Causes et conséquences

Publié: 17 décembre 2015 dans Histoire

J’ai entré « proverbes erreurs » sur Google Images et la toute première photo du lot était la suivante :

Les succès aussi, remarquez.

Les succès aussi, remarquez.

Cette la citation est l’illustration même de sa propre sagacité : L’auteur a certes échoué à accorder le mot « preuve » au singulier, mais il a indéniablement essayé.

Par contre, ce qu’elle ne dit pas, c’est que les erreurs entraînent presque à tous les coups des conséquences et que, selon le contexte, elles peuvent ne pas avoir le même poids. Couler une bielle ou couler le Titanic peuvent tous deux résulter d’une simple inattention, mais on ne se souviendra pas de vous de la même façon selon celle dont vous êtes à l’origine.

Cette voiture a coulé une bielle car elle circulait trop vite durant une nuit de brouillard et n'avait pas assez de canots de sauvetage.

Cette voiture a coulé une bielle car elle circulait trop vite durant une nuit de brouillard et n’avait pas assez de canots de sauvetage.

Certes, la citation ci-dessus n’aurait pas le même impact si on y lisait « les erreurs sont la preuve(s) que tu essaies, en dépit du fait que si il en résulte le naufrage du Titanic, le fait d’avoir essayé d’éviter l’iceberg ne comptera pas pour grand-chose ». Aussi, il nous appartient de clarifier tout ceci.

L’architecte qui omit le poids du bâtiment dans ses calculs

Les six étages du Lian Yak Building, accueillant un hôtel, un restaurant et une banque, firent partie du paysage de Singapour de 1971 jusqu’au 15 mars 1986 à 11h45. À 11h46, ils ne formaient plus qu’un amas de ruines fumantes. Tout ceci souleva – outre un impénétrable nuage de poussière – une question importante : qu’est-ce qui venait de se passer ?

On commença par privilégier la piste Daniel Craig.

On commença par privilégier la piste Daniel Craig.

On désigna une commission d’enquête pour déterminer les causes du drame et dont les membres, à l’instar d’enfants cherchant des œufs de Pâques, commencèrent par regarder là où il était impossible qu’il n’y ait rien de caché : chez les propriétaires. Sans surprise, ils constatèrent qu’on avait privilégié des matériaux de construction à bon marché et engagé un dessinateur en bâtiment inexpérimenté en lieu et place d’un architecte pour mener le projet à bien.

« Ne faites pas attention si notre nouvel architecte m'appelle « oncle Alfred » par réflexe. »

« Ne faites pas attention si notre chef de projet m’appelle « oncle Alfred » par réflexe. »

Or, il s’avéra que celui-ci avait oublié un détail en établissant les fondations : le poids de l’immeuble.

Trois fois rien.

Trois fois rien.

Il avait pensé aux infrastructures, au mobilier et aux bipèdes qui arpenteraient sa bâtisse, mais les innombrables tonnes d’acier et de béton qui composeraient la structure en elle-même, que pouic. Dès lors, le fait que le Lian Yak Building tint malgré tout debout une quinzaine d’années relève sans doute de l’exploit, mais il y eut cinquante personnes – dont seulement dix-sept qui furent extirpées vivantes – qui purent légitimement se sentir personnellement visées par l’Univers.

Le soldat fumeur et les 60’000 tonnes de munitions

Si je vous demande comment veiller au mieux sur des montagnes de missiles et d’explosifs, ceux d’entre vous qui n’ont pas fait l’armée me répondront « avec rigueur et discipline » tandis que ceux qui l’ont faite diront « en fumant des clopes ».

Illustrant l'importante différence entre la théorie et la pratique.

Illustrant l’importante différence entre la théorie et la pratique.

C’est une loi universelle et, par conséquent, l’Ukraine n’y fait pas exception. Or, ce pays était souvent choisi par l’Union Soviétique pour y stocker les montagnes de munitions qu’elle accumulait pendant la guerre froide, parce qu’en cas de galère, les Ukrainiens n’en étaient plus à ça près.

