Votre cerveau vous hait (lui aussi)

Publié: 19 décembre 2014 dans Sciences sociales

Vous est-il déjà arrivé de rester bouche bée devant le comportement irrationnel de certains ? Oui ? Ah pardon, je parlais seulement de ce matin… Oui aussi ? Bon, alors on n’aura pas besoin d’une trop longue introduction.

Allons directement à l’essentiel : nous sommes très bizarres. Lorsque l’on voit ce que notre espèce a accompli en quelques milliers d’années, on ne peut que se demander pourquoi nous ne sommes pas tous des petits elfes vivant en harmonie sur une terre généreuse pendant que des robots abattent tout le boulot pour nous.

Et bien il y a une raison assez simple à cela : notre cerveau est une certes machine au potentiel prodigieux, mais dont les paramètres initiaux sont tous fixés par défaut sur le rendement minimal, un ordinateur formidable qui cherche constamment à rester en mode veille.

Nous allons aujourd’hui nous intéresser à quelques-uns de ces proverbiaux grains de sable qui grippent nos mécaniques.

Nous nous focalisons sur le négatif par réflexe

Si vous mangez neuf fois un bon repas dans un restaurant et qu’à la dixième vous trouvez un koala mort dans votre assiette, il est probable que cette expérience éclipse les précédentes ; lorsque vous parlerez de l’endroit à vos amis, vous mentionnerez à coup sûr le facteur marsupial décédé en premier lieu.

C’est parce que nos cerveaux ne traitent pas les mauvaises expériences de la même manière que les bonnes. Les mauvaises ont une prise directe sur nos comportements parce qu’elles ont déclenché quelque chose, comme par exemple la fois où vous avez été coursé sur quatre kilomètres par des dogues allemands : encore aujourd’hui, ce souvenir vous incite à ne plus leur donner de coups de pieds.

Ça fait partie de ces petits dangers de l'existence qu'il faut expérimenter une fois pour en avoir conscience.

Ça fait partie de ces petits dangers de l’existence qu’il faut expérimenter une fois pour en avoir conscience.

Et ce sera pareil même si les douze autres fois avant cela n’avaient pas porté à conséquence ; votre cerveau a appris un point important pour sa survie est c’est bien là tout ce qui lui importe. Il traite les informations positives ou bénignes avec beaucoup plus de légèreté. Lorsque vous papotez avec des amis en grillant des marshmallows, votre conversation et vos blagues seront oubliées beaucoup plus vite que l’incident peu après avec la bouteille de whisky et le feu qui vous a valu de plonger en flammes dans la rivière. Votre cerveau fait le nécessaire pour retenir l’essentiel.

Sauvegarde des paramètres en cours...

Sauvegarde des paramètres en cours…

Et c’est logique : lorsqu’un de nos ancêtres prenait le soleil après le repas sur la rive d’un cours d’eau paisible auprès de sa douce femme des cavernes et qu’il entendait tout à la fois le chant des oiseaux, les grognements espiègles de ses enfants et la lourde respiration d’un tigre à dents de sabre dans les fourrés, il était important que son cerveau sache déterminer les priorités. Aujourd’hui toutefois, le contexte n’est plus le même et nos petites têtes n’ont pas encore totalement pris le pli. Pour elles, le négatif reste prépondérant, même lorsque ça n’a aucune conséquence.

Voilà pourquoi ce matin votre collègue est arrivé en pestant sur le serveur du café qui lui a manqué de respect au lieu de louer les deux-cents autres jours de l’année où son service était impeccable ; voilà pourquoi vous n’arrivez pas à profiter de votre émission préférée alors que vous avez demain cet important rendez-vous avec les RH pour cette histoire de hallebarde. Par design, votre cerveau se focalise sur les travers, petits ou gros, parce qu’il y voit des dangers auxquels on doit accorder de l’attention.

La jalousie découle d’un réflexe de survie

Voilà qui va faire plaisir à certains.

Il y a les relations amoureuses basées sur un rapport de confiance où l’on cherche sécurité et stabilité via notre partenaire, et il y a celles davantage marquées par la méfiance qui nous voient retrouver notre appartement retourné, nos possessions terrestres détruites par le feu et notre chien emmuré parce qu’on a vingt minutes de retard.

Dans leur vaste majorité, les gens vous diront rechercher exclusivement le premier type de relation : personne n’a envie de sortir avec Raging Bull.

Oui, je vis dans un monde où aucune femme n'a envie de fréquenter un boxeur d'élite macho ressemblant suspicieusement à Robert de Niro.

