La honte sous le drapeau

Publié: 11 décembre 2014 dans Histoire

La guerre a toujours fait partie intégrante du mode de vie des êtres humains, non pas qu’on ne sache faire que ça, c’est juste qu’elle a par nature une sorte de primauté sur toute autre forme de communication ou de culture ; lorsqu’une tribu guerrière s’en prenait à un village de potiers, la situation se réglait par la guerre et certainement pas par la poterie.

En conséquence, nos histoires regorgent de guerriers forts et courageux, de combattants légendaires triomphant de dragons, terrassant des ennemis redoutés ou jetant à bas de leurs trônes des tyrans sanguinaires.

Là où l'Histoire, elle, regorge de tyrans sanguinaires rarement jetés à bas de leurs trônes.

Là où l’Histoire, elle, regorge de tyrans sanguinaires rarement jetés à bas de leurs trônes.

Mythes comme réalité font la part belle aux généraux habiles et aux combattants émérites, et l’on va aujourd’hui s’intéresser à leurs contraires.

Un commandant s’en va couler un bronze, coule son sous-marin

On ne se rend pas compte de toute les concessions que l’on doit faire pour qu’une technologie nouvelle puisse fonctionner de façon optimale, surtout lorsque la situation est urgente. Prenez par exemple les sous-marins de la seconde guerre mondiale et plus spécifiquement leurs toilettes : aujourd’hui, l’idée de tirer la chasse et de laisser l’admirable tuyauterie faire son travail parait quelque chose de relativement acquis, pas vrai ?

Pas partout en 40, d’accord. J’avoue ne pas être très bien informé sur ce sujet, encore un vaste pan de l’Histoire qui me fait défaut. Quoi qu’il en soit, ce qui fonctionne sur le plancher des vaches n’est pas forcément si évident lorsqu’une puissante masse aqueuse exerce constamment une pression musclée sur votre habitacle de tous les côtés à la fois ; aussi, pour permettre à certains types de sous-marins de plonger plus profondément sans noyer toute la baraque sitôt qu’un soldat s’en allait rendre à la nature les conserves de midi, les Allemands avaient mis au point un système d’évacuation par le biais de pompes et de machins à haute pression invraisemblablement complexe.

En conséquence, seuls quelques rares élus, que nous appellerons « les veinards », étaient initiés aux secrets de la Machine et sa manipulation leur était exclusivement dévolue.

« À vous de jouer, Herr Oberscheissrausführer ! »

« À vous de jouer, Herr Oberscheissrausführer ! »

Dans le sous-marin U-1206 toutefois, les choses n’allèrent pas si bien ; le commandant, Karl-Adolf Schlitt, sans doute jaloux du privilège accordé à certains membres de son équipage, se dit que ça n’avait pas l’air si compliqué et entreprit d’actionner les pompes lui-même.

« Après tout, c'est juste une question de valves, de boutons et de leviers. »

« Après tout, c’est juste une question de valves, de boutons et de leviers. »

Le tout, bien sûr, durant une patrouille près des côtes écossaises. Donc Schlitt se débrouille comme il peut, foire lamentablement et l’océan Atlantique s’invite dans le bâtiment. L’eau touche immédiatement quelques batteries juste derrière les toilettes, génère une fuite de gaz toxiques et le commandant n’a pas d’autre choix que de faire remonter le sous-marin à la surface.

Un malheureux Allemand s’asphyxia mais les autres atteignirent le sas et l’ouvrirent juste à temps pour voir les bombardiers navals de la RAF fondre sur eux. Trois soldats trouvèrent la mort et les quarante-six survivants, incluant un commandant penaud, furent capturés tandis que le bâtiment honni sombrait au large.

Les Alliés attaquent une île déserte : 300 morts

S’il y a une chose qu’on retient de la guerre du Pacifique, c’est que ça tombait de tous les côtés. La férocité au combat des Japonais ainsi que leur sens du devoir faisaient de chaque rixe un petit Verdun.

L’opération « Cottage » jette une lumière différente sur les pertes élevées des soldats Alliés dans le Pacifique.

