Les plus gros objets jamais volés

Publié: 16 avril 2015 dans Economie

Je suppose que comme moi, la dernière fois que vous vous êtes livrés au larcin, c’était dans un contexte étudié pour être pratique ; le vol étant une activité encore mal perçue tant du point de vue social que judiciaire, on cherche à y recourir avec un minimum de prudence. C’est dans cet état d’esprit qu’un carjacker privilégiera un véhicule de ville sobre par rapport à un camion de pompiers ou qu’un ambitieux escroc préférera postuler à la HSBC plutôt que mettre au point un plan infiniment complexe pour dévaliser un casino.

Les vols les plus monumentaux n'existent que dans les films, les jeux vidéo et la finance internationale.

Les vols les plus monumentaux n’existent que dans les films, les jeux vidéo et la finance internationale.

Or, si le vol est un concept que l’on décline en un très large spectre allant du racket à l’école au crime organisé en passant par le mail du roi nigérien, on tend de façon injuste à oublier sa branche la plus couillue : le gros vol, à prendre au sens littéral.

Alors aujourd’hui accrochez-vous, parce qu’on va s’intéresser à du lourd, au propre comme au figuré.

Ponts et chaussées

Lorsque l’on construit un pont ou une autoroute, on entend toujours dire qu’il a coûté un saladier mais on sait qu’il ne s’agit pas que des matériaux, il y a aussi le terrain, les architectes, les projets, les salaires des ouvriers, les petites combines et le ruban d’inauguration, autant de facteurs qui contribuent à sa valeur totale.

En Russie, on voit la chose autrement : le matériel qui compose ces structures a un prix, point. L’avantage du béton ou de l’acier sur l’or ou les pierreries, c’est que c’est trouvable en abondance, partout. Il n’y a qu’à se baisser pour en ramasser.

Se baisser avec l'outil approprié.

Se baisser avec l’outil approprié.

Ainsi, en tous cas trois ponts ont déjà été volés dans ce pays ; des gens déboulent de nuit avec l’équipement adéquat, découpent l’acier qui les composent et s’en vont avec direction le marché noir, laissant une bonne surprise aux habitants des environs se rendant au boulot le lendemain matin.

L’un de ces vols, concernant un pont de cinq mètres essentiellement construit en bois, fut promptement résolu par la police qui n’eut qu’à suivre les traces laissées dans le sol par la structure et le tracteur qui l’avait arrachée d’un bloc pour retrouver le tout dans le jardin du coupable, un jeune de 23 ans qui n’avait pas vu que son plan comportait une faille.

Les deux autres affaires par contre n’ont pas été élucidées à ma connaissance, mais ça avance : comme les deux ponts volés étaient relativement proches l’un de l’autre, les investigateurs, qui ne laissent aucun détail leur échapper, pensent que les deux méfaits pourraient être liés entre eux.

Par un pont, littéralement.

Par un pont, littéralement.

Moins de chance par contre pour un Russe de 40 ans, également trahi par les traces laissées dans le sol par les chenilles de la grue dont il se servait pour charger un camion de plaques de béton qu’il découpait et récupérait à même la route.

Une église

Si les Russes peuvent nous surprendre par leurs ressources et leur culot – je ne pensais même pas qu’il était possible de voler un pont – n’allons surtout pas croire qu’ils se laisseront intimider par le courroux divin : quelque part à trois cents bornes au nord-est de Moscou, c’est une église vieille de deux cents ans qui a été fauchée, brique par brique.

« Qu'est-ce que tu me donne contre ce manteau de fourrure, ce sac à main et cette petite église orthodoxe ? »

« Qu’est-ce que tu me donnes pour ce manteau de fourrure, ce sac à main et cette petite église orthodoxe ? »

Aujourd’hui, il ne reste de l’humble maison de Dieu qu’une triste portion d’un mur et deux ou trois fondations. L’opération a vraisemblablement duré moins d’un mois et implique peut-être pas mal d’habitants d’un bled voisin qui auraient répondu à l’offre d’un entrepreneur des environs. Toujours est-il que l’essentiel du butin a été réparti dans diverses nouvelles constructions, probablement vouées à une abominable malédiction.