Oui, je vis dans un monde où aucune femme n’a envie de fréquenter un boxeur d’élite macho ressemblant suspicieusement à Robert de Niro.

Pourtant, et bien qu’on aurait tort de tout ramener à des extrêmes, vous pouvez considérer que grosso-modo la moitié des personnes que vous croiserez dans votre vie passionnante appartiendront à la seconde catégorie.

On peut alors se demander pourquoi l’évolution n’a pas laissé ces spectres de suspicion geignards sur le bas-côté de sa route en même temps que l’homme de Néandertal. Et bien des chercheurs ont dernièrement établi une corrélation entre notre approche des relations amoureuses et celle des dangers de l’existence, démontrant que les individus jaloux, méfiants par nature, étaient plus aptes à repérer et anticiper les périls.

En gros, l’insécurité affective dépendrait directement de notre réceptivité face à un risque potentiel ; un individu jaloux serait plus incliné à réagir immédiatement à une situation dangereuse, là où son partenaire paisible et confiant resterait prostré dans sa torpeur béate au milieu des flammes rugissantes se déchaînant autour de lui.

Peut-être aussi parce qu'une fois sur deux, c'est le jaloux qui a bouté le feu à la baraque dans un accès de rage.

Peut-être aussi parce qu’une fois sur deux, c’est le jaloux qui a bouté le feu à la baraque dans un accès de rage.

Au cours de leur étude, les chercheurs ont démontré que l’insécurité d’une personne dépend de nombreux facteurs pouvant remonter jusqu’aux premiers jours de sa vie ; si par exemple un bébé doit pleureur pendant trois quarts d’heure avant que ses parents se décident enfin à chasser ces foutus corbeaux qui se battent dans son landau, il est très probable qu’il devienne par la suite peu enclin à faire confiance à son entourage. C’est un réflexe gravé très profondément en nous qu’il est illusoire de vouloir chasser d’un simple discours rassurant.

Surtout, l’Homme a longtemps dû compter sur des individus prompts à déceler les dangers et à crier « attention, le glacier ! » avant qu’il ne soit trop tard, de la même manière qu’il avait après coup besoin d’individus pondérés et apaisants pour convaincre le guetteur de tantôt que sa conquête n’avait pas profité d’être cachée par cinquante tonnes de glace pour aller voir à gauche le temps d’être dégagée.

Donc voilà, maintenant vous savez : votre partenaire jaloux que vous pensez pouvoir guérir doit son comportement à ses gènes, sa perception de la vie, du monde, de l’humanité et de l’univers. Bonne chance.

Nous gérons moins bien les contrariétés que les tragédies

La récente résiliation de mon contrat de travail m’a valu une réflexion sur mon avenir à court et moyen terme ainsi que diverses démarches administratives ennuyeuses ; ma dernière convocation à la protection civile alors que j’ai normalement passé l’âge d’être appelé m’a fait entrer dans une transe de haine hystérique qui m’a vu appeler les dieux à témoin dans mon serment solennel d’immoler le responsable et de disperser ses cendres aux quatre vents.

Je suis très porté sur la métaphore « feu » aujourd'hui. Ce doit être l'effet Noël.

Je suis très porté sur la métaphore « feu » aujourd’hui. Ce doit être l’effet Noël.

Un problème ? Ah mais je vous demande bien pardon, vous faites exactement pareil !

Les scientifiques appellent cela le « Region-Beta Paradox » (en anglais. En français, aucune idée, j’ai pas trouvé) (et peu cherché). Il s’agit de cet écart comportemental qui nous fait respirer un grand coup en clamant cérémonieusement « soit » lorsque nous sortons de l’hôpital avec un bras dans le plâtre tout en nous transformant en tornade d’ire vengeresse lorsque notre Playstation ne s’allume plus.

Le fait est que notre cerveau dispose de mécanismes l’aidant à gérer les mauvaises situations, c’est d’ailleurs ce qui fait de nous une espèce plutôt douée pour s’adapter à son environnement. Seulement voilà, ces fonctions sont là pour les urgences, vous n’y faites pas appel à chaque fois que vous ne trouvez plus vos clés.

Il va de soi que vous préférerez largement remplacer un joint de culasse plutôt que vous habituer à une prothèse, mais en ce qui concerne votre réaction, vous ferez preuve de plus de courage et de maturité dans la seconde situation. Parce que votre cerveau à décrété l’état d’alerte et pris les choses en main. Vous allez passer par un processus de réflexion et de relativisation, vous allez vous projeter dans votre nouvelle situation et définir des solutions. Votre cerveau en est pleinement capable, il est équipé pour faire face à du lourd.

