, le 8 septembre 1967, le November Class K3 prend feu sans raison valable ; au taquet, le système anti-incendie entre en action et sauve la baraque, non sans tuer tous les occupants des deux compartiments concernés, indépendamment du fait que le début d’incendie n’avait mis personne en danger.

Comme à leur habitude, les autorités réagirent en disant « tout va bien, tout va bien » et étouffèrent l’information aussi sûrement qu’un officier de la marine. Il fut bien entendu exclu de remédier au problème, aussi, en avril 1970, le K8 disparut dans les abysses après qu’un incendie, dangereux mais maîtrisable, ait valu à tout l’équipage une mort rapide bien avant qu’il n’ait le temps de réagir.

2B1 OKA Nuclear Cannon

En 1953, les Etats-Unis développent le canon M65, un flingue qui illustre parfaitement l’état d’esprit des deux rivaux :

Si avec ça vous n’avez pas plus de volontaires pour joindre les artilleurs, je ne sais pas ce qu’il faut faire.

Si avec ça vous n’avez pas plus de volontaires pour joindre les artilleurs, je ne sais pas ce qu’il faut faire.

Évidemment, les Russes ne pouvaient pas ignorer la chose, et pas seulement pour des raisons stratégiques ou militaires ; on venait de les mettre au défi, on avait tout simplement traité leurs millions de soldats de petites b***s, appelant une réponse cinglante qui allait s’appeler 2B1 OKA Cannon.

À leur place je l’aurais plutôt appelé « Fierté de Raspoutine ».

À leur place je l’aurais plutôt appelé « Fierté de Raspoutine ».

En 1957, le projet arrive à terme et les pièces d’artilleries 2B1 OKA voient le jour. Dans tout le pays, les canons se dressent à l’unisson, annonçant le retour de la dignité russe aux frontières comme dans les vestiaires. L’engin mesure plus de vingt mètres de long et tire des projectiles nucléaires de 480 mm à plus de 40 kilomètres, voilà bien de quoi nous inspirer les mecs, en tous cas moi je l’ai en poster dans ma chambre à coucher.

« Rhô, j’adore quand tu m’appelles

« Rhô, j’adore quand tu m’appelles « mon p’tit 2B1 OKA Nuclear Cannon » ! »

N’empêche que ce machin avait de quoi remettre les pendules à l’heure : si on s’en tient aux chiffres, je peux vous dire que l’Oncle Sam est battu. Pour peu qu’il ne soit pas nécessaire de faire feu plus d’une fois bien sûr, vu que le monstre dégageait une telle puissance qu’il n’y survivait tout simplement pas.

Un seul tir de ce truc générait tant de recul que ce dernier avait raison du boîtier de transmission, flinguait les pièces permettant d’orienter le canon, était généralement fatal aux chenilles et tordait à peu près toutes les pièces pas trop solides de l’appareil. Et là on parle de circonstances où les Russes auraient réussi à les acheminer où ils le souhaitaient, ce qui était déjà loin d’être évident car la longueur de leur canon les rendait simplement intransportables.

Le Croiseur Kirov

Rappelons que la seconde guerre mondiale a vu l’Armée Rouge devenir l’Armée Soviétique, passant grosso-modo d’une force-farce sous-équipée et acheminée au combat avec un pistolet sur la tempe à une armée conséquente, solidement entraînée, bien équipée et menée par des gradés qui ne cherchaient pas systématiquement à faire mourir leurs hommes en masse. Progrès.

Mais ça n’est pas allé tout seul ; déjà avant la guerre, la Russie lorgnait sur les armées des pays puissants pour s’en inspirer, notamment l’Italie. Ce n’est pas une blague : l’Italie disposait d’une excellente marine.

« Camarades, si nous nous inspirons de l'armée Italienne, je suis convaincu que nos troupes seront en mesure d'arrêter instantanément toute invasion allemande. »

« Camarades, si nous nous inspirons de l’armée Italienne, je suis convaincu que nos troupes seront en mesure d’arrêter instantanément toute invasion allemande. »

En effet, nos amis italiens avaient conçu en 1931 le croiseur Raimondo Montecuccoli, un de ces exemples que l’on nomme lorsqu’on cherche à rappeler qu’en 40, Mussolini ne faisait encore rire personne. Durant la guerre, le Montecuccoli s’avéra redoutable et survécut même à la défaite du pays et à la chute du fascisme.

Impressionnés, les Soviétiques firent appel à la firme italienne en 1933 et leur demandèrent de concevoir leur propre version du croiseur, incluant quelques petites modifications ; il en résulta un appareil qui sut combiner le savoir-faire russe d’avant-guerre à l’efficacité dont firent preuve les Italiens durant le conflit.