Entre fin 41 et 42, les Japonais avaient étendu leur emprise sur une part importante de l’océan et notamment les îles Aléoutiennes en Alaska, qu’ils occupèrent en laissant des garnisons sur les îles d’Attu et Kiska. En 1943, après un mois d’âpres combats, les Alliés reprirent Attu.

Et ils ont eu raison : il est stratégiquement difficile de vaincre un adversaire fort en Attu.

Et ils ont eu raison : il est stratégiquement difficile de vaincre un adversaire fort en Attu.

Une fois ceci fait, ils tournèrent leurs regards avides de vengeance vers Kiska et planifièrent l’opération Cottage.

L’île de Kiska était tenue par cinq-cents Japonais selon les renseignements américains et les généraux optèrent pour la tactique risquée d’attaquer avec seulement 70 fois plus d’hommes.

Vous le voyez venir, le raisonnement qui a mené à la bombe atomique ?

Vous le voyez venir, le raisonnement qui a mené à la bombe atomique ?

Le 15 août 1943, l’assaut fut lancé et une énorme armada s’approcha du site. L’artillerie y délivra l’enfer, ensuite de quoi 35’000 soldats canadiens et américains se jetèrent au combat. Ils évoluèrent deux jours dans un épais brouillard et une humidité glaciale, ciblés par des ennemis invisibles et décimés par des mines, mais à terme l’île était entre leurs mains et les drapeaux Alliés claquaient fièrement dans le vent.

Bilan : environ 300 morts chez les Alliés, par contre aucun Japonais parmi les corps retrouvés. Victoire : l’ennemi a été littéralement vaporisé !

En réalité, après la chute d’Attu, les Japonais s’étaient retirés en douce de Kiska, profitant d’une nuit de brouillard pour prendre la tangente ni vu ni connu ; ça ne leur ressemblait pas, mais à 35’000 contre 500 on ne va pas les accabler. Les victimes furent essentiellement dues à des mines antipersonnel, la rigueur du terrain ainsi qu’une mauvaise communication entre Canadiens et Américains, menant les escouades à se cibler mutuellement dans le brouillard.

C'est quand même dommage de ne pas avoir amené vos petits machins qui font clac-clac qu'on voit dans le jour le plus long.

C’est quand même dommage de ne pas avoir amené vos petits machins qui font clac-clac qu’on voit dans le jour le plus long.

La fierté de la flotte Japonaise inonde Nagasaki

Alors que le Japon commençait à jouer des coudes dans le Pacifique, il lui importait de pouvoir compter sur une flotte insurpassable et dans cette optique conçut le bateau de guerre Musashi. Imaginez une sorte de délire d’un militaire fou qui entendrait regrouper le maximum de canons au même endroit et les faire flotter d’une façon ou d’une autre. Le Musashi et son frère Yamato furent les plus grands cuirassés à avoir jamais flotté tant bien que mal.

Le premier novembre 1940, alors que les campagnes militaires japonaises avaient déjà débuté et que le conflit avec les USA couvait, le monstre fut enfin mis à l’eau à Nagasaki, après de nombreux délais essentiellement employés à fixer plus de canons et de plaques de blindages au bâtiment, puis à compenser les problèmes que cela engendrait par l’ajout d’encore plus d’acier.

La seule façon de faire flotter quelque chose de plus gros aurait été de poser une hélice et un gouvernail au Japon lui-même.

La seule façon de faire flotter quelque chose de plus gros aurait été de poser une hélice et un gouvernail au Japon lui-même.

Pour préserver le secret, l’armée Japonaise avait cloîtré toute la population des environs chez elle le jour du lancement, aussi le port était-il plus ou moins désert lorsque le bâtiment glissa lourdement et maladroitement dans le Pacifique, engendrant une vague d’un mètre vingt de haut qui s’en alla frapper de plein fouet les constructions portuaires et les premiers quartiers d’habitation.

