Lorsque les dieux se mêlent aux calamités

Publié: 4 février 2015 dans Histoire

Dans les croyances antiques, le moins qu’on puisse dire c’est que les divinités avaient le sens du coup de théâtre. Froisser l’une d’entre elles, même involontairement, vous promettait une réaction disproportionnée au terme de laquelle vous ne seriez pas beau à voir.

« Nous créons cieux, terre et mers, et tout ce que vous faites pour nous dire merci c'est empiler trois cailloux ? FAMINE, bande de cons ! »

« Nous créons cieux, terre et mers, et tout ce que vous faites pour nous dire merci c’est empiler trois cailloux ? FAMINE, bande de cons ! »

Lorsque l’on contemple la colère de Dieu contre Sodome ou celle de Zeus contre Prométhée, on se dit que tout de même, les temps ont bien changé. Faut-il le déplorer ? Comment s’y est-on pris pour passer ainsi du déluge à l’indifférence divine ?

Car aujourd’hui, quoi qu’on pense de l’Ancien Testament, nous posons sur le monde un regard plus pragmatique. Lorsque survient une tuile, on tend plus à saisir pelles et pioches qu’à sacrifier un cabri et des spécialistes nous parlent de mouvements de plaques tectoniques là où des zélotes évoquaient auparavant le courroux cosmique.

Divinité ou humanité, difficile de définir qui a perdu sa foi en l’autre en premier. Toujours est-il que s’il fut un temps où il ne semblait pas possible de faire un pas de travers sans que ça soit déluge pour tout le monde, on se dit aujourd’hui qu’une petite série de calamités ne ferait pas de mal ici ou là sur la planète. Mais que voulez-vous demander aux cieux à une heure où les temples sont déserts, mais où l’on fait la queue par milliers pour acheter le dernier smartphone, ou que l’on s’assemble par milliers pour observer ceux qui font la queue pour acheter le dernier smartphone ?

Le consumérisme idiot, fleuron des calamités modernes.

Le consumérisme idiot, fleuron des calamités modernes.

Et bien rassurez-vous, pécheurs repentants : là-haut, on ne vous a pas oublié et quoi que plus discret, le sens théâtral cosmique n’est pas mort. Nous ne vivons plus aux temps des prophéties, mais on vous en a gardé quelques-unes de côté, au cas où.

« Et le pécheur sera frappé par la foudre, même s’il fait beau »

En dépit de ce que vous annoncent les esprits chagrin, notamment dans les paragraphes ci-dessus, l’homme a su conserver une part de sa foi. Que ça soit par croyance, par philosophie, par poésie ou ce que vous voulez, il aime voir autre chose que le hasard derrière les aléas de son existence et ne met pas longtemps à repérer les messages que la providence place sur sa route.

Ces messages couvrent un large éventail de paraboles, allant du buisson ardent à un vol de canards sauvages en passant par un motif photoshopé sur pain grillé.

« Je crois que le Christ essaie de me dire qu'il ne se sent pas très bien. »

« Je crois que le Christ essaie de me dire qu’il ne se sent pas très bien. »

Parmi ces signes, rares sont ceux qui portent autant de signification que le bon vieux coup de foudre. Alors que certaines paraboles peuvent soulever des doutes quant à leur message, l’éclair qui traverse les cieux infinis pour venir directement s’écraser sur vous alors qu’il n’y a pas d’orage laisse clairement entendre que vous ne vous êtes pas faits des copains là-haut.

Or, cela arrive. Ce n’est pas souvent, mais c’est possible. Environ 10% des éclairs qui zèbrent les cieux de par le vaste monde (dont le total est tout de même estimé à cinq millions par jour) sont ce que l’on appelle des éclairs à charge positive. Comme expliqué dans un site incompréhensible, les bons vieux éclairs normaux sont générés par un échange d’énergie entre un nuage de pluie chargé négativement et la Terre, chargée positivement.

Ainsi que l'on peut le voir sur cette photo.

Ainsi que l’on peut le voir sur cette photo.

