Faute professionnelle

Publié: 30 septembre 2015 dans Economie

Vous avez tous, à un moment où à un autre, eu un contact avec une personne qui s’avéra être particulièrement nulle dans son métier. J’ai travaillé pour un opérateur téléphonique qui mit près d’une semaine à faire fonctionner la ligne de mon bureau ; j’ai connu des départements de communication incapables de rédiger la moindre lettre sans y laisser des fautes ; mon père a attendu en vain un technicien supposé lui installer le téléphone, lequel lui posa un lapin parce qu’une fois devant la porte de son immeuble, il ne parvint pas à lui téléphoner pour lui demander de venir lui ouvrir (en dépit de ses tentatives répétées). Ce sont des exemples parmi bien d’autres et vous en avez aussi.

Les statistiques sont formelles : les électriciens subissent beaucoup plus d’accidents liés à l’électricité que les autres corps de métiers.

Les statistiques sont formelles : les électriciens subissent beaucoup plus d’accidents liés à l’électricité que les autres corps de métiers.

Mais soyons honnêtes : nous sommes tous cette personne une fois ou l’autre. On craque, c’est comme ça. On n’a pas inventé l’expression « l’erreur est humaine » pour faire plaisir aux gens qui n’en font jamais. Et si la plupart du temps on en est quitte pour une séance gros yeux, une réputation entachée ou un petit licenciement, il existe des circonstances au cours desquelles il ne faut vraiment, mais vraiment pas se louper.

Parce que parmi les couacs que vous pouvez générer dans votre travail, il y a ceux qui sont thématiques, qui dégagent une telle ironie que le plus dur pour vous sera encore de convaincre votre entourage que vous n’avez pas fait exprès.

La musique anti piratage a été piratée

Il y a une dizaine d’années, décision fut prise de lutter contre le piratage afin de faire prendre conscience aux consommateurs que télécharger un film est un crime. Pour ce faire, on décida d’emmerder au maximum ceux qui respectaient encore le commerce – et personne d’autre – en incrustant un interminable message au début de pratiquement chaque DVD. Le clip vidéo « Piracy. It’s a crime » était né.

Ainsi qu’un mème internet.

Ainsi qu’un mème internet.

Le spot se lance depuis lors à chaque fois que vous initiez la lecture d’un DVD et, impossible à zapper, dure à peu près le temps de chercher, trouver et downloader le même film sur Internet. Malgré le facepalm planétaire qu’il engendra, le machin existe encore à ce jour, parce que la lutte contre les téléchargements illégaux mérite bien qu’on lui sacrifie les derniers consommateurs honnêtes.

Mais là où la vidéo se distingue, c’est qu’à aucun moment son éditeur, une société néerlandaise du nom de Brein, ne jugea approprié de payer pour la musique accompagnant son clip, parce que fuck les artistes.

« Vous vous rendez compte de la visibilité que ça vous vaudrait, si les gens achetaient encore des DVD ? »

« Vous vous rendez compte de la visibilité que ça vous vaudrait, si les gens achetaient encore des DVD ? »

Donc oui, la vidéo supposée protéger les droits des artistes ne sert à rien, agace tout le monde et s‘offre encore le luxe de gruger l’auteur qui y a contribué. Initialement, la musique avait été composée par un dénommé Melchior Rietveldt pour un petit festival de cinéma, ensuite de quoi elle fit le tour du monde sans qu’il n’en ait la moindre idée.

Jusqu’à un jour de 2011 où le bonhomme reconnut sa musique dans le clip précédant un Harry Potter. Ne me demandez pas comment il s’y était pris jusque là pour ignorer la chose, toujours est-il qu’on l’estima floué de plus d’un million d’euros.

Colère, le bon Melchior s’en va taper sur la table et est promptement contacté par une des huiles de la société, un dénommé Jochem Gerrits, qui lui promet pleine compensation. Seule condition : signer pour une maison de disques que, coïncidence, Gerrits dirige, ce qui vaudrait à ce dernier de toucher un tiers de l’argent que Rietveldt obtiendrait en réparation. Classe.

Bien sûr, Melchior refusa l’offre. Par la suite, l’affaire éclata au grand jour, le monde entier fut consterné, Melchior toucha des compensations au compte-gouttes, Gerrits démissionna et plus jamais aucun artiste ne fut floué sur toute la planète.

Deux sous-marins détecteurs de sous-marins entrent en collision

La nuit du 3 au 4 février 2009, le sous-marin français « Le Triomphant » patrouille dans l’immensité de l’Atlantique au cours d’une mission de routine. L’une de ses fonctions premières étant de détecter les autres sous-marins, il est équipé d’une pléthore de sonars dernier-cri et parcourt ainsi l’océan, bipant dans tous les sens, détectant à fond les ballons, lorsqu’un terrible choc lui occasionne d’importants dégâts qui le forcent à regagner la surface au pas de charge.

Une fois à l’air libre, l’équipage prend conscience qu’un autre bâtiment a émergé non loin : le sous-marin britannique Vanguard, dont la fonction est exactement la même que la leur, également remonté ventre à terre après avoir subi de conséquents dommages. Ainsi les deux bâtiments cabossés se font-ils face, leurs équipages s’échangeant de timides coucous embarrassés en se demandant quelle impossibilité statistique ils venaient de réaliser en se télescopant en plein milieu de l’Atlantique.

