Guide pratique pour (ne pas) engager un assassin

Publié: 14 octobre 2015 dans Sciences sociales

Si vous décidez de faire liquider quelqu’un, je suis à peu près convaincu que ce sera moi vous serez bien emprunté pour trouver un exécutant. Les assassins ne figurent pas dans l’annuaire, c’est comme ça ; très à cheval sur leurs garanties de discrétion, ils tendent à en faire un peu trop, quitte à en prétériter la demande. Et c’est très bien comme ça, parce que regarder comment certains s’y prennent pour en trouver un peut s’avérer assez comique.

Il ne faut pas confondre Facebook et Temple de la Main Noire

Courant 2010, le pimpant Corey Adams, en sortie de boîte de nuit, trouve les mots qu’il faut pour séduire une jeune femme qui s’était évanouie dans sa voiture et, après l’avoir tendrement déshabillée avec tout son amour et un couteau, entreprend un fougueux quoi qu’unilatéral échange d’étreintes en dépit de ses faibles protestations. Aussi, Corey finit-il promptement devant la justice pour être un violeur et, indirectement, un solide salopard.

« Et comment elle m’aurait dit non si elle était inconsciente, monsieur le juge ? »

« Et comment elle m’aurait dit non si elle était inconsciente, monsieur le juge ? »

Et comme il avait également la prétention d’être un insondable puits de sottise, il décida de se faire bruyamment justice et d’impliquer tout Facebook.

Vous connaissez tous un ou deux types qui accumulent les projets irrationnels tout en persistant à nier les difficultés qu’ils y rencontreront ; Corey est de ces gens-là. Dans une impressionnante combinaison de naïveté et d’impulsivité, il publia un statut sur son compte Facebook pour réclamer la tête de sa victime (littéralement) en précisant qu’il paierait 500 dollars celui qui la lui apporterait et que c’était urgent.

J’imagine que vous ne serez pas trop surpris d’apprendre que toute alléchante fut-elle, l’offre se trouva boudée par les professionnels. Par contre, la police, qui tend à froncer les sourcils lorsqu’une personne accusée de viol émet un appel au meurtre à l’encontre de la plaignante, s’intéressa à la question ; déjà jugé pour abus sexuel, Adams vit son dossier s’alourdir considérablement et, si l’on en croit l’absence de contrat d’assassinat émis à l’encontre du juge, retint sa leçon.

Peut-être moins méchante mais largement plus timbrée, Meredith Lowell consacra à la cause animale la sidérale nullité qu’elle est capable d’investir dans un projet de meurtre ; depuis un faux profil Facebook – je ne sais pas s’il faut porter cette précaution à son crédit ou la blâmer pour avoir cru que cela suffirait – la jeune femme de 27 ans chercha à créer une plate-forme d’où elle pourrait lâcher sa colère et ses assassins sur n’importe qui arborant une fourrure.

Ok, pas tout à fait n’importe qui : Meredith souhaitait que la victime soit âgée de douze ans au minimum, parce qu’elle n’est pas une créature sans cœur qui tue les enfants en fourrure, pour peu qu’ils existent.

Le juge aurait fermé les yeux si elle s’en était prise aux parents.

Le juge aurait fermé les yeux si elle s’en était prise aux parents.

Elle désirait aussi que son agonie ne dure pas plus de deux minutes – quand je vous disais qu’elle était gentille – et que la chose se déroulât devant la bibliothèque où elle travaillait, afin qu’elle ait le temps de se rendre sur place et de distribuer des tracts.

Contactée par un agent du FBI qui n’eut pas trop à forcer son talent pour infiltrer son réseau, elle fut arrêtée en un éclair pour la plus stupide sollicitation d’assassinat jamais intentée (affirmation que nous reconsidérerons avant la fin de l’article).

Il ne faut pas envoyer un gringalet

Les époux Susan et Michael Kuhnhausen n’étaient pas l’exemple type du mariage réussi : ils étaient séparés et Michael voulait tuer Susan. Et si le bonhomme n’était pas un mafieux entouré de seconds couteaux, il était ce qui s’en rapproche le plus, à savoir le propriétaire d’un magasin de films porno où travaillait un concierge déjà condamné pour meurtre dans sa jeunesse.

Ce dernier, Edward Dalton (si !) Haffey, accepta de liquider Susan pour 50’000 dollars et élabora un plan soigné. il nota scrupuleusement dans son agenda l’adresse et le numéro de l’alarme de la maison de Susan, ainsi que, tant qu’à faire, le nom et le numéro de téléphone de Michael, au cas où il avait des questions une fois sur place.

« J’ai un blanc : je suis dans le dos de votre ex avec un maillet, mais je ne sais plus ce que je dois faire. »

« J’ai un blanc : je suis dans le dos de votre ex avec un maillet, mais je ne sais plus ce que je dois faire. »

Une fois infiltré et, j’imagine, caché derrière un rideau, Ed attend le retour de Susan, puis, une fois celle-ci chez elle, passe à l’attaque en brandissant un marteau à clou.

Or, il faut savoir que Susan était de ces femmes qui présentait nettement plus de surface à aimer que la plupart de ses congénères ; son agresseur, au contraire, ne répondait pas à tous les critères qu’on attendrait d’un tueur qui a les tripes d’y aller au marteau. Il parvint à frapper Susan une fois à la tête avant de se faire désarmer, empoigner et jeter au sol.

Le combat se poursuivit au tapis, comme au judo. Et toujours comme au judo, il s’acheva par un étranglement. Incapable de prendre le dessus sur son imposante – et absolument héroïque – adversaire, Ed toussa et jappa en vain, agitant ses petites pattes dans le vide, et ne retrouva son souffle que lorsque Susan relâcha un peu son étreinte pour lui proposer de lui appeler une ambulance s’il abandonnait (Susan était infirmière et, de fait, se devait de porter secours à tous ceux qui avaient besoin d’aide, même ceux qu’elle asphyxiait).

Mise à jour de ma liste de femmes-badass légendaires : Ellen Ripley, Sarah Connor et Susan Kuhnhausen.

Mise à jour de ma liste de femmes-badass légendaires : Ellen Ripley, Sarah Connor et Susan Kuhnhausen.

Ed, qui était con, voulut en profiter pour se dégager, merda, et couic. Susan laissa son agresseur sur le carreau et courut chez des voisins, qui appelèrent la police (sans qu’on sache si c’était pour lui porter secours ou pour s’en protéger).

Lorsque les agents arrivèrent, ils se demandèrent un instant comment Ed, qui, soit dit en passant, était très mort, avait pu entrer sans déclencher l’alarme, ensuite de quoi ils trouvèrent son agenda dans sa poche et n’eurent qu’à y coller une étiquette « rapport de police » et le tendre au procureur.

Le résultat d'enquête de la police scientifique conclut que Susan est la réincarnation d’une divinité guerrière Inca oubliée.

Le résultat d’enquête de la police scientifique conclut que Susan est la réincarnation d’une divinité guerrière Inca oubliée.

C’est ainsi que Michael s’offrit dix ans derrière les barreaux, en plus d’une compensation d’un million de dollars qu’il dut verser à sa douce pour tort moral. Et si la malheureuse est devenue l’héroïne de tout son quartier, elle explique tout de même qu’il lui sera impossible d’oublier qu’elle a tué un homme.

Néanmoins, les jours qui suivirent l’agression, les nombreuses personnes qui tentèrent de la joindre en furent pour leurs frais, car elle… suivait une formation médicale. Sur son répondeur, elle avait enregistré le message suivant : « je ne peux pas répondre à tous les messages que j’ai reçu ces derniers jours. Je suis très touchée par tout votre soutien. Je veux que vous sachiez que nos vies sont toutes soumises à des risques d’actes imprévus, mais ceux que vous connaîtrez seront plus probablement des actes d’amour que des actes de violence. »

Alors permettez que je rectifie : d’abord Susan Kuhnhausen, ensuite Ellen Ripley et Sarah Connor.

