Affaires classées (par chance)

Publié: 5 octobre 2016 dans Histoire

Il existe des circonstances où, malheureusement, la police se retrouve dans l’impossibilité de résoudre un crime, indépendamment du nombre de témoignages recueillis ou de donuts ingérés. Aucune piste sérieuse, aucun indice tangible, aucune conversation anodine où est mentionné par hasard un fait complètement trivial qui vaut à l’inspecteur de tout comprendre en un instant.

« Attendez une minute... Licorne, cheval blanc. Cheval blanc, Napoléon. Napoléon, Louis. Louis, Louis d'or. Louis d'or, hôtel de la monnaie. Hôtel de la monnaie, hôtel... Hôtel... Bon sang ! C'est le maître d'hôtel qui a fait le coup ! »

« Attendez une minute… Licorne, cheval blanc. Cheval blanc, Napoléon. Napoléon, Louis. Louis, Louis d’or. Louis d’or, hôtel de la monnaie. Hôtel de la monnaie, hôtel… Hôtel… Bon sang ! C’est le maître d’hôtel qui a fait le coup ! »

Ces dossiers sont alors classés sans suite et rangés dans des cartons poussiéreux entreposés dans un sous-sol obscur, où un enquêteur du futur viendra tôt ou tard y chercher des corrélations avec ses propres affaires.

Et d'où il appellera sa femme pour prévenir qu'il rentrera tard et se fera engueuler parce qu'il avait promis à son fils d'être là pour son grand match.

Et d’où il appellera sa femme pour prévenir qu’il rentrera tard et se fera engueuler parce qu’il avait promis à son fils d’être là pour son grand match.

C’est dans ces moments-là que l’on se rappelle des paroles de Tywin Lannister dans Last Action Hero : dans la vraie vie, les méchants peuvent gagner.

Sauf, bien sûr, si Super-Coïncidence s’en mêle.

À la recherche de la grande sœur perdue

En 1997, une résidente du Cap enceinte entre en maternité mais perd son bébé lors d’une fausse couche. Qu’à cela ne tienne, la dame veut un enfant, elle aura son enfant : s’emparant d’une blouse d’infirmière, elle se rend dans la chambre d’une jeune mère groggy récupérant d’une césarienne, prend sa fille de trois jours dans son berceau et rentre à la maison avec, cachant la petite histoire à son mari. Pourquoi insister sur les détails ?

« L'accouchement ? Oh, bof, tu sais, rien de bien significatif autant que je me souvienne... Et toi, ça a été ta journée ? »

« L’accouchement ? Oh, bof, tu sais, rien de bien significatif autant que je me souvienne… Et toi, ça a été ta journée ? »

Les malheureux parents, dont on ne peut qu’imaginer la peine, de la petite Zephany (ce qui veut dire « caché par Dieu ») Nurse (ce qui veut dire « infirmière ») firent l’impossible pour la retrouver, à commencer par maudire l’ironie de la situation, mais en furent pour leurs frais. Ils poursuivirent cahin-caha leur vie de couple, eurent trois autres enfants et gardèrent espoir. Ils firent bien.

Ils firent bien, car contrairement à ce que je dis régulièrement, la vie, parfois, c’est exactement comme la télé. 17 années après la tragédie de la famille Nurse, leur fille Cassidy, 13 ans, se lia d’amitié avec une camarade d’école de quatre ans son aînée qui lui ressemblait bizarrement et parla de sa nouvelle BFF à ses parents.

Pour Borne, le père, il ne fallut pas plus d’indices pour se convaincre que de toutes les filles de dix-sept ans d’Afrique du Sud qui ressemblaient à Cassidy, celle que cette dernière venait de rencontrer par hasard dans son école ne pouvait qu’être son enfant enlevée. Il contacta la police, demanda un test ADN, et bingo !

« Vous pouvez relâcