Ces absurdes mythes sexuels

Publié: 3 décembre 2015 dans Sciences sociales

Sans vouloir me la raconter, je pense pouvoir affirmer que lorsque l’on parle de sexe, j’en sais beaucoup plus long (plus long… pigé ?) que vous, parce que j’ai vu énormément de reportages sur Internet.

Yeah, instruis-moi baby !

Yeah, instruis-moi baby !

Mais il faut admettre que le sexe est une activité d’une complexité que ne laisserait pas soupçonner le peu de raffinement dont on fait preuve lorsqu’on la pratique ; et on a beau se grimper les uns sur les autres depuis qu’on existe, il n’empêche que la moitié de ce que l’on croit en savoir tend à être erroné, ce à quoi on doit d’increvables mythes.

Désolé, mais le sexe ne fait pas maigrir

On va commencer par une bonne nouvelle : ceux qui entretiennent des relations sexuelles pour perdre du poids peuvent arrêter. Yeah !

« Tu ne trouves pas qu'on vit beaucoup mieux depuis qu’on a abandonné nos résolutions ? »

« Tu ne trouves pas qu’on vit beaucoup mieux depuis qu’on a abandonné nos résolutions ? »

Pour les autres : coup dur. Combien de fois avons-nous entendu ou lu qu’une partie de jambes en l’air serait pour nos calories l’équivalent d’un marathon des sables ?

Et combien sommes-nous à avoir ensuite relayé le chiffre à notre partenaire en ajoutant « mais c’est juste une moyenne hein, nous c’est plus ! *clin d’œil* »

Et combien sommes-nous à avoir ensuite relayé le chiffre à notre partenaire en ajoutant « mais c’est juste une moyenne hein, nous c’est plus ! *clin d’œil* »

Eh ben mes petits lapins je suis navré, mais il vous faut arrêter de hurler à tout bout de champ « je suis Cristiano Ronaldo » ou « je suis Serena Williams » durant vos ébats, parce que la science vous donne tort (sauf si vous êtes personnellement Ronaldo ou Williams bien sûr, mais je pense que ça reste une mauvaise idée de le crier pendant l’acte.)

Et sérieusement : qui y croit ? Je ne dis pas que ça paraît complètement invraisemblable, mais la vie nous apprend continuellement que rien n’est jamais aussi facile. Le sexe remplacerait le sport ? Désolé, mais c’est trop arrangeant pour être vrai.

Une séance de sexe équivaut à deux heures de gym, améliore votre faculté au calcul mental et vous fait avancer la lecture des Misérables de cinquante pages.

Une séance de sexe équivaut à deux heures de gym, améliore votre faculté au calcul mental et vous fait avancer la lecture des Misérables de cinquante pages.

Alors vous saurez que lors d’une petite séance de course à pieds à rythme de papy, vous cramez environ trois fois plus de calories à la minute qu’en faisant la bête à deux dos. Et lors d’une session de course plus intense, vous grimpez à jusqu’à dix fois plus (mais malheureusement, c’est bien là tout ce que vous grimpez). Bon, certes, le jogging est un peu le type d’exercice reconnu pour faire fondre, alors si vous voulez un comparatif moins extrême, sachez qu’une séance de cul équivaut plus ou moins à une session de golf qui durerait deux fois moins longtemps.

« Je suis Tiger Woods divisé par deux ! »

« Je suis Tiger Woods divisé par deux ! »

Les hommes n’y pensent pas toutes les 7 secondes, eh oh

Sérieusement ? Toutes les sept secondes ? Je ne sais pas qui est à l’origine de ce mythe, mais il est probable qu’il tienne son information d’une moyenne calculée lors d’une session de thérapie de groupe pour sex addicts.

Même pendant un rapport on n’y pense pas aussi souvent.

Même pendant un rapport on n’y pense pas aussi souvent.

Qu’est-ce qui devrait se passer dans nos tête, messieurs, pour qu’en l’espace de sept secondes on ait le temps de penser au sexe, puis à autre chose, puis à nouveau au sexe ? Et ce, toute la journée durant ? Comment on ferait pour conduire ? Ou pour bosser ? Ou pour manger ? Combien d’embarrassants lapsus lâcherait-on à chaque conversation ? Comment s’y prendrait-on pour ne pas devenir complètement fou ? On n’est pas si agité, mesdames !

En commençant en haut à gauche : un ange ; un sexe ; un papillon ; un sexe ; un manoir sur deux énormes cornes ; un sexe ; de l'art moderne ; un sexe ; un...

En commençant en haut à gauche : un ange ; un sexe ; un papillon ; un sexe ; un manoir sur deux énormes cornes ; un sexe ; de l’art moderne ; un sexe ; un…

Bon, pour être honnête, on voit carrément un sexe sur la deuxième forme j’ai un peu vérifié sur Internet et n’ai trouvé personne qui semblait vouloir y croire, encore que je n’aie pas checké Doctissimo. Pour ma part, j’ai l’impression que le véritable mythe n’est pas que les hommes penseraient au sexe toutes les sept secondes, mais plutôt que des gens y croiraient.

Mais allez savoir, après tout on entend parfois dire que chaque acte et pensée d’un être humain gravite inconsciemment autour du sexe, donc on peut imaginer que l’idée des sept secondes sort du même tonneau.

But de l’auteur : pécho.

But de l’auteur : pécho.

Les homophobes ne sont pas secrètement des gays refoulés

Ah, si seulement c’était aussi simple, hein ?

Quand on y pense, « homophobie » est un terme bien gentil : une véritable phobie découle d’une réaction irrationnelle – d’ailleurs on dit « souffrir » d’une phobie – mais certainement pas d’un choix ou d’une opinion. À quand remonte la dernière fois qu’un arachnophobe vous a ardemment soutenu que Jésus détestait les araignées ?

« Jésus détestait aussi les devoirs et les choux de Bruxelles. »

« Jésus détestait aussi les devoirs et les choux de Bruxelles. »

Certes, un homophobe et un arachnophobe ont en commun le fait qu’une fois confrontés à l’objet de leur aversion, tous deux deviennent intenables, hystériques et tonitruants, mais un seul vire déjà ainsi à la simple évocation de sa phobie ; du reste, le même cherche systématiquement à justifier sa répulsion, là où l’autre admet de lui-même qu’elle n’a rien de logique.

Et comme on a parfois cette tendance à vouloir voir l’humanité comme une grosse boule d’ironie, certains en sont venus à prétendre que les homophobes étaient en réalité des homosexuels qui s’ignorent. Parce que oui, pourquoi s’emmerder ? Et dès lors, pourquoi s’arrêter aux homophobes ?

Michel détestait les endives jusqu'à ce qu'il prenne conscience qu'il en était une lui-même.

Michel détestait les endives jusqu’à ce qu’il prenne conscience qu’il en était une lui-même.

Gardons-nous néanmoins de jeter le bébé avec l’eau du bain : dans quelques cas, c’est vrai. En 1996, une étude a rassemblé une soixantaines de jeunes pour leur passer des vidéos de sexe, certaines au contenu hétéro et d’autres homo. Précisons que tous les sujets du test étaient des mâles parce que 1) on s’en fout des filles et 2) les femmes s’ouvrent généralement à l’homosexualité durant leurs jeunes années au terme de frivoles batailles de coussins et y sont à ce titre plus tolérantes.

Si si, c'est vrai. Ne brisez pas mes rêves.

Si si, c’est vrai. Ne brisez pas mes rêves.

Donc pendant que le test était en cours (ne réfléchissez pas trop à ce qu’implique cette phrase), les chercheurs mesurèrent, dans tous les sens du terme, le taux d’excitation de ces fougueux étalons de la science. Outre divers regrets sur leurs choix de carrière, ils en retirèrent une curieuse constatation : les homophobes avaient tendance à être plus allumés par le gay-porn que leurs potes homopaphobes, puis à le nier par la suite.

Alors évidemment, on s’est empressé d’en faire une généralité, mais il y a plusieurs choses qui clochent avec cette étude, ainsi que l’affirment ses propres auteurs. Premièrement, les sujets sont tous de jeunes Américains de vingt ans, blancs et étudiants en sciences sociales, qu’on devrait peut-être éviter de considérer comme représentatifs de toute l’humanité. Ensuite, au risque de se répéter, l’homophobie n’est, techniquement, rien du tout, puisque la science ne reconnaît pas vraiment une « phobie des homosexuels ».

Contrairement à Internet.

La science n’a pas Internet.

En l’occurrence, ceux qui participèrent au test furent définis comme homophobes ou non selon le degré d’inconfort qu’ils avouaient en présence d’homosexuels. Mais ils ne représentent qu’une faible frange de ce qu’on définit en tant qu’homophobes ; il y a ceux qui, comme eux, ressentent un malaise, mais aussi ceux qui condamnent au nom de la vertu, des valeurs ou de la religion, ceux qui n’y connaissent rien et qui les rapprochent des clichés fétichistes auxquels certains médias les ramènent, ceux qui ont été élevés par des cloportes, ceux qui détestent par principe ce qui n’est pas comme eux et, bien entendu, ceux qui ont juste besoin de leur petit shoot de haine et qui se cherchent des boucs émissaires.

Alors certes, au sein de tous ces groupes, vous avez une poignée de zigues qui essaient effectivement de combattre une vérité qui les accable. Mais ne soyez pas trop prompts à prendre les homophobes en pitié : dans la plupart des cas, ce sont de vrais hétéros. C’est juste qu’ils sont ploucs.

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