Les énigmes (douteuses) du passé

Publié: 19 mars 2015 dans Arts et lettres

La rapide évolution de l’humanité vous vaut de lire ce blog depuis votre smartphone en reliant Oslo à Seattle là où vos grands-parents frottaient frénétiquement des bouts de bois pour allumer un feu propre à effrayer les loups rôdant aux abords de la caverne ; certes, il apparaît que nous avons perdu au fil du temps quelques-uns des enseignements de nos ancêtres, en témoignent nombre de merveilles antiques dont certains fonctionnements nous échappent ; mais ne nous leurrons pas : nous avons perdu ces connaissances parce qu’objectivement, elles ne nous servaient plus à rien. Si la survie de notre espèce dépendait de la construction d’une nouvelle pyramide de Khéops (c’est un exemple plausible), elle embellirait l’horizon avant la fin de la semaine.

Sauf si on devait la faire en Suisse, à cause des référendums.

Sauf si on devait la faire en Suisse, à cause des référendums.

Cela dit, avec un minimum d’honnêteté, nous devons reconnaître que nos prédécesseurs détenaient bien plus de secrets qu’on ne pourrait le croire de prime abord ; certains ont laissé derrière eux des ouvrages face auxquels les plus brillants cerveaux de notre temps sont restés pantois avant d’aller pleurer leur foi perdue et sombrer dans une bouteille au fond de quelque sordide rade des bas quartiers.

Les pierres sphériques du Costa Rica

Dans le milieu des années 30, des ouvriers costariciens défrichant des zones forestières découvrent des dizaines de pierres parfaitement rondes, d’une taille variant entre quelques centimètres de diamètre et plus de deux mètres ; nombreuses, éparses, elles sont posées dans la jungle, tranquilles, certaines disparaissant presque sous la végétation, d’autres cachées au fond des rivières.

Vivant parfois en colonies.

Vivant parfois en colonies.

Ni une ni deux, les ouvriers, face à ces témoignages troublants d’un passé oublié, commencèrent à les faire sauter à la dynamite en espérant y trouver de l’or ou des trésors avant que le gouvernement n’y mette le holà. Par la suite, la communauté scientifique se pencha sur la question mais buta contre plusieurs énigmes. L’éloignement des matières premières (trouvables à une petite centaine de kilomètres des sites), les outils employés, la façon dont on les a transportées, le but de la manœuvre, l’âge exact des sculptures ou encore le peuple qui les avait façonnées étaient autant de mystères qui valurent aux experts de hausser les épaules et à l’imaginaire collectif de prendre le relais. Voici quelques théories trouvées ça et là sur internet :

  • les pierres ont été sculptées par les dieux antiques, ces formidables ancêtres géants des humains qui peuplaient la planète il y a des temps immémoriaux et que la science continue à ignorer pour des raisons troubles.

  • Elles furent placées là par les mêmes bâtisseurs qui édifièrent les pyramides de Bosnie (on y viendra), la preuve étant qu’on a aussi trouvé une sphère de pierre en Bosnie.

Parce que voyez-vous, sculpter des pierres pour les déplacer ensuite de plusieurs kilomètres n'aurait aucun sens. Par contre, leur faire traverser l'Atlantique pour les larguer en pleine jungle...

Parce que voyez-vous, sculpter des pierres pour les déplacer ensuite de plusieurs kilomètres n’aurait aucun sens. Par contre, leur faire traverser l’Atlantique pour les larguer en pleine jungle…

  • Elles proviennent de Mars, car la roche qui les compose est trouvable en abondance sur la planète rouge. Je ne sais pas si c’est vrai, mais dans tous les cas ladite roche est également très répandue au Costa Rica, ce qui devrait entrer en considération, je trouve.

  • Elles datent de l’âge de pierre, ce qui soulève des questions fascinantes sur les outils employés. Ou alors elles sont plus récentes que ça et l’âge de pierre est à nouveau barbant. Nous ne voulons pas ça.

  • Les sphères seraient des bulles en pression (écoutez, je ne fais que retranscrire ce que je lis, ok ?).

  • Elles seraient d’origine grecque, car très proches des outils employés par ces derniers pour l’astronomie.

Les grecs étaient des pointures en astronomie malgré des moyens rudimentaires.

Les grecs étaient des pointures en astronomie malgré des moyens rudimentaires.