Or, il arrive que ça soit l’inverse. Un nuage chargé positivement va alors chercher un coin négatif de la planète bleue, et ceux-ci sont plus rares, demandant à l’éclair de consentir à quelques kilomètres de plus pour le rejoindre. Dès lors, ledit éclair peut quitter la zone d’orage pour allez se trouver un petit spot au soleil.

La bonne nouvelle, donc, c’est que le phénomène est très rare. La mauvaise, c’est que quand ça arrive, ça ne rigole pas : un éclair positif serait six à dix fois plus costaud que le bon vieil arc électrique traditionnel, pourtant déjà assez viril. En conséquence, nous lui devons le record actuel de l’impact électrique le plus mortel puisqu’il causa en 1968 un crash d’avion qui s’avéra fatal à ses 81 passagers.

« Et les araignées tomberont du ciel, peut-être »

Dans l’Ancien Testament, Dieu a beaucoup utilisé l’argument « pluie de petits animaux, et pas ceux qui sont mignons » pour convaincre l’entêté pharaon d’alors de reconsidérer la question juive.

« Les troupeaux sont morts et les sauterelles ont mangé les récoltes, mais il nous reste des cuisses de grenouilles. »

« Les troupeaux sont morts et les sauterelles ont mangé les récoltes, mais il nous reste des cuisses de grenouilles. »

Quoi que la véracité historique des dix plaies d’Égypte est aujourd’hui largement contestée, on imagine sans peine la force de persuasion que devaient représenter des nuées infinies d’insectes, chacun semblant dire « libère mon peuple, bordel ! » à un pharaon probablement un peu dépassé.

En ce qui me concerne, la question n’est pas de savoir si ça s’est passé ou non – ne pas savoir avec certitude me paraît le fondement même de la religion – mais plutôt de comprendre, si l’histoire de Moïse s’est vraiment déroulée telle que décrite dans la Bible, pourquoi ce pharaon borné n’a pas fini par retourner sa veste.

« C'est du bluff les gars, on fonce ! »

« C’est du bluff les gars, on fonce ! »

Aujourd’hui, la situation n’est plus la même. Nous avons eu une gigantesque preuve (on n’en demandait pas tant) que les Juifs ne disposent plus de la même protection divine maintenant qu’à l’époque, et vous en prendre à eux vous vaudra le courroux des bien-pensants là où un temps il vous valait celui du Tout Puissant. Dès lors, nous en avons logiquement retiré que si Dieu existe, il n’intervient plus aujourd’hui de la même manière qu’hier.

Alors il faudrait demander à l’Argentine et au Brésil ce qu’ils ont fait pour le mettre pareillement en pétard.

Le 6 avril 2007, le photographe Christian Oneto Gaona et des potes à lui arpentent la province de Salta dans leur Argentine natale lorsqu’ils arrivent à un endroit où le sol est jonché d’énormes araignées. En observant les alentours – probablement en pensant que Shelob allait émerger d’une crevasse d’une seconde à l’autre – ils virent que des araignées tombaient du ciel par centaines.

Si vous voulez trouver cette photo, vous tapez « moments de joie » sur Google Image.

Si vous voulez trouver cette photo, vous tapez « moments de joie » sur Google Image.

Ce n’était pas la première fois que pareil événement était relaté, mais jamais personne n’avait pu en ramener de clichés, sans doute parce qu’il est malaisé de prendre une photo stable lorsque l’on court en hurlant de terreur. On évoque des pluies d’animaux, essentiellement des grenouilles et des poissons, dans bien des endroits du monde, mais on admettra qu’avec les araignées on monte d’un cran dans l’angoisse.

D’autres clichés, et même des vidéos, relatent une histoire semblable au Brésil et les images ont fait le tour du monde, poussant tout un chacun à frissonner en sentant les déplacements de tarentules imaginaires dans ses cheveux. Toutefois, un coup d’œil aux vidéos indique rapidement que les bestiaux ne sont pas en train de se casser la figure, mais sont bien posés peinards sur des toiles qu’ils ont tendues sur un vaste périmètre.