Il faut que ça en vaille la peine

Le rêve américain nous apprend que quand on veut vraiment quelque chose, on finit invariablement par l’obtenir si l’on y consacre assez de pensées positives, d’enthousiasme et de posters de motivation. Même pas de suspense : c’est comme ça.

Un poster de motivation bien choisi vaut deux pensées positives et trois enthousiasmes.

Un poster de motivation bien choisi vaut deux pensées positives et trois enthousiasmes.

Si la méthode est infaillible, elle n’en est pas moins compliquée à mettre en œuvre et beaucoup se retrouvent marron après avoir fait quelque chose de travers avec leur positivisme et leurs posters ; à ceux-ci, il reste une autre facette de la société américaine : les flingues et la violence.

Jessica Sandy Booth a dix-huit ans, l’ambition de devenir top modèle et un problème pécunier : il lui faut trouver 7’900 dollars pour payer une agence de prospection, parce que tous les crimes aux States ne passent pas nécessairement par des meurtres. Heureusement, Jessica est dernièrement allée chez des gens qu’elle ne connaissait pas et y a vu une impressionnante pile de cocaïne, négligemment posée sur une table.

Apparemment, Jessica avait les fréquentations que l’on attend d’une jeune fille de dix-huit ans.

Apparemment, Jessica avait les fréquentations que l’on attend d’une jeune fille de dix-huit ans.

La demoiselle échafaude alors un plan : investir la baraque, buter tout le monde, faucher la came, la vendre et à elle les pubs Denim et les inaugurations de supermarchés. Autant pour les clichés sexistes de la belle roublarde profitant de la faiblesse des hommes : Jessica Sandy entre en mode Ouragan et déploie la subtilité de l’artillerie prussienne. Un bond de géant en direction de l’égalité des sexes, suivi d’un retentissant fracas. Vous allez voir.

La belle entre en contact avec un tueur (oubliez ce que je viens de dire sur l’égalité des sexes) qu’elle a trouvé je ne sais où et lui fait part de son plan, à savoir tuer quatre adultes plus les éventuels enfants présents sur place s’ils sont en âge de témoigner. Lui veut bien, après tout c’est son boulot, mais il y a un problème : il demande à être payé d’avance.

Trois fois hélas, les tueurs à gage ne fonctionnent pas selon le principe de l'honneur.

Trois fois hélas, les tueurs à gage ne fonctionnent pas selon le principe de l’honneur.

Tous deux finissent par se mettre d’accord : le bonhomme remet une paire de flingues et des munitions à Jessica pour qu’elle fasse le boulot elle-même, ensuite de quoi elle le paie avec l’argent de la coco. C’est totalement comme ça que ça se passe dans le milieu.

Jessica accepte, se rend à la maison en question avec son nouvel ami, s’apprête à passer à l’action et se fait coffrer, parce que le type, évidemment, était de la police. Ses armes étant encore plus défectueuses que son sens moral, la belle n’a d’autre choix que de se rendre.

Quant aux occupants de la maison, ils reçurent bien sûr la visite des agents qui n’avaient pas complètement occulté l’histoire de la cocaïne. Totalement abasourdis, ils invitèrent spontanément les policiers à constater par eux-mêmes qu’ils ne disposaient pas d’une énorme réserve de drogue bêtement plantée au su et vu de tous.

Par contre, ce qu’ils possédaient en quantité, c’était du queso fresco, un fromage blanc mexicain qu’ils employaient régulièrement en cuisine. Il était négligemment posé sur une table, au mépris absolu des risques élevés d’être confondu avec de la drogue par une jolie fille et de valoir à toute la maisonnée de se faire massacrer.

Si elle avait eu un tout petit peu plus d'expérience dans le mannequinat, elle n'aurait jamais pu confondre fromage blanc et cocaïne.

Si elle avait eu un tout petit peu plus d’expérience dans le mannequinat, elle n’aurait jamais confondu fromage blanc et cocaïne.

En passant, la jolie fille en question dispose de quinze ans pour préparer son grand retour sous les projecteurs.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s