  • Elles servaient de monnaie.

  • À leur emplacement initial, elles formaient un gigantesque planétarium.

  • Elles proviennent des Atlantes et servaient entre autres d’outils de navigation.

Malheureusement, la réalité se trouve souvent un petit cran en dessous des fantasmes, surtout lorsque ces derniers sont aussi délirants (de la monnaie ??). Au fil des recherches et des années, on exhuma d’autres pierres, des restes de villages, des outils et même des gisements de matière première situés à une petite dizaine de kilomètres au maximum desdits villages. À terme, on peut attribuer ces œuvres à un peuple appelé les Diquis, qui faisaient partie de ces petites communautés vivant dans l’ombre des cadors comme les Mayas, les Incas ou les Aztèques avant que l’Espagne ne vienne montrer qui était le patron.

Ils employaient des roches volcaniques qu’ils soumettaient à d’importants changements de température, ce qui effritait leur surface et leur permettait d’obtenir une forme déjà plus ou moins sphérique, qu’ils peaufinaient ensuite à la main, avant de transporter le résultat final allez savoir comment. C’était certes un travail de titan, seulement ça n’avait rien à voir avec, vous savez, les vrais titans.

La machine d’Anticythère

En 1901, des plongeurs d’éponges découvrent une épave de galère romaine près des côtes grecques et en remontent un curieux objet :

Ils étaient tous d'accord sur le fait que ce n'était pas une éponge.

Ils étaient tous d’accord sur le fait que ce n’était pas une éponge.

La communauté scientifique se retrousse les manches et consacre les grands moyens à l’étude de cette fascinante découverte ; après d’intenses recherches, savants et experts peuvent affirmer que l’objet est probablement d’origine grecque, appuyant leurs propos sur les quelques caractères de grec ancien encore discernables sur l’appareil (ça n’a pas l’air si compliqué, la recherche).

Pour le reste, ils étaient plus ou moins largués ; ils émirent l’hypothèse que l’objet avait été conçu à des fins d’astronomie mais séchaient autant devant son fonctionnement que son inventeur. La galère ayant sombré entre 80 et 60 avant notre ère, ils estimèrent un peu au bol que l’appareil devait plus ou moins dater de cette époque. Bref, si vous et moi en avions discuté devant une bière, nous serions arrivés aux mêmes résultats que la Science.

Pourtant ça paraît facile.

Pourtant ça paraît facile.

La grande question qui se posait concernait la finesse de la machinerie : pour trouver des mécanismes comparables, c’est en Chine et en Arabie qu’il faut chercher, et mille ans plus tard. Aussi, le débat resta ouvert. Et puis, avec le temps et la technologie, on arriva à des réponses un peu plus concrètes, et on commença par reculer encore un peu l’époque de conception de la machine d’Anticythère : selon les dernières analyses, elle aurait été confectionnée en -205. Cela paraît encore plus invraisemblable, mais après tout, la Grèce venait de connaître un certain Archimède, alors pourquoi pas. Quant à son but, c’était bien l’astronomie : les navigateurs s’en servaient pour prédire des éclipses lunaires ou solaires, ou pour calculer la position des astres.

Pour ce faire, ils liaient cet appareil à une pierre sphérique du Costa Rica et le tour était joué.

Pour ce faire, ils liaient cet appareil à une pierre sphérique du Costa Rica et le tour était joué.

Le manuscrit de Voynich

Le manuscrit de Voynich est un codex de plus de 200 pages rédigé durant la première moitié du quinzième siècle sur un vélin de grande qualité et parsemé de nombreuses illustrations en couleur. Oh, et on n’a pas la moindre idée de ce qu’il raconte puisqu’il est rédigé dans un langage absolument inconnu.

En effet, il se trouve que chaque page de ce volumineux manuscrit est recouverte d’un charabia incompréhensible et de dessins pas franchement plus clairs.

Une idée ?

Une idée ?

À l’heure actuelle, les plus brillants linguistes de la Voie Lactée se sont cassés les dents dessus sans parvenir à en traduire un seul mot, à tel point que pendant quelques temps la piste du canular fut privilégiée. Et lorsque des savants sont prêts à croire qu’un clown médiéval a consacré un temps et des moyens monstrueux à monter un flan cinq étoiles pour troller les scientifiques du futur, ça montre bien à quel point ils sèchent.

Et même ça, on le leur à pris, aux pauvres linguistes : une analyse mathématique des caractères et des phrases a permis de déceler une structure logique proche des langages européens dans la construction du texte. En gros, on ne comprend toujours rien, mais on devine comment ça marche. Si je devais émettre une hypothèse, je dirais que le manuscrit renferme des conseils pour rendre des scientifiques malheureux.

De même que des schémas sur une version médiévale et érotique de la queue-leu-leu.

De même que des schémas sur une version médiévale et érotique de la queue-leu-leu.

Les illustrations aidant (il y en a des moins nébuleuses que celle ci-dessus), on a tout de même pu déterminer que le manuscrit traite entre autres de médecine, d’alchimie, d’herboristerie et d’astronomie, encore que les plantes dessinées sont rarement identifiables. Aussi, il ne fait aucun doute que le volume est de confection européenne. Quant au texte en lui-même, on penche aujourd’hui pour un langage codé.

Les chercheurs ont également parcouru les correspondances des anciens propriétaires du manuscrit, espérant obtenir des réponses ; la plus ancienne trace écrite qu’ils trouvèrent date du milieu du dix-septième siècle, où le codex est mentionné par des chercheurs qui se posaient exactement les mêmes questions qu’aujourd’hui, et penchaient pour un langage codé ou un canular. Quatre siècles plus tard, on en est toujours à la même page – littéralement. Bien joué, science !

Le manuscrit était très exactement aussi absurde au moyen-âge qu'aujourd'hui.

Le manuscrit était très exactement aussi absurde au moyen-âge qu’aujourd’hui.

Les pyramides de Bosnie

Cette rubrique ne devrait pas figurer dans cet article, mais j’ai tellement entendu parler de ces pyramides que j’ai voulu creuser. Depuis quelques temps, certains affirment que nous sommes à deux doigts de réaliser une découverte stupéfiante propre à nous faire reconsidérer tout ce que l’on croyait savoir sur notre passé : des restes d’une civilisation formidablement ancienne ont été découverts en Bosnie, dans la vallée de Visoko. Notamment, des pyramides. Voyez plutôt :

On admettra qu'il y a de quoi se poser des questions.

On admettra qu’il y a de quoi se poser des questions.

Personnellement, j’opte vite pour le scepticisme devant des révélations de ce genre, surtout lorsqu’elles incluent des pyramides – les gens font un foin pas possible sur les pyramides – mais après tout, il y a tant de choses qu’on ignore ; finalement, il n’est pas inimaginable que quelque chose de gros nous soit passé sous le nez. Donc j’ai bouffé une quantité invraisemblable d’articles dont je vais vous faire un petit topo.

En 2005, un archéologue amateur du nom de Semir Osmanagic s’est intéressé au site en question et voulut y entreprendre des fouilles, sans parvenir à obtenir un financement de la part des instances officielles. Aussi dût-il faire appel à d’enthousiastes volontaires, tant pour l’aider sur place que pour financer ses recherches. Depuis, régulièrement, les nouvelles de leurs découvertes sont publiées sur nombre de pages internet, mais plutôt « complot-mondial.com » ou « mystères-des-étoiles.org » que « British Museum ». Voici quelques-unes des merveilles qui furent exhumées et que le monde persiste injustement à ignorer :

  • Cinq pyramides s’élèvent dans la vallée, la plus haute d’entre elle dépassant d’un gros tiers la taille de la pyramide de Khéops.

  • Un dédale souterrain gigantesque (d’aucuns diraient cyclopéen) aux immenses dalles de céramique relient entre eux les cinq édifices.

  • Les structures sont composées de vastes blocs d’un béton largement plus solide que celui que nous employons de nos jours. Une datation au carbone 14 renvoie leur construction à 25’000 ans dans le passé.

En pleine ère glaciaire, donc. Ah, et la datation au carbone 14 n'est pas praticable sur les pierres.

En pleine ère glaciaire, donc. Ah, et la datation au carbone 14 n’est pas praticable sur les pierres.

  • De vastes bassins contiennent une eau plus pure que tout ce que nous connaissons, dont les propriétés presque miraculeuses pourraient soigner toutes les maladies connues.

  • Un parchemin vieux de 25’000 ans, rédigé dans un alphabet proche de celui qui serait employé plus tard par les peuples d’Europe de l’Est, a été trouvé sous la plus grande des pyramides. Le message est le suivant : « la porte est fermée. Nous sommes bloqués. Nous allons devoir nous battre pour nous défendre et pour attaquer, jusqu’à ce que nous ayons à nouveau l’opportunité de passer par la porte des étoiles. »

The way is shut.

The way is shut.

  • Etc.

La théorie officielle, quant à elle, soutient que ces pyramides sont de formation tout simplement naturelle, de même que les fameux blocs de béton qui la composent, et qu’Osmanagic est en train de foutre en l’air des vestiges médiévaux en creusant dans les alentours. Une pétition a du reste été adressée au gouvernement bosniaque par les milieux archéologiques pour demander de faire cesser les fouilles.

Bien sûr, en face, on crie à la politique de l’autruche et l’on accuse les archéologues de vouloir étouffer l’affaire pour ne pas avoir à reconsidérer leurs théories actuelles sur le passé de notre espèce (il est bien connu que les archéologues détestent l’archéologie).

« Vous savez quoi les gars ? C'est trop de boulot, oublions ça. »

« Vous savez quoi les gars ? C’est trop de boulot, oublions ça. »

Il existe une autre hypothèse concernant le silence entourant ces découvertes : les pyramides de Bosnie, comme toutes les pyramides antiques, étaient capables de créer de l’énergie propre en abondance, en absorbant la force du Soleil ou quelque chose approchant.

Comme ça.

Comme ça.

Sauf qu’en Bosnie, le générateur fonctionne toujours. Du coup, les affreux lobbies en énergie pas propre maintiennent le monde dans l’ignorance pour ne pas altérer leurs profits.

Et vous savez que je suis totalement pour jeter des pierres aux méchants lobbies, mais il ne faut pas déconner tout de même ; certes, les grands fournisseurs d’énergie seraient sans doute prêts à tout pour préserver leurs intérêts, mais ces histoires de pyramides sont un gigantesque et ridicule fourre-tout renfermant à peu près tous les fantasmes classiques des conspirationnistes, allant des théories sur la mémoire de l’eau aux portails spatiaux en passant par les Atlantes et les générateurs énergétiques.

Quant à Semir Osmanagic, peut-être n’est-il pas inutile de souligner qu’outre ses travaux sur les pyramides de Bosnie, il a également mené des recherches en Amérique Centrale dont il a tiré des certitudes sur les origines atlantes des Mayas, les pouvoirs des crânes de cristal, les contacts antiques avec des extraterrestres, les bouleversements que provoquerait le 21 décembre 2012 et même le fait qu’Hitler et ses suivants auraient fini leurs jours dans une base secrète en Antarctique.

Alors finalement, entre la théorie de la civilisation stellaire qui maîtrisait toutes les technologies de nos fictions et celle de l’origine naturelle, je pense que l’origine naturelle l’emporte. De loin. J’irai même jusqu’à dire que ça serait pareil avec Stonehenge.

Ou alors, peut-être que les aliens-atlantes ont voyagé dans un univers parallèle, en sont revenus avec le manuscrit de Voynich et se sont rendus au quinzième siècle avec une machine à remonter le temps pour le remettre aux Terriens, afin de leur faire une blague. Ensuite ils ont continué à faire les malins avec leur machine jusqu'à ce qu'elle leur pète à la gueule au large de la Grèce antique, ne laissant pour tout témoignage qu'un curieux mécanisme.

Ou alors, peut-être que les aliens-atlantes ont voyagé dans un univers parallèle, en sont revenus avec le manuscrit de Voynich et se sont rendus au quinzième siècle avec une machine à remonter le temps pour le remettre aux Terriens, afin de leur faire une blague. Ensuite ils ont continué à faire les malins avec leur machine jusqu’à ce qu’elle leur pète à la gueule au large de la Grèce antique, ne laissant pour tout témoignage qu’un curieux mécanisme.

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commentaires
  1. CoinCoin dit :

    Il clair que ces articles (et surtout le contenu) est loufoque, comme précisé dans « qui est labo », mais c’est tellement bien écrit qu’on le lit par plaisir de voir quelle nouvelle tournure philosophico-métaphorique va sortir !
    C’est franchement drôle, et tellement plus amusant que les « vrais » sites conspirationnistes !

  2. Labo dit :

    Merci beaucoup ! Je vais creuser un peu ces histoires de conspirations, il doit y avoir des perles !

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