La mort, c’est très surfait

Publié: 25 février 2015 dans Histoire

Si nous sommes tous égaux face à la Grande Faucheuse, nous avons déjà pu nous rende compte qu’elle n’intervient pas forcément toujours là où on l’attendrait. Il n’y a pas vraiment de règle : c’est selon l’humeur.

Prenez le jeune rappeur américain Ervin McKinness par exemple : un beau jour qu’il circulait pété comme un coing à 180km/h dans les rues d’Ontario avec des potes, il eut juste le temps de narrer ses exploits sur Twitter en les accompagnant d’un « yolo » (abréviation pour « on ne vit qu’une fois » si vous n’êtes pas familier avec le langage djeunz) avant de se manger un mur et de passer l’arme à gauche. Si nous n’irons pas jusqu’à dire qu’il méritait ce triste sort, on doit quand même bien admettre que l’issue de l’histoire n’est pas franchement surprenante. La mort s’est dressée, lui a dit « chiche ! », et voilà.

Mais quelque part, si on veut bien voir ça sous un autre angle, on peut se dire qu’au moins, ce mec aura une histoire à raconter là-haut. Il va se faire des potes, on va lui payer des verres pour ça ! Pas comme vous, dans quelque lointain futur, lorsque vous ennuierez toute l’assistance avec votre banale histoire de lit et de famille autour. Ou d’infarctus après trois semaines de retraite. Ou de vacances en Australie.

À l'image : un panorama australien au réveil.

À l’image : le type de paysage australien le plus couramment aperçu au réveil.

Mais le mieux, c’est encore de combiner : d’abord, vous vous offrez un départ en fanfare, et ensuite vous poussez le mépris jusqu’à y survivre. Lorsqu’arrive la dame à la faux, plutôt que de saisir la main qu’elle vous tend, vous vous levez tout seul en vous époussetant et vous lui demandez une clope. Ça peut marcher. Ces gens ont essayé.

Vesna Vulovic reprendrait bien un peu de crash

Le 26 janvier 1972, l’hôtesse de l’air yougoslave Vesna Vulovic, alors âgée de 22 ans, embarque à bord d’un DC-9 reliant Copenhague à Belgrade, poste qu’elle n’aurait pas dû occuper puisqu’elle avait été confondue avec une homonyme. Vesna en profite, cela lui mettra un peu de beurre dans les épinards. Et puis qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Or, c’est précisément ce jour-là qu’avait choisi un indépendantiste croate pour placer une bombe dans l’appareil, estimant qu’en réaction le maréchal Tito libérerait instantanément son pays. Si le plan n’a pas exactement fonctionné comme prévu, la bombe a fait son travail : l’avion fut brisé en deux en plein air et chuta de plus de dix-mille mètres. Vesna Vulovic était assise au milieu de l’appareil lors de l’attentat.

Non seulement s’arrangea-t-elle pour survivre à l’explosion, mais elle était toujours en vie après que la carcasse de l’avion ait percuté une montagne enneigée. Elle fut retrouvée par des secouristes, à moitié hors de l’appareil et dans le coma, et reçut sur place les soins d’un docteur allemand nommé Bruno Henke, plus ou moins habitué à ce genre de scènes puisqu’il avait été médecin durant la seconde guerre mondiale.

« Ça change pas tellement d'un Messerschmitt une fois au sol. »

« Ça change pas tellement d’un Messerschmitt une fois au sol. »

Vesna se réveillera plus tard avec des lésions partout, la mémoire en lambeaux à cause d’une fracture au crâne et la colonne vertébrale en pièces détachées. Qu’importe : quelques temps après, elle sera sur pieds, toute neuve. Et reprendra son travail auprès de la compagnie aérienne. Certes, elle restera plus derrière les bureaux, mais cela ne l’empêchera pas d’accomplir encore quelques vols de-ci de-là, apparemment indifférente à ces histoires de chochottes qu’on appelle « séquelles » ou « traumatismes ». En Yougoslavie, on en fit une héroïne nationale dont la légende survivra à la chute du pays. Aussi, elle fit son entrée dans le Guiness Book pour la plus haute chute à laquelle un être humain ait survécut sans parachute : 10’160 mètres, ou – mieux – 33’333 pieds.

La chute fut si terrifiante que Vesna confessera avoir cru parcourir au moins 11'637 mètres.

La chute fut si terrifiante que Vesna confessera avoir cru parcourir au moins 11’637 mètres.

Et c’est seulement quelques années plus tard que Vesna Vulovic nous montrera vraiment ce qu’elle a dans les tripes, en s’opposant publiquement à la politique de chef de clan de Slobodan Milosevic. En conséquence, elle se fera… licencier. Il est permis de penser que sa réputation lui évita un sort plus comparable à celui des protestataires anonymes de cette époque.