Au treizième siècle, les Mongoles tentèrent deux fois d'envahir le Japon et leurs défaites furent à chaque fois dues en bonne partie à un tsunami. On ne peut pas en vouloir aux Japonais d'y avoir vu un bon présage.

Au treizième siècle, les Mongoles tentèrent deux fois d’envahir le Japon et leurs défaites furent à chaque fois dues en bonne partie à un tsunami. On ne peut pas en vouloir aux Japonais d’y avoir vu un bon présage.

Les dégâts furent considérables ; tous les petits bateaux des alentours flottaient tristement la quille en l’air et les quartiers bas de la ville étaient entièrement inondés. Reclus dans leurs petites maisons de bois et de papier, les civils encaissèrent la vague en pleine face et, lorsqu’ils sortirent en barbotant pour se faire une idée plus nette de la situation, ils se virent promptement renvoyés patauger chez eux à la pointe de la baïonnette.

Tout ce qu’on peut espérer, c’est que cette mésaventure poussa autant de civils que possible à quitter Nagasaki.

Le navire lui-même sombra en même temps que beaucoup d’autres lors de la débâcle japonaise à la bataille du golfe de Leyte, après avoir encaissé pas moins de 18 bombes lourdes et 20 torpilles.

Sous Staline, c’était tout ou rien

On sait que Staline avait un petit problème de confiance en soi qui avait débouché sur les fameuses purges staliniennes, au cours desquelles il déporta ou fit fusiller tous ses généraux qui, estimait-il, pourraient lui faire de l’ombre, à savoir ceux qui auraient la compétence de mener des soldats vers un succès militaire.

Ceci étant fait, il nomma à leurs postes des hommes en qui il avait confiance, ou plutôt qu’il ne craignait pas. À terme, son Armée Rouge toute neuve était comme il l’entendait et aurait sans doute été redoutable en cas de nouvelle invasion des Tatars. Malheureusement pour la Russie, l’assaut ne vint pas de la fin du moyen-âge.

Lorsque la Wehrmacht pénétra en Russie, les nouveaux généraux réagirent comme de la volaille qui voit un renard entrer dans le poulailler. Les défenses s’organisèrent en courant dans tous les sens et mena aux plus importantes débâcles jamais enregistrées sur des champs de bataille.

Le général Semion Boudienny fut l’un des officiers qui s’illustrèrent au début de l’opération Barbarossa ; nommé à la tête du front sud-ouest, il reçut l’ordre de tenir Kiev avec à sa disposition la plus grosse concentration d’hommes et de matériel de ce début de campagne.

Il convient de préciser que Semion était un homme courageux et un redoutable chef de cavalerie qui s’était distingué durant la révolution russe. Considéré comme un héros, respecté par ses hommes, Boudienny était certainement un homme honorable. Aussi, il avait la confiance et l’amitié du camarade Staline, même après une cuisante défaite en Finlande. Son défaut ? Il ne croyait pas en les chars.

Selon lui, la véritable force d’une armée résidait dans ses chevaux parce qu’il n’avait pas très bien suivi la campagne de Pologne. Il eut droit à un résumé rien que pour lui. Après avoir ordonné un barrage d’artillerie inutile, il envoya son million d’hommes à l’abattoir vague après vague, débouchant sur la plus grande défaite de l’Histoire et offrant aux Allemands la bagatelle de 665’000 prisonniers. Boudienny sera levé de ses fonctions et nommé à des tâches totalement inutiles, ce qui n’est pas si mal sous Staline.

Pendant ce temps, au nord, le général Grigory Ivanovitch Kulik devait tenir la belle Leningrad. Il avait en commun avec Semion Boudienny la confiance de Staline, la gloire des guerres passées, la responsabilité de plusieurs défaites en Finlande et la foi absolue en la cavalerie.

Kulik réagissait devant les armes modernes de la même manière que votre grand-père devant votre smartphone et redéfinit l’approche de la guerre contemporaine. Il ralentit la production d’armes antichar et de canons sur trépieds, s’opposa au déploiement de mines pour ralentir l’Allemagne, les qualifiant « d’armes de faibles », limita au maximum l’emploi de mitrailleuses automatiques qu’il considérait comme des « armes pour la police » et monta une armée de cavaliers équipés de fusils.

