Lorsque la nature ne veut pas de nous

Publié: 2 avril 2015 dans Géo

Au vu du traitement que l’on fait subir à la nature, on pourrait être tenté de croire qu’on lui a montré qui commande, mais il n’en est bien entendu rien. Tout au plus sommes-nous une légère démangeaison sur le dos de la main de la Terre-Mère, une contrariété passagère qui partira comme elle est venue.

Donc à l’heure actuelle elle nous tolère, mais lorsqu’elle veut qu’on lui fiche la paix, elle ne manque pas de moyens de nous le faire savoir ; il existe bien des endroits sur Terre où même un panneau « interdit aux humains » ne serait pas plus parlant que les signaux qu’elle envoie, des lieux si viscéralement hostiles à l’homme que l’on ne peut que s’incliner et retourner à nos villes aseptisées pour y méditer notre vengeance.

Vengeance.

Vengeance.

Le lac bouillant, Dominique

Les sources d’eau chaude sont l’un des cadeaux les plus sympas que Dame Nature puisse nous offrir, une façon de nous inviter à nous établir dans les parages et à y vivre à jamais heureux et ridés. Il en va quelque peu différemment du lac bouillant de l’île de Dominique, que le nom décrit ma foi assez bien.

La photo aussi.

La photo aussi.

Le bassin mesure soixante mètres de large pour cinquante-neuf de profondeur, faisant de ce lac une sorte de cube de haine peu propice à la baignade : la température à son bord varie entre 82 et 91°C et, si personne ne s’est donné la peine de se rendre en son milieu avec un petit thermomètre, son remous continuel donne une idée du chiffre.

De même que la vapeur qui envahit les lieux

De même que l’abondante vapeur.

Vous serez sans doute intéressés à aller par vous même admirer la majesté de ce lieu qui cuit les gens vivants, mais sachez qu’il faut compter avec un périple au sein des ravines escarpées et des gorges brûlantes du volcan avoisinant. Aussi, le pourtour du lac est raide, humide et très glissant. Peut-être devriez-vous ne pas emmener le chien. Ou mieux : n’y allez pas.

Remarquez, tout le monde ne pense pas comme moi ; un lac bouillant, des vapeurs brûlantes, des bords escarpés et humides invitant au plongeon improvisé, tout est réuni pour que certains trouvent le coin chouette, notamment ce type-là :

Mais il n'est pas fou : il porte un casque.

Mais il n’est pas fou : il porte un casque.

George Kourounis exerce le métier au nom universellement badass de « chasseur de tempêtes », qui consiste à aller faire le malin dans les lieux les plus hostiles de la planète pour le frisson de téléspectateurs qui attendent de voir si il va se vautrer. Lors de sa traversée du lac bouillant en tyrolienne, il sut joindre l’utile à l’agréable en plongeant dans les eaux torturées un sac d’œufs qui agrémentèrent le repas de l’équipe.

Bon appétit ! Ne faites pas attention à la couleur un peu terne de la coquille, Pâques se la joue gothique cette année.

Bon appétit ! Ne faites pas attention à la couleur un peu terne de la coquille, Pâques se la joue gothique cette année.

Le parc national Tsingy de Bemaraha

Madagascar s’étant séparé du continent Africain il y a quelque 160’000 millions d’années, sa vie et son environnement y ont suivi un cours en marge du reste du monde et en ont manifestement profité pour se lâcher. En résulte, par exemple, le parc national Tsingy de Bemaraha, qui porte à croire que les lieux servaient autrefois de couche à quelque fakir géant.

Je n'ai pas encore lu cette théorie sur internet, mais je pense que ce n'est qu'une question de temps et de recherche.

Je n’ai pas encore lu cette théorie sur internet, mais je pense que ce n’est qu’une question de temps et de recherche.

Sur plus de 72’000 hectares, le parc est entièrement recouvert de vastes massifs de calcaire exclusivement composés d’angles tranchants qui vous haïssent personnellement, vous garantissant une progression ardue ponctuée de glapissements endoloris et où chaque faux pas vous vaudra, au mieux, une nouvelle cicatrice ; même les arbres n’ont pas l’air heureux d’être là.

Je peux le sentir.

Je peux le sentir.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le parc présente la particularité de ne requérir aucune sorte de protection pour des raisons évidentes. Du reste, il a été à ce jour si peu exploré qu’à chaque fois que des chercheurs s’y rendent, ils en reviennent avec quelques espèces animales inconnues ainsi que de douloureux souvenirs qu’ils relatent pendant qu’on change leurs pansements.

Ça va, Nature. On a compris, on s'en va !

Ça va, Nature. On a compris, on s’en va !

Dès lors, et bien que l’endroit soit reconnu comme une prometteuse forteresse biologique, la vaste majorité de son territoire n’a jamais vu un bipède.

À moins bien sûr que ce truc-là soit un bipède.

À moins bien sûr que ce truc-là soit un bipède.

En plus, vous apprendrez qu’il est interdit d’y maltraiter les animaux ou d’y arracher des arbres. Nous n’avons vraiment plus aucune raison de vouloir nous y rendre.

Sauf peut-être pour aller secourir ce malheureux.

Sauf peut-être pour aller secourir ce malheureux.

Le Strid

Située en Angleterre, la rivière Wharfe incite par ses eaux calmes à la détente, la pêche à la ligne, le barbecue et la baignade. Et selon l’endroit que vous choisissez, seules deux de ces activités vous vaudront de disparaître à jamais.

Car voyez-vous, la particularité de cette rivière, c’est que si en général elle ressemble à ça…

à savoir un gentil cours d'eau sur les rives duquel poussent des bancs accueillants

à savoir un gentil cours d’eau sur les rives duquel poussent des bancs accueillants

…il se trouve qu’en un lieu précis, et sans qu’elle y perde en quantité d’eau charriée, ses bords se rejoignent pour lui donner des airs de minuscule ruisseau inoffensif.

L'entendez-vous ? Il vous dit « bienvenue, voyageur, retire tes chaussures et viens reposer tes pieds fatigués dans mon lit frais ! »

L’entendez-vous ? Il vous dit « bienvenue, voyageur, retire tes chaussures et viens reposer tes pieds fatigués dans mon lit frais ! »

Dès lors, ce que cette partie de la rivière, appelée « le Strid », perd en largeur, elle le compense en profondeur. Ce qui veut dire que cet aimable ruisselet regorge de cavités et de boyaux souterrains reliés entre eux par de forts courants. À l’heure actuelle, on n’a aucune idée de la profondeur que peut atteindre le Strid et rares sont ceux qui y sont tombés à en être ressortis pour en parler. Pour rajouter une petite touche d’ambiance, la plupart des victimes n’ont simplement jamais été retrouvées et attendent aujourd’hui que vous les rejoigniez, accrochées dans la nuit de quelque anfractuosité escarpée sous les racines du monde.

Ramener un poisson du Strid est un acte de courage et un rite essentiel de passage à l'âge adulte chez les rudes habitants du site.

Ramener un poisson du Strid est un acte de courage et un rite essentiel de passage à l’âge adulte chez les rudes habitants du site.

Inutile de préciser que les eaux apparemment calmes, les bords rapprochés (et glissants) que vous pouvez par endroits tenter de relier d’un saut (Strid dérive de Stride, qui signifie « enjambée ») et les rives herbues et paisibles équivalent à un chant de sirènes vicelard qui s’est déjà avéré fatal à bien des visiteurs mal renseignés.

Du reste, les communes avoisinantes ne lésinent pas sur les mises en garde.

Du reste, les communes avoisinantes ne lésinent pas sur les mises en garde.

Fort heureusement, ces derniers sont de plus en plus rares grâce aux efforts fournis par les résidents pour informer les touristes. Et bien entendu, ce que la région perd en innocents, elle le compense en inconscients puisque la sinistre réputation des lieux amène de temps à autres des visiteurs venant y piquer une tête pour jouer les caïds et poster les photos ou les vidéos sur Internet.

Le tourbillon de Corryvreckan

Peu de visions sont aussi épiques qu’un énorme tourbillon creusant dans les eaux glacées un irrésistible couloir plongeant dans les abysses, mais nous savons aussi qu’il n’existe rien de tel ; dans la réalité, un tourbillon n’est qu’un bref événement engendré périodiquement par les courants et la topographie marine. Il n’y a que dans nos légendes et en Écosse que l’on trouve des maelströms éternels.

En Écosse et, plus précisément, dans le golfe de Corryvreckan, où une facétie de la nature occasionne en permanence un puissant courant circulaire, comme expliqué sur le schéma suivant :

Photo réelle.

Photo réelle.

Comme vous le voyez, la présence du gros machin sous-marin casse les courants qui en retour font n’importe-quoi ; en résulte une bouche vers l’Enfer au cœur-même des ravissantes côtes écossaises, à quelques bonnes brasses de la berge pour un nageur motivé.

Lorsque les eaux sont calmes, un remous continuel est visible en surface mais le courant n’est un danger que pour le nageur du paragraphe du dessus (dont on espère pour lui qu’il a conservé sa motivation intacte) ; par contre, lorsque le temps se gâte, le monstre dévoile sa vraie nature :

Tourbillon gentil.

Tourbillon gentil.

Tourbillon méchant.

Tourbillon méchant.

Et quand les marées se mêlent à une météo furieuse, les vagues engendrées par le maelström s’élèvent jusqu’à neuf mètres de haut et le rugissement de la bête est audible quinze kilomètres plus loin.

Bien entendu, comme nous sommes des gens horribles, nous avons cherché à savoir ce qui arrivait à un corps qui passait à la baille et avons balancé dans le gouffre un mannequin muni d’un gilet de sauvetage et d’une jauge de profondeur. Lorsqu’il fut retrouvé en aval, le malheureux n’avait pas bonne mine puisqu’il avait été longuement traîné sur les fonds marins, 262 mètres plus bas, avant d’être rejeté sur la berge.

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