Quoi qu’il en soit, elle sera présente lors de la chute de Milosevic en octobre 2000 et reste depuis lors une figure politique en Serbie.

Michael Holmes tombe de 4000 mètres, annonce qu’il va mourir, ment

Michael Holmes est tellement habitué aux sauts en parachute qu’il les pratique en pensant à autre chose. Du haut de ses sept années d’expérience, il est reconnu comme étant le plus jeune instructeur de chute libre au Royaume Uni. Or, la chute libre, il se trouve qu’il en connaît un rayon. Il l’a expérimentée comme personne.

S’étant rendu en Nouvelle Zélande pour un saut – le ciel est plus haut là-bas – Michael se jette dans le vide comme à son habitude à une hauteur variant, selon mes sources, entre 3’500 et 4’500 mètres. Peu importe : ce qu’il faut retenir, c’est que son parachute s’est emmêlé lorsqu’il l’a ouvert. Résultat, Michael ne chutait pas beaucoup moins vite, mais tournait comme une toupie.

Synthèse du problème de Holmes.

Synthèse du problème de Holmes.

Forts de leur expérience et de leurs connaissances en ce domaine, les experts en saut s’accordent tous à dire que ce n’est jamais un bon signe. Le premier parachute bloquant celui de réserve, Michael ne peut qu’admettre qu’il est échec et mat. Sa réaction ne manque pas de prestance : il fait un signe d’adieu à la caméra intégrée dans son casque et exprime ses dernières pensées d’une voix trahissant une certaine angoisse : « oh fuck. I’m dead. Bye. »

Il y a quelque chose de saisissant à entendre les mots d’une personne que quelques secondes seulement séparent de la mort. Il faut aussi rendre honneur au sang froid du type qui reste digne jusqu’à la fin, sans virer à l’hystérie ou que sais-je. Après tout, vu qu’il allait y survivre, il eut été maladroit de se lancer dans une ultime confession embarrassante ou quelque chose approchant. Mais là, non. Juste « bye ». Classe.

Par contre, il avait un tout petit peu moins l’air badass après le crash, lorsque son flegmatique quoi que profond adieu vira au gémissement endolori. Son deus ex machina ? Un épais bosquet de mûriers, suffisamment dense pour amortir sa chute et, j’imagine, lui accorder deux autres souhaits.

Lorsque son partenaire de saut atterrit à ses côtés – un poil plus tard, vu qu’il avait pris son temps pour descendre, lui – et lui demanda s’il respirait toujours, il fut sans doute assez surpris de l’entendre répondre que oui. Puis il demanda s’il allait bien et Michael dit non, ce qui devait être déjà moins étonnant.

Bilan : une cheville cassée et un poumon perforé. De quoi répondre en effet qu’il n’avait pas la patate, mais en relativisant un peu, il pourra sans doute estimer que ça aurait pu être plus moche.

C'est une belle histoire pour les parachutistes, mais une triste histoire pour les mûriers.

C’est une belle histoire pour les parachutistes, mais une triste histoire pour les mûriers.

Steven McCormack survit à un grave accident à Toonville

Si vous peinez à croire aux deux cas ci-dessus, celui-ci devrait vous faire relativiser.

Steven McCormack, chauffeur poids lourd établi en Nouvelle-Zélande, travaillait à la maintenance de son camion lorsqu’il glissa et tomba au plus mauvais endroit possible, eut-il cherché des heures : la valve d’un tuyau relié à une bonbonne d’air comprimé. Elle lui perfora la fesse et, puisque contact il y avait, s’actionna.

L’air fusa à une pression gigantesque dans le corps de l’infortuné routier tétanisé par la douleur pendant que ses collègues et son chef se précipitaient à son secours. Lorsqu’ils eurent coupé l’arrivée, le pauvre McCormack avait déjà largement enflé, sa peau s’était séparée de ses muscles en bien des endroits, son visage s’était totalement arrondi et de l’air s’était accumulé entre ses organes, notamment ses poumons, rendant sa respiration difficile.

Ainsi qu'en atteste cette photo.

Ainsi qu’en atteste cette photo.

Comme les deux ambulances du patelin étaient déjà occupées, le pauvre, pauvre Steven eut à poireauter une heure en souffrant le martyr pendant que ses collègues le maintenaient dans la position la moins inconfortable possible, probablement dans un endroit dépourvu d’objets pointus.