Ça donne une idée de la police à cette époque.

Ça donne une idée de la police à cette époque.

Résultat, des fantassins et cavaliers équipés d’armes légères constituèrent l’écrasante majorité des défenseurs de Leningrad. Et en parlant d’écrasante, la défaite n’a pas manqué, marquant le début du plus long siège de l’histoire jusqu’à Sarajevo. Kulik n’eut pas la chance de son copain Boudienny et fut fusillé en 50, avant de voir son nom et sa fonction réhabilités à titre posthume par Khrouchtchev en 1956. Happy end.

Les colons Britanniques perdent un fort suite à un match de crosse

Deux siècles avant la tragédie de Liverpool, les Anglais apprirent à la dure les potentiels débordements du monde du sport à Fort Michilimackinac, dans le Michigan actuel.

La Grande Bretagne avait posé ses valises au lieu-dit peu de temps avant et avait gagné un important commerce de fourrures ainsi que des nouveaux voisins, les Ojibwe ; pendant quelques temps, ils entretinrent un florissant négoce avec les Français, les Canadiens et les Natifs.

L’Histoire nous apprend que ça ne pouvait que bien tourner.

L’Histoire nous apprend que ça ne pouvait que bien tourner.

En 1763, des rumeurs sur l’imminence d’un assaut Ojibwe commencèrent à circuler, rumeurs que le commandant du fort, le Major George Etherington, choisit prudemment d’ignorer. Devant l’insistance des avertissements qui lui étaient envoyés, il finit même par perdre patience et menace de faire enfermer le prochain rabat-joie dans une prison de Fort Detroit, ignorant que le fort en question subissait un siège au même moment.

La vie continua, les affaires aussi. Les recettes allèrent même croissant, essentiellement grâce à une soudaine augmentation de la demande des Natifs en tomahawks et en couteaux d’acier.

Hébété de confiance envers ses nouveaux copains Ojibwe, Etherington accepta un jour l’invitation de ceux-ci à suivre un match d’un sport local, l’ancêtre de l’actuel jeu de crosse, conviant avec lui l’essentiel de la petite garnison. La partie se déroulait juste devant ses portes, lesquelles restèrent ouvertes pour l’occasion, après tout, n’était-ce pas une fête ?

Le sport, c'est toujours la fête.

Le sport, c’est toujours la fête.

La partie s’engagea entre les Ojibwe et une tribu voisine, dans la bonne humeur, le calme et le fair-play que l’on peut attendre de guerriers-nés tatoués et peinturlurés comme pour aller à la baston. Le public se fit croissant, essentiellement des Natifs surexcités. Un groupe de femmes étonnamment emmitouflées pour la saison se plaça près des portes pendant que le major et ses subordonnés s’échangeaient des claques dans le dos et pariaient sur l’issue du match. Ils perdirent.

En cours de partie, le machin de bois et de cuir qui faisait office de balle fut envoyé maladroitement juste devant les portes et les joueurs comme le public, Anglais exceptés, se ruèrent comme un seul homme sur le précieux objet. Les femmes proches des portes jetèrent leurs couvertures, révélant nombre d’armes qu’elles distribuèrent promptement aux guerriers qui se précipitèrent dans le fort.

Il tomba en un rien de temps. La rébellion de Pontiac venait de débuter, menée par des Amérindiens qui avaient bien compris que la politique britannique allait les laisser sur le carreau. Les luttes furent meurtrières et les actes de sauvageries légion des deux côtés, jusqu’à ce que le gouvernement Anglais décide de revoir sa politique de colonisation pour calmer le jeu. De nouvelles frontières furent tracées, soulevant le courroux des colonies, qui commencèrent à murmurer entre elles contre la couronne.

Fort heureusement, rien de bien notable n’en découla.

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commentaires
  1. […] La honte sous les drapeaux, dernière livraison hilarante du blog Et si on disait du mal. […]

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