« Yo, bitch ! À nous deux ! »

« Yo, bitch ! À nous deux ! »

Mais seulement du lourd.

« Tu te démerdes. »

« Tu te démerdes. »

Pour le reste, c’est à vous de jouer. Voilà pourquoi vous avez pardonné à votre pote d’avoir plié votre voiture, mais pas d’avoir ri de vous il y a cinq ans. Donc maintenant vous savez : la prochaine fois que vous faites face à une contrariété, ne lésinez pas sur la réaction ; une bisbille avec un collègue ? Un poing dans la gueule. Un type au volant qui vous coupe la route ? Un parpaing dans le pare-brise. Parce qu’ainsi, vous forcez la main à votre interlocuteur. Toutes les parties concernées – y-compris la police – vont devoir plancher sur le problème et trouver une solution pour clore ce chapitre. C’est plus sain.

Nous voyons notre « moi futur » comme une autre personne

Alors comme ça, dans quelques jours, vous vous rendez aux quarante ans de votre copain d’enfance que vous n’avez pas vu depuis l’âge de onze ans ? Et ça se passe à Sveyanhüurborg ? Et vous n’avez absolument pas envie d’y aller ? Comme je vous comprends.

« C'est ici la fête ? Non ? Peste... »

« C’est ici la fête ? Non ? Peste… »

Évidemment, on peut se demander pourquoi vous avez accepté lorsqu’il vous a envoyé l’invitation il y a six mois, mais à ce moment-là, curieusement, sauter dans un train puis dans un bus puis dans un tram puis dans un autre bus pour revoir un type que vous ne pensez sincèrement pas reconnaître vous avait paru une idée acceptable. Pour quelques bonnes raisons du reste, c’est un joli coin, et puis vous rencontrerez du monde… Lorsque vous avez coché la case « oui », vous vous imaginiez débarquer six mois plus tard le sourire au lèvres et quelques bonnes blagues sous le coude, et à vous le grand soir.

Parce que curieusement, à ce moment-là, vous n’imaginiez pas que le moment venu, vous seriez exactement comme maintenant : beaucoup plus intéressé à regarder la ligue des champions qu’à aller crapahuter à l’autre bout du pays. Votre stupide cerveau se figurait à cet instant que votre « vous futur » serait exactement du type à répondre « hell, yeah ! » à ce genre d’invitations.

Lorsque vous pensez à vous ou à n’importe-qui d’autre, ce ne sont pas les mêmes parties de votre cerveau qui se mettent à bosser. C’est du reste parfaitement naturel, il est important de bien faire la différence entre soi-même et les autres personnes de façon à pouvoir leur dire comment elles doivent se comporter en sachant bien que vous n’en feriez rien à leur place. Le souci, c’est que lorsque vous réfléchissez à la personne que vous serez dans quelques années – voire demain – il arrive souvent à votre cerveau de faire appel à la partie qui concerne les autres.

« Oh certes, c'était pas donné, mais laissons futur-moi se démerder avec ses problèmes financiers. »

« Oh certes, c’était pas donné, mais laissons futur-moi se démerder avec ses problèmes financiers. »

Et voilà comment on se met à la clope en sachant bien que c’est une mauvaise idée ; tout au fond de nous, on se dit que l’autre con fera le nécessaire pour arrêter dans quelques temps.

« Ça ne sera pas un problème, il compensera par sa vie sexuelle super épanouie, ses innombrables activités, sa nouvelle carrière exaltante et sa récente passion pour le sport. »

« Ça ne sera pas un problème, il compensera avec sa vie sexuelle super épanouie, ses innombrables activités, sa nouvelle carrière exaltante et sa récente passion pour le sport. »

* Transition de Noël, ho ho ho ! *

Bon les enfants, c’est Noël, vous savez ce que ça veut dire ? Non, rien à voir avec l’amour et tout ça : je voulais juste signaler que je m’offre une semaine de vacances.

Voire deux.

J’avais eu une idée originale, à savoir vous pondre un billet spécial Noël, mais je n’ai rien trouvé de bien folichon à raconter et j’y ai perdu connement du temps. J’ai aussi pris du retard parce que j’ai d’autres projets en cours et ma récente acquisition d’Alien : Isolation ne va rien arranger. Enfin, pour tout vous dire, je dois recharger un peu les accus aussi.

Alors joyeux Noël, mes lapins ! Et bonne année !

Publicités
commentaires
  1. 53X3kevin_666 dit :

    Bonne année cher Labo. Reposez-vous bien.

  2. […] Labo sur Votre cerveau vous hait (lui aussi) […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s