« Allô, l'hôpital ? Nous avons besoin d'une ambulance en ur – *PAN* – non c'est bon, laissez tomber. »

« Allô, l’hôpital ? Nous avons besoin d’une ambulance en ur – *PAN* – non c’est bon, laissez tomber. »

Remarquez, si la bonbonne avait contenu de l’hélium et non de l’air, le trajet à l’hôpital en eut été grandement facilité, il aurait suffi d’une ficelle. Comble du bonheur, la pression repoussait les aiguilles des ambulanciers qui tentaient vainement d’administrer un petit shot de morphine bien mérité au plus malchanceux routier à avoir jamais survécu à un accident.

Pas moins de cinq docteurs s’activèrent sur notre bonhomme Michelin pour lui sauver la mise, et ils firent du bon boulot. Steven demeura trois jours à l’hôpital, le temps que son corps évacue le trop-plein d’air de la façon la plus naturelle qui soit, en réaction à quoi on ose espérer que le reste de l’étage fut évacué. À terme, le brave routier, qui avait retrouvé pêche et moral, regagna son domicile et fut mis au repos quinze jours durant, pendant que ses collègues devisaient entre eux sur les nouveaux surnoms à lui attribuer à son retour.

« Merci pour les vœux de rétablissement, connards ! »

« Merci pour les vœux de rétablissement, connards ! »

Matt Suter voulait voir une tempête, Matt Suter verra une tempête

Lorsque l’on émet un souhait, il convient d’éviter de trop en parler, des fois que quelque antique avatar de la fatalité le prendrait comme un défi personnel. Matt Suter l’a appris à ses dépens et y a survécu pour nous prévenir.

Le 12 mars 2006, Matt Suter, uniquement vêtu d’un boxer, zonait dans la caravane de sa grand-mère, quelque part dans le Missouri, lorsqu’il constata que la météo commençait à faire la gueule. De forts vents s’élevaient, de violentes bourrasques frappaient le maigre habitacle et beaucoup vous diront qu’une caravane n’est pas un abri sûr en cas de cyclone.

Tout comme un boxer n'est pas une tenue appropriée lorsqu'on est en présence de sa grand-mère.

Tout comme un boxer n’est pas une tenue appropriée lorsqu’on est en présence de sa grand-mère.

Matt, qui avait dit un jour à son amie qu’il souhaitait voir une tornade de près (mais pas trop) réagit en conséquence : il ferma la fenêtre. Sans doute pensait-il avoir fait le plus dur lorsque le bruit du vent devint insoutenable et que sol et murs commencèrent à vibrer. Il regarda en direction de son aïeule, j’imagine pour lui dire qu’il avait toujours rêvé de voir une grosse lampe de près, mais n’eut pas le temps de parler qu’il fut assommé par une grosse lampe.

Lorsqu’il se réveilla, il était endolori, hébété et saignait à la tête et aux pieds. Aussi, il était étendu dans un champ à 400 mètres de la caravane, dans la nuit et le froid. Le vent était tombé, mais les lourds nuages noirs ainsi que les dégâts aux alentours octroyaient aux lieux des airs d’apocalypse ténébreuse.

« Matt ? J'y vois rien, t'es où ? »

« Matt ? J’y vois rien, t’es où ? »

Un éclair zébrant les cieux révéla au jeune homme l’emplacement désert où se tenait avant peu leur fière demeure et il réalisa à ce moment-là qu’il venait de vivre – et survivre à – une tornade. Il se précipita vers la maison de son meilleur ami pour trouver de l’aide.

Le service national de météorologie déclara que Matt avait établi le nouveau record de la plus longue distance qu’une personne prise dans une tornade ait parcourue sans en mourir. Pour la petite histoire, le précédent, datant de 1955, était conjointement détenu par une fille de 9 ans à l’époque et son poney, qui auraient volé sur environ 330 mètres pour retrouver le plancher des vaches pratiquement sans une bosse.

Les Américains ont toujours confondu « petite fille sur un poney » et « Bellérophon ».

Les Américains ont toujours confondu « petite fille sur un poney » et « Bellérophon ».

De son côté, la grand-mère de Matt avait été protégée des ravages de la tempête par une grosse table en chêne et émergea des décombres pour constater, horrifiée, que son petit-fils était introuvable. Elle commença par porter secours à son fils handicapé, établi non loin, qui s’était pour sa part retrouvé coincé entre deux matelas lorsque son plafond lui avait dégringolé dessus. Chez les Suter, on a de la chance dans son malheur.

Lorsque des voisins arrivèrent sur les lieux dévastés avec Matt dans leur véhicule, la famille se retrouva au complet, ravie d’avoir survécu à la plus gentille tornade qu’ait connue le Missouri.

« Dans le Missouri, l'ouragan Babar poursuit sa route, détruisant des structures en s'excusant et s'employant à éviter de trop déranger... »

« Dans le Missouri, l’ouragan Babar poursuit sa route, détruisant des structures en s’excusant et s’employant à éviter de trop déranger… »

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