Les pires gueules de bois jamais recensées

Publié: 19 novembre 2015 dans Histoire

On a tous, au moins une fois dans sa vie, pris une cuite monumentale et si ce n’est pas votre cas, je vous invite à abandonner toute activité pour aller vous mettre une mine afin que vous sachiez de quoi on parle.

C’est fait ? Bien. Vous aurez remarqué que le pire tend à être le lendemain, comme si la vie voulait absolument maintenir sa règle d’« action – conséquence » même lorsqu’elle n’a pas d’idée. Migraines et nausées vous empêchent de rassembler les souvenirs épars de votre soirée, alors même qu’une sombre et confuse intuition vous incline à suspecter qu’il s’y est déroulé quelque chose de notable.

« Chérie, je ressens comme un picotement dans le dos, tu peux me dire si je refais de l'eczéma ? »

« Chérie, je ressens comme un picotement dans le dos, tu peux me dire si je refais de l’eczéma ? »

Mais rassurez-vous : quoi qu’il vous soit arrivé, il vous reste probablement une énorme marge sur les personnes que nous allons évoquer aujourd’hui, des malheureux qui se sont réveillés avec les petits nains dans des lieux hautement improbables. Notamment…

Dans une morgue

Courant 2013, Marek Michalski, résident de la ville polonaise de Piotrkow, va s’en jeter un ou deux avec des amis et échoue quelques heures plus tard pété comme un coing sur un banc d’un parc public.

« Bourré comme un Polonais » était trop évident.

« Bourré comme un Polonais » était trop évident.

Une fois sur son lit de fortune, Marek ne se contente pas d’un sommeil récupérateur, mais sombre dans un profond coma éthylique. Inquiets, des passants appellent une ambulance dont le personnel ne remarque chez le dormeur ivre mort que le côté mort. Le voilà emballé dans une housse à macchabée et acheminé à la morgue.

Un peu plus tard, donc, le bon Marek se réveille immobilisé dans un grand sac mortuaire et étendu sur une table. Saisi de terreur, incapable de se libérer et, rappelons-le, en pleine gueule de bois, le bonhomme se met à crier, en pure perte, parce que nous sommes dans la vie réelle et que dans la vie réelle, personne ne se rend dans une morgue d’où s’échappent des hurlements.

Notre héros finira par descendre de la table, ce que j’interprète par « tomber lourdement au sol », puis à quitter les lieux, ce que j’interprète par « ramper comme une espèce d’horrible gros ver hilarant ». Il sera secouru peu après.

Quelques temps plus tard, il engageait des poursuites contre le personnel hospitalier en évoquant des cauchemars récurrents où des docteurs l’autopsiaient en dépit de ses protestations. Je ne vois pas pourquoi ça serait pire que de rêver de vers géants rampant hors d’une morgue en hurlant, mais enfin.

À l’étranger

Il y a ces fois où on se prend une telle volée qu’au lendemain, on n’est plus tellement sûr d’où on est allé et de comment on en est ressorti. C’est pourtant typiquement le genre de souvenir qu’on aimerait avoir conservé lorsque l’on reprend nos esprits hors de nos frontières.

Demandez à James O’Kane : au terme des funérailles d’un ami, ce britannique de 22 ans, vivant dans la périphérie de Londres, s’est tant recueilli dans la London Ale qu’il en perdit le souvenir de ce qui s’était passé entre le moment où il se rendait dans un énième pub d’Orpington et celui où on le réveillait en lui disant qu’il était arrivé à Amsterdam.

« Mon dernier souvenir concerne une vague envie de bière hollandaise... »

« Mon dernier souvenir concerne une vague envie de bière hollandaise… »

Vous me direz que quitte à emporter son passeport à des funérailles, autant prendre aussi du dentifrice et des sous-vêtements de rechange, mais le pauvre James n’eut rien de tout cela et se retrouva à arpenter Amsterdam sans un rond ni même une veste assez chaude pour les frimas virils de la Venise du Nord.

Il dut attendre deux jours avant de pouvoir rentrer, au cours desquels sa mère lui réserva une chambre d’hôtel et lui envoya de l’argent. Philosophe – autant qu’on peut l’être un lendemain de cuite à Amsterdam – James profita de ce séjour forcé pour visiter la ville, en dépit du fait qu’il n’avait pas ses lunettes.

« Moi devant le Musée Van Gogh. »

« Moi devant le Musée Van Gogh. »

Bien qu’il dut justifier à son manager toutes ces photos d’Amsterdam publiées sur les réseaux sociaux un jour où il était supposé bosser, James garde un bon souvenir de l’expérience, qui lui vaut après tout une histoire de cuite qu’il pourra raconter toute sa vie.

Sur une île déserte

Lorsque Stephen Coffee, 35 ans, atteignit Drum Island, petit îlot situé non loin des côtes de la Caroline du Sud, il commença par appeler à grands cris pour qu’on lui passe un manteau ou une couverture, parce qu’il était arrivé ici à la nage et qu’on était en pleine nuit de novembre.

« Que quelqu'un me kick hors de ces limbes ! »

« Que quelqu’un me kick hors de ces limbes ! »

Bien sûr, il put se l’arrondir parce que Drum Island est totalement inhabité ; le mal nommé Coffee eut donc toute la fin de la nuit pour méditer sur les raisons qui l’avaient amené en ces lieux déserts, ce qu’il aurait volontiers fait s’il en avait gardé ne serait-ce qu’un mince souvenir. Remarquez, il se rappelait s’être lourdement piqué la ruche la veille au soir, donc cela lui donnait déjà un assez bon indice.

Aussi, notre vigoureux pochard n’eut-il rien d’autre à faire qu’arpenter l’île de long en large en attendant d’être aperçu, le lendemain vers huit heures, par des joggeurs matinaux courant sur le pont enjambant l’île. Il fut secouru peu après par des gardes côtes.

- Votre nom ? - Coffee. - Je comprends. Mais dites-moi déjà votre nom.

– Votre nom ?
– Coffee.
– Je comprends. Mais dites-moi déjà votre nom.

Et ce n’est pas tout ! J’ai bien d’autres histoires du même tonneau à vous raconter, mais vous savez quoi ? Ça sera pour une prochaine fois. Déjà parce que quand je dis « bien d’autres » ça veux dire « trois », et aussi, surtout, parce que je suis absolument à la bourre.

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