Ils l’appelèrent le croiseur Kirov. Au vu des exemples ci-dessus, on imagine un bateau quittant poussivement le quai dans un miasme de fumées noirâtres et de grincements douloureux avant de couler comme une pierre à la première collision avec une mouette, mais il n’en fut rien. Les Soviétiques développèrent même six de ces bateaux qui, je vous le jure, n’ont pas connu de naufrages aussi ridicules qu’hilarants.

Non, les croiseurs de classe Kirov optaient plutôt pour une mort à petit feu grâce à leur impressionnante collection d’imperfections, en tête desquelles trônait le recul des canons, qui déformaient la coque à chaque tir. Les torpilles ne semblaient pas mieux fonctionner puisque, durant un test, l’un des navires en tira une qui, ne me demandez pas comment, s’arrangea pour lui revenir dessus. Il s’agissait heureusement d’un projectile d’exercice, mais les Kirov ne prirent du coup jamais part à aucun conflit, du moins à ma connaissance. Ce qui explique sans doute pourquoi ils flottent toujours à l’heure où j’écris ces lignes.

Yak-38

L’autre.

L’autre.

En 1969 naissait l’avion britannique à décollage vertical Harrier, véhicule d’attaque au sol redoutable d’efficacité que vous avez peut-être déjà vu parce qu’il est assez populaire.

On ne va pas partir dans la description technique parce que je n’ai vraiment pas envie de creuser, mais disons juste que s’il reste beaucoup employé aujourd’hui c’est pour une raison ; son armement lourd, sa maniabilité et sa propulsion unique en font un appareil polyvalent et efficace, terriblement dangereux entre les mains de Schwarzenegger.

Mais qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Mais qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Durant la guerre des Malouines, les Harriers furent opposés à l’armée de l’air d’Argentine qui se prit une peignée majeure et quitta la partie sur le score de 22 à 0. Impressionnés, les Etats-Unis achetèrent à leur tour les précieux appareils et, de l’autre côté du rideau de fer, on décida qu’il fallait remettre les compteurs à zéro en développant une version soviétique du Harrier. Le Yak-38 était né, et plus jamais aucun pilote russe ne dormit tranquille.

Dès le début des années septante, l’engin devint le principal avion de la marine russe. Comme son cousin britannique, il pouvait orienter ses réacteurs pour décoller verticalement et rester plus ou moins immobile en vol plané. La comparaison s’arrête là.

Son premier problème concernait sa capacité de chargement : l’engin était si léger qu’il ne pouvait transporter des armes qu’en quantité ridiculement faible, à peu près dix fois moins que le chasseur américain F-15. Un autre souci était sa propension à éteindre connement ses moteurs en plein vol – une combine d’évacuation des gaz d’échappement si j’ai bien compris.

« Démarre ! Allez, démarre ! »

« Démarre ! Allez, démarre ! »

Aussi, il était totalement dépourvu de radar et les moteurs ne pouvaient pratiquement pas démarrer par temps chaud et humide, ce qui est une certaine garantie de paix remarquez : il n’y a pas de raisons qu’ils ne fonctionnent pas en Russie, mais pour envahir la moitié du globe c’est foutu. Ça devient un problème lorsqu’on sait que la plupart étaient stationnés sur des porte-avions sillonnant les côtes africaines.

Question entretien par contre c’était du pointu : avec sa nécessité de changer intégralement le moteur toutes les 22 heures de vol – contre 180 pour les avions normaux – il y avait peu de risques que les mécanos perdent la main. En tout et pour tout, les YAK-38 ne prirent part qu’à une seule opération militaire, en Afghanistan, où la chaleur était telle qu’ils ne pouvaient voler que de nuit. Ils n’y perdirent à ma connaissance aucun appareil, mais depuis leur mise en service, plus d’un tiers des YAK-38 a déjà été perdu, exclusivement à cause d’incidents techniques.

PS : quelques-uns d’entre vous m’ont fait remarquer par mail que la guerre des Malouines avait eu lieu en 1982 et qu’il est dès lors peu probable que ce conflit ait inspiré l’URSS  dans les années 70. Je ne vois pas vraiment comment tourner la situation à mon avantage. J’ai beau chercher…

Désolé pour le fumble, à force de retoucher mes textes j’ai vite fait d’y laisser des couacs, j’espère qu’aucun d’entre vous ne se l’est trop racontée en parlant de la « guerre des Malouines des années 70 ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s