« Le coin est chouette, mais il y a ces bruyants bipèdes géants juste en dessous qui crient et gesticulent pour je ne sais quelle raison. »

« Le coin est chouette, mais il y a ces bruyants bipèdes géants juste en dessous qui crient et gesticulent pour je ne sais quelle raison. »

Dès lors, on peut se demander s’il ne s’est pas passé la même chose en Argentine, mais allez savoir. Les scientifiques avancent qu’il est possible qu’une tempête soit assez puissante pour soulever des animaux légers et les emmener avec elle dans son périple, mais peinent à expliquer comment elle s’y prendrait pour sélectionner une espèce animale tout en foutant la paix aux autres.

À image : le zoo de Francfort après le passage de la terrible tempête qui emporta avec elle tous les agoutis cendrés.

À image : le zoo de Francfort après le passage de la terrible tempête qui emporta avec elle tous les agoutis cendrés.

Donc voilà : pour vos prochaines vacances au Brésil ou en Argentine, ça ne serait peut-être pas bête de prendre un parapluie et d’aller vous confesser.

« Et les amateurs de plages l’auront bien profond »

En 1815, l’Europe venait d’envoyer Bonaparte à la retraite, avait redéfini ses frontières par le pacte de Vienne et n’avait plus qu’à panser ses plaies et se reconstruire tranquillement, dans la paix et l’harmonie qui lui est propre, en espérant un avenir clément et des récoltes abondantes. Dommage.

Parce que l’Histoire se souviendrait de 1816 comme l’année sans été, ce qui est plutôt explicite.

Durant le printemps de cette année, juste après que les champs aient été semés, la neige s’invita à nouveau exactement comme aujourd’hui, sauf qu’elle persista toute l’année sur pratiquement toute la planète. L’Europe, l’Amérique du Nord, la Chine et l’Inde furent particulièrement touchées, leurs fleuves gelaient au plus fort de l’été et seules quelques rares récoltes purent avoir lieu de-ci de-là.

Comme vous pouvez le constater, la Suisse ne fut pas épargnée. J'imagine que les étrangers en furent tenus responsables.

Comme vous pouvez le constater, la Suisse ne fut pas épargnée. J’imagine que les étrangers en furent tenus responsables.

Or, en 1816, si le climat tendait un doigt à notre espèce, on n’avait pas vraiment de plan B ; aujourd’hui on ferait pousser des trucs sur du bitume avec je ne sais quel engrais infernal et on développerait des substituts de viande à base de pétrole, de farines animales et de lait démaquillant, mais à l’époque les moyens n’étaient pas les mêmes. Et il fallait nourrir les chevaux en plus du bon peuple.

Résultat, le prix de la becquetance creva le plafond tandis que la famine s’installa sur la moitié de la planète, amenant avec elles ses copines émeutes et pillages. La démographie en prit un coups.

« Qu'est-ce que je vous disais ? »

« Qu’est-ce que je vous disais ? »

Si on veut voir le bon côté des choses, sachez qu’il se dit que le mythe du monstre de Frankenstein date cette époque, lorsqu’une bande d’écrivains parmi lesquels figurait Mary Shelley se lança dans une série de proses sur le thème de la peur. Donc yay !

Évidemment, il se murmurait un peu partout que le courroux divin était à l’origine de tout ceci. Peut-être traçait-on le parallèle avec le déluge et que l’on pensait que le bon dieu avait opté pour la neige afin que personne ne puisse lui refaire le coup du méga bateau, ou alors on se disait peut-être que les vikings avaient eu raison, pour finir. Mais l’explication était ailleurs. En Indonésie, en l’occurrence.

En avril 1815, le mont Tambora se mit en rogne et connut pendant quelques jours une série d’éruptions si violentes qu’on les entendait à des centaines de kilomètres à la ronde. La Terre n’avait pas connu pareille activité volcanique en 1300 ans et ses victimes directes sont estimées à 60’000 personnes. Et c’est sans compter la famine qui allait suivre à l’autre bout du globe…

Merci Indonésie !

Merci Indonésie !

Alors si pour vous, la naissance du monstre de Frankenstein ne justifie pas tant de souffrances, sachez que la poussière volcanique qui recouvrait le monde et s’apprêtait à le précipiter dans l’horreur généra de magnifiques couchers de soleil en Grande Bretagne, dont l’un d’eux fut immortalisé par William Turner dans son « Canal de Chichester ». Yay !