Si vous trouvez que la réaction des esprits Indiens face à la profanation est excessive, attendez de voir celle du Tout Puissant !

Si vous trouvez que la réaction des esprits indiens face à la profanation est excessive, attendez de voir celle du Tout Puissant !

Si le vol d’icônes religieuses est souvent à déplorer en Russie comme ailleurs, celui des bâtiments entiers demeure toutefois plus rare ; néanmoins, cette pauvre église n’était apparemment pas la première à disparaître de la sorte dans ce pays décidément très « système D ».

Une cloche d’une tonne et demie

Quitte à dérober quelque chose de gros, autant que ça en vaille la peine puisqu’il faut aller chercher le machin, le transporter et le revendre, le tout sans attirer l’attention. Il est néanmoins très probable que Robert Hunter n’avait pas du tout ça en tête lorsqu’il a procédé au vol d’une massive cloche en cuivre de plus de mille trois cents kilos dans un temple bouddhiste en Amérique.

« Allons décrocher ce monstrueux objet prévu pour faire un maximum de bruit ! »

« Allons décrocher ce monstrueux objet prévu pour faire un maximum de bruit ! »

Ceci dit, l’instrument valait une petite fortune donc on pourrait considérer que le risque encouru était compensé par les promesses de gain, mais gardons-nous d’appliquer ce raisonnement à l’ami Hunter puisque lorsqu’il s’est fait coincer, il essayait de revendre la pièce pour cinq cents dollars.

Parmi le butin saisi par la police, les dizaines de véhicules de toute taille donnent au moins une idée de la façon dont il s’y est pris pour transporter la cloche ; cette dernière a pu retrouver sa pagode pour le plus grand bonheur de la communauté bouddhiste locale, dont le bonze moine chef de culte (comment appelle-t-on un prêtre bouddhiste ?? ) n’avait pas caché son pessimisme quant à la perspective de la revoir un jour.

« Pensez-donc, une cloche bouddhiste d'une tonne, tout le monde la voudra ! »

« Pensez-donc, une cloche bouddhiste d’une tonne, tout le monde la voudra ! »

Une plage

Oui oui, une plage.

D’ordinaire, les éléments naturels composant nos paysages comme des forêts, des montagnes ou des plages sont considérés comme relativement acquis, on ne s’attend pas à les voir s’envoler en une nuit.

Ça prend quand même deux ou trois ans.

Ça prend quand même deux ou trois ans.

Et pourtant ! En juillet 2008, un peu moins d’un kilomètre de plage disparut du jour en lendemain en Jamaïque, où la course aux matériaux de construction est intense ; la quantité de sable que ça représente aurait nécessité pas moins de cinq cents camions et d’une façon ou d’une autre, l’ensemble de l’opération s’est déroulée sans que personne ne remarque rien d’anormal.

Je vous laisse imaginer la déception des touristes !

Je vous laisse imaginer la déception des touristes !

Et bien sûr, le coupable n’a jamais été arrêté, parce que cinq cents camions chargés de sable qui disparaissent sur une île est un défi insurmontable pour la police ; la population n’étant pas dupe, elle a bien compris que ses loyaux défenseurs de l’ordre étaient mouillés jusqu’au cou et que pour trouver le sable manquant, c’est probablement dans la pierre qui compose les nouveaux hôtels qu’il faut chercher, ou simplement sur leurs plages.

Gardez-ça en tête la prochaine fois que vous vous rendez en Jamaïque : vos vacances à la plage ont coûté une plage.

Gardez-ça en tête la prochaine fois que vous vous rendez en Jamaïque : vos vacances à la plage ont coûté une plage.

Un char d’assaut

Tout bon militaire américain vous dira que la place d’un tank est dans une base militaire et certainement pas entre les mains d’un désespéré. Ils l’ont appris à la dure.

En mai 1995, Shawn Nelson, vétéran de l’U.S. Army et plombier au chômage, toucha le fond après une longue descente aux enfers due à une vie difficile et quelques soucis dans sa tête. Et comme à cette époque on était un peu moins à cran question sécurité, ils n’eut qu’à entrer dans une base de la garde nationale de San Diego pour en ressortir aux commandes d’un fringant char M-60 Patton de 57 tonnes.

Le mode d'emploi stipule pourtant bien de tenir le véhicule à l'écart des enfants et des malades mentaux.

Le mode d’emploi stipule pourtant bien de tenir le véhicule à l’écart des enfants et des malades mentaux.

Je ne sais pas si c’est toujours le cas aujourd’hui, mais à l’époque les chars démarraient sur une simple pression d’un bouton et la seule chose qui prévenait les vols était un verrouillage du sas. Shawn n’eut besoin que d’une barre à mine pour s’approprier l’engin dont il se servit pour instaurer une nouvelle ère de chaos et de terreur dans les rues de San Diego. Pendant très exactement 23 minutes, le char arpenta les axes de la ville en broyant véhicules, feux de signalisation et à peu près tout ce qui tenait debout.

Et comment s’y prend-on pour stopper un char d’assaut de plus de cinquante tonnes ? Et bien on ne peut pas et la police désemparée ne voyait pas vraiment d’autre option que de suivre sa progression en lui demandant de s’arrêter s’il vous plaît et en exhortant la population à quitter la route. Fort heureusement, les munitions de l’engin étaient stockées dans un autre bâtiment que les chars et Nelson n’eut donc pas le loisir d’ajouter sa mitrailleuse et son monstrueux obusier à la petite fête qu’il improvisait.

Les conversations radio de la police sont sans équivoque : - "Voyez-vous un moyen d'arrêter cette chose ?" - "Euh... Ben... Non, pour être honnête..."

Les conversations radio de la police sont sans équivoque :
– « Voyez-vous un moyen d’arrêter cette chose ? »
– « Euh… Ben… Non, pour être honnête… »

S’il se contenta au début de rouler sur des véhicules à l’arrêt et des infrastructures urbaines, il commença à voir plus gros au fil des minutes et tenta notamment de détruire un pont (qu’est-ce qu’ils prennent, les ponts, dans cet article) en fonçant dans ses piliers, heureusement en vain. Après un quart d’heure de course dans la ville, il finit par atteindre l’autoroute ; moins d’un kilomètre plus loin, il essaie de rejoindre la piste opposée et vous pouvez imaginer l’angoisse qui saisit la police à la perspective du carnage qu’il ne manquera pas de causer. Heureusement, ô combien heureusement, il se coinça irrémédiablement entre les deux voies et l’engin ne bougea plus.

Les agents passèrent en mode « guérilla » et se jetèrent à l’assaut du monstre immobilisé, franchirent le sas de la même manière que Shawn s’y était pris une petite demi-heure plus tôt et exhortèrent le pilote à sortir. Celui-ci tenta de manœuvrer pour dégager le char et se fit abattre aussi sec.

Ne soyons pas trop durs ni envers Shawn Nelson, ni envers la police ; si le char avait rejoint la piste opposée, il y aurait libéré l’Enfer et les agents devaient absolument saisir cette occasion d’en finir ; en outre, ils ne lui ont pas mis un pruneau dans la tête, mais l’ont touché à l’épaule, espérant le neutraliser sans le tuer. Quant à Shawn, les procès délirants qu’il avait intenté à l’encontre de la ville ainsi que la galerie qu’il creusait dans son jardin pour chercher de l’or indique bien que le malheureux n’avait plus toute sa tête. En 1995, on vivait la fin de cette époque aujourd’hui bien lointaine où l’on pouvait raisonnablement faire confiance aux citoyens pour, vous savez, ne pas voler un tank. L’évolution de la société et sa propension à pousser au désespoir une partie de ceux qu’elle laisse sur le carreau nous vaut aujourd’hui de devoir nous méfier de nous même, mais cette situation est relativement nouvelle. Il a fallu des travers tels que l’affaire Shawn Nelson pour qu’on revoie les choses.

Et à l’heure actuelle, bien sûr, ce genre de leçon a été bien retenue. Essayez de voler un char aux USA, pour voir…

Aussi, vous vous en doutez, les vidéos sont trouvables sur Youtube :

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