Encore des équipages mal formés.

Encore des équipages mal formés.

S’il y a déjà pas mal de conditions à remplir pour que deux objets se percutent en plein océan, le chiffre devient astronomique lorsque vous rajoutez une dimension complète à la surface déjà gigantesque que cela représente. Après, le fait que les appareils aient été spécifiquement équipés pour repérer les submersibles des environs ne fait que rajouter une improbable cerise sur cet invraisemblable gâteau, mais il faut savoir qu’à un ingrédient près, on le dégustait dans le monde entier puisque les deux bâtiments étaient gavés jusqu’à la glotte de têtes nucléaires (seize chacun) (des fois qu’une guerre nécessiterait seize missiles nucléaires). Le choc, survenu à faible allure, ne blessa personne et, surtout, n’endommagea rien qui ne devait surtout pas être endommagé, faute de quoi la facture serait passée de 50 millions d’euros à une planète.

Et yo-ho-ho !

Et yo-ho-ho !

Quant à savoir ce qui s’est passé, et bien on estime que ces engins sont tellement doués pour détecter les sous-marins qu’en appliquant cette même technologie à leurs logiciels de furtivité, ils peuvent passer totalement inaperçus, jusqu’à pouvoir tranquillement s’approcher les uns des autres sans que personne n’en prenne conscience.

Ou alors ce sont juste ces foutus sous-marins britanniques qui circulent à gauche.

Ou alors ce sont juste ces foutus sous-marins britanniques qui circulent à gauche.

Donc bon, on savait déjà que quelques sous-marins nucléaires stratégiquement placés étaient à même de renverser le cours d’une guerre, maintenant on sait qu’ils peuvent tout aussi facilement renverser le cours d’une paix, et que ce n’est qu’une question de temps.

Une agence budgétaire organise un team-building : 800’000 $

Aux États-Unis, La General Services Administration est une agence gouvernementale dont la mission, en gros, consiste à proposer aux citoyens comme à l’État des opportunités d’économies de ressources et d’argent.

Ce qu'ils font très bien.

Ils font ça très bien.

Naturellement, ils appliquent aussi cette philosophie d’optimisation à leur personnel, ce qui se traduit par de bons vieux team buildings. Et comment instaurez-vous une dynamique enthousiaste et proactive dans une équipe spécialisée dans les économies de ressources ? En envoyant trois-cents personnes passer cinq jours à Las Vegas ? Non ? Et pourtant !

En octobre 2010, les huiles de la GSA se réunirent dans le « M Resort Spa Casino », un prestigieux hôtel de Henderson, juste au sud de Las Vegas, pour prendre part à une conférence de cinq jours au cours desquels chacun était invité à partager ses idées pour optimiser le rendement général de l’agence.

Première étape : ne pas venir.

Première étape : ne pas venir.

Et en parlant d’idées, si vous en cherchez une pour dépenser 800 tickets de la façon la moins motivante possible à Las Vegas – un des endroits au monde où il est le plus difficile de dépenser son argent de manière non ludique – eh bien, diantre que le GSA a tout prévu pour vous !

À elle seule, la planification de l’événement coûta plus de 130’000 $, incluant un voyage préalable de cinq responsables pour visiter neuf hôtels, puis un autre voyage préalable, cette fois-ci de quinze personnes, pour revisiter deux des neuf hôtels, ainsi que cinq conférences spéciales tenues hors des locaux du GSA pour discuter de la chose.

Enfin, une fois la conférence entamée, on put complètement se lâcher :

80’000 $ pour les grignotes et les boissons à l’hôtel, incluant des petit-déj’ (vous savez, le truc normalement gratuit) à 44 $ par jour et par personne,

31’000 $ pour une réception annexe (appelée « networking reception », ce qui signifie « réception atrocement coûteuse »),

Encore 30’000 $ pour d’autres dîners et d’autre réceptions,

Un exercice de team building visant à fabriquer des vélos, qui furent ensuite donnés à des enfants (tout en restant par contrat la propriété de l’agence de team building) : 75’000 $,

3’800 $ pour imprimer des t-shirts,

2’800 $ en bouteilles de flotte,

6’300 $ en pièces commémoratives offertes aux participants,

7’000 $ en buffets de sushis,

3’200 $ pour des sessions des participants avec un voyant,

« Je vois un changement proche, incluant une porte, un carton avec des affaires dedans et un nouveau curriculum vitae ! »

« Je vois un changement proche, incluant une porte, un carton avec des affaires dedans et un nouveau curriculum vitae ! »

5’600 $ de sauteries diverses à l’hôtel,

8’000 $ pour des albums de photos souvenirs pour les participants.

Etc.

« Tout le monde a bien reçu son mouton en or ? »

« Tout le monde a bien reçu son mouton en or ? »

Le coût total dépassa les 820’000 dollars, payés par l’honnête contribuable. Il faut savoir que le GSA ne fit appel qu’à des entreprises externes pour la planification de l’événement – quand bien même l’association dispose de son propre service de team building – et qu’au moment d’examiner les offres, il privilégia surtout celles des copains ; pour ne rien arranger, tout ceci se déroula alors que l’administration Obama cherchait à diminuer les dépenses excessives de l’état, après que des abus datant de l’ère Bush aient été révélés au public.

Résultat, quatre têtes volèrent tandis que la Maison Blanche instaura un compliqué et très coûteux système de surveillance des frais administratifs. Comme ça tout le monde gagne.

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commentaires
  1. jarran29 dit :

    Bonjour,

    Désolé de vous l’apprendre, mais votre analyse tout comme le contexte de la collision entre les deux sous-marins est complètement fausse…

    1) les deux SNLE n’étaient pas en patrouille mais en transit, selon une route OTAN, à une profondeur OTAN.
    2) un SNLE, même en transit, ca ne « bippe » pas dans tous les sens. Au contraire, ils n’utilisent jamais le sonar actif, mais toujours le passif : émettre, c’est se faire repérer.
    3) un SNLE moderne est tellement silencieux à faible vitesse qu’il est plus facile de détecter le « trou » dans le bruit ambiant de la mer que de détecter le bruit de son hélice ou de ses pompes.
    4) un SNLE n’a pas pour mission de détecter les autres sous-marins (rôle dévolu aux sous-marins d’attaque).
    5) Il s’agit de 16 missiles M45 armés de 6 têtes nucléaires chacun…
    6) Il n’y avait aucune chance qu’une guerre nucléaire se déclenche sur cet incident. Le choc, quand bien même il aurait mis à feu un missile, a eu lieu sous l’eau : les missiles ne volent pas dans l’eau. Quand ils remontent à la surface, ils le font dans une bulle de gaz calculée pour se déplacer à la même vitesse. De plus, ils auraient fallu que les trappes soient ouvertes, chose quasi-impossible à cause de la pression. Enfin, si le missile avait décollé, il serait parti sans coordonnée…
    7) l’image illustrant le paragraphe est un Barracuda, sous-marin nucléaire d’attaque, dont le premier n’est pas encore en service…

    Je n’ose même pas me penché sur le contenu des autres paragraphes…

    S’il vous plait, attention à ce que vous écrivez. Sourcez, vérifiez, renseignez-vous…

  2. Labo dit :

    Bonjour !
    Alors apparemment, vous êtes en cador en sous-marins (sérieusement : c’est impressionnant !), par contre, vous êtes passé à côté du texte. Rien qu’au ton général de l’article, vous avez bien dû vous douter qu’on ne faisait pas forcément dans la rigueur totale ici, non ?
    Le but de ce blog est de divertir et de me pousser à écrire. J’y relate des anecdotes incongrues, ça peut être n’importe quel sujet ; deux sous-marins se percutent alors qu’ils sont équipés pour que ça n’arrive pas ? C’est un sujet. Vous pensez bien que je ne vais pas me farcir cinquante rapports et articles par rubrique pour être parfaitement au clair. D’une part parce que ça irait à l’encontre du sens de ce blog, d’autre part parce que je n’écrirais plus rien.
    Enfin bref, vous avez bien fait de ne pas vous pencher sur le contenu des autres paragraphes. Ceci dit, vos précisions sur le fonctionnement des sous-marins étaient les bienvenues.

    • jarran29 dit :

      J’entends bien l’argument du divertissement. Et il y a quantité de sujet quant à la faute professionnelle qui se transforme en blague grand public. Mais on n’a pas besoin de forcer le trait ou de réinterpréter. La vérité nue est souvent bien suffisante pour sourire ou rire.

      En restant dans le domaine des sous-marins, on pourrait citer le SNLE américain qui a fait surface sous un cargo chinois. L’histoire officielle ne confirme ou n’infirme pas le fait que ce soit volontaire, mais il y a fort à parier que ce soit pour détourner l’attention de la marine chinoise à la poursuite d’un SNA espion qui s’est fait choppé dans la rade militaire de la RPC.

      Par contre, ce n’est pas pour autant une faute professionnelle. Juste des funs fact, même s’ils peuvent faire rire jaune vu les engins que sont les SNLE.

      Après, ma réaction est peut-être épidermique, mais je ne peux pas m’empêcher de réagir sur les articles qui tapent sur nos navires, surtout que la plupart des critiques sont issues d’une mauvaise connaissance des processus de construction et des doctrines d’emploi. Enoncées par des journalistes à fortes audiences (JT, Radio France, grands quotidiens), c’est repris en coeur par tous, et nous, on grince des dents (et on prend les coups en bonus…).

  3. Labo dit :

    Merci pour vos précisions. C’est moins une question de réinterpréter que de rendre mon billet marrant vous savez, je cherche à tourner mes phrases pour souligner les ironies, simplement.

    Je partage votre lassitude des simplifications à outrance des grands médias ceci dit, mais dites-vous que si c’est moi qui vanne la marine française, ce n’est pas comme quand c’est le JT. Déjà parce que ça n’impacte pas grand monde, ensuite parce que c’est pour ça que des gens viennent sur ce blog.

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