Signaux de fumées ukrainiens signifiant « encore un jeudi ».

Signaux de fumées ukrainiens signifiant « encore un jeudi ».

Ce qui nous amène au 6 mai 2004, dans un patelin nommé Novobogdanivka, où une base militaire contenant pas moins de 90’000 tonnes de munitions diverses prit spontanément feu après qu’une bidasse ait jeté négligemment un mégot sans trop regarder où il atterrissait, satellisant pas moins des deux tiers du bazar entreposé.

Il en résulta une interminable série d’explosions, une cacophonie de déflagrations assourdissantes, des trillions de balles et d’obus qui partirent dans tous les sens, des débris projetés jusqu’à quarante kilomètres, cinq décès et une petite note de 450 millions de dollars.

Le technicien qui ôta toute notion d’argent à la Banque d’Écosse

Petite anecdote personnelle : récemment, j’ai changé les piles de la télécommande de l’ampli de mon salon. Au terme de la manœuvre, ladite télécommande fonctionnait à nouveau, sauf que quand j’appuyais sur le bouton « on/off » ça ne faisait ni on ni off, mais ça allumait une petite lumière verte sur l’appareil. Ah, et aussi, plus un seul son ne sortait des enceintes. Alors j’ai bidouillé, ensuite de quoi le son n’était pas revenu, mais la petite lumière ne s’allumait plus lorsque j’appuyais – toujours en vain – sur « on/off ».

Heureusement, les autres touches fonctionnaient très bien.

Heureusement, les autres touches fonctionnaient très bien.

En résumé, le simple fait de changer deux pauvres piles à une télécommande me valut de rendre un amplificateur totalement étranger au concept même du son et de faire merder quelque chose d’aussi basique qu’un bouton « marche/arrêt » de non pas une, mais deux façons différentes.

Fort heureusement, la chance a bien voulu que ce degrés de ratage absolu demeure cantonné à une stupide opération de changement de batteries ; j’aurais pu être en train de conduire. Ou de désamorcer une bombe. Ou de décorer le sapin de Noël. Ou de pousser un enfant sur une balançoire. Ou d’aider votre grand-mère à descendre d’un bus. Qui peut dire ce qui serait arrivé ?

J'aurais pu vouloir repeindre mon salon.

J’aurais pu vouloir repeindre mon salon.

Ou alors j’aurais pu être le malheureux technicien qui procéda à la mise à jour d’une importante base de données à la Banque Royale d’Écosse en juin 2012. Le travail qu’il avait à faire était relativement routinier, seulement voilà, tout bon informaticien vous dira qu’installer une mise à jour, c’est un peu comme faire traverser une route à un chiot : ça va très bien se passer, mais si vous en promenez cinq cents, à un moment ou à un autre il va y avoir un drame, c’est inévitable. C’est là qu’arrive le paramètre de la sauvegarde (et que la métaphore canine trouve ses limites) : en cas de pépin, on revient en arrière et le tour est joué. Le tout consiste à ne pas oublier d’appuyer sur « cancel ».

Donc quelques clics, une occasion ratée d’appuyer sur cancel et une sauvegarde plus tard, la RBS avait perdu tous ses fichiers ainsi que la notion même de l’argent ; pendant quatre jours, aucune activité financière ne put être pratiquée par l’établissement, plus de seize millions d’usagers se retrouvèrent privés d’argent de poche et d’innombrables versements ne purent être effectués, engendrant des frais de retard colossaux que la RBS prit entièrement à charge.

À l'image : une des firmes dont émanèrent lesdits frais de retard.

À l’image : une des firmes dont émanèrent lesdits frais de retard.

Et pour finir, pour vous souhaiter un joyeux Noël, une petite devinette facile : comment s’appelait la bourgade ukrainienne nommée plus haut où l’arsenal explosa ? Allons, sans tricher !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s