Si un jour on subit une importante catastrophe naturelle, on se consolera en se disant qu'elle inspire un artiste quelque part dans le monde.

Si un jour on subit une importante catastrophe naturelle, on se consolera en se disant qu’elle inspire un artiste quelque part dans le monde.

« Et je ne vous avertirai qu’une grosse quinzaine de fois avant de détruire vos villes »

Dieu avait laissé quarante jours aux habitants de Ninive pour se calmer faute de quoi il descendait les calmer lui-même et ça avait fonctionné. Si vous voulez voir ce qui se passe lorsqu’on fait la sourde oreille aux avertissements que l’univers vous envoie, c’est en Martinique qu’il faut aller regarder.

En début avril 1902, des fumerolles apparaissent au sommet de la Montagne Pelée, dont le nom à lui seul résonne déjà comme une menace. Au pied du massif, dans la ville alors en plein essor de Saint-Pierre, on décide de s’en foutre.

Les jours suivants, des grondements souterrains se font entendre, un nuage de matière volcanique s’échappe du cratère et une pluie de cendres tombe sur la ville, la plongeant dans l’ombre. Du côté des dirigeants, on botte toujours en touche, car il y a plus important : les élections législatives arrivent. Le premier tour a lieu le 27 avril, alors qu’une forte odeur de souffre envahit les rues.

Ils ne pouvaient pas s'en rendre compte, mais ça sentait aussi pas mal le sapin.

Ils ne pouvaient pas s’en rendre compte, mais ça sentait aussi pas mal le sapin.

Le 2 mai, des tremblements de terre secouent la ville, des détonations assourdissantes résonnent et un épais nuage noir s’en va masquer le soleil. Devant ces signes inquiétants, les politiques en pleine luttes électorales font ce qu’ils ont toujours fait et feront toujours, à savoir récupérer l’événement et, selon les camps et les alliances, se prononcer pour ou contre une évacuation de la ville.

Quelques jours plus tard, les pluies de cendres se sont intensifiées et des ravines en crues ont coupé les premières routes. Quelques habitants quittent les lieux tandis qu’un début de panique commence à se répandre en ville.

Le 5 mai, le destin se fend d’un signal un peu plus fort et les rues de Saint-Pierre sont envahies de centaines de serpents fer-de-lance, mordant à tout va comme ils savent si bien le faire et provoquant la mort d’une cinquantaine de personnes et d’une pléthore d’animaux, avant d’être tués jusqu’au dernier par les chats géants de la ville, si j’en crois une de mes sources qui n’a apparemment pas jugé utile de développer.

Je vous laisse vous faire votre propre idée, moi j'ai la mienne.

Je vous laisse vous faire votre propre idée, moi j’ai la mienne.

Dans un autre quartier, une usine de sucre, que l’on imaginerait être un des endroits les plus heureux de la Terre, est envahie de scolopendres et de fourmis, tout ce beau monde étant bien entendu venimeux (Martinique, braves gens), avant de se faire ensevelir sous six mètres de boue brûlante. Dans le même temps, la mer se retire de cent mètres et le tsunami qui en découle raye de la carte le bas de la ville. Mais ça n’est pas grave : les élections battent leur plein, le scrutin final est prévu pour le 11 mai. Les autorités minimisent les dangers liés aux serpents, aux séismes, aux gaz toxiques, aux cendres, aux ténèbres, à la panique, à la boue brûlante et aux insectes venimeux, compensant ce manque d’action en espérant très très fort que les choses en resteront là.

Aussi, le matin du jeudi 8 mai, jour de l’ascension, le volcan décide qu’il s’est montré assez patient et appuie sur le petit bouton rouge. Une monstrueuse masse de cendres et de gaz est catapultée hors de la croûte terrestre et dévale la pente à une vitesse estimée à 670 km/h. Saint-Pierre est frappé de plein fouet et le nuage, dont la température excède les mille degrés, ne met que quelques minutes à détruire entièrement la ville et emporter avec lui ses 26’000 habitants.

Si ça peut vous rassurer, sachez qu’il y eut des survivants. Deux. Dont un taulard qui avait été protégé par les murs épais de sa cellule. Allez dire à ce mec-là que le crime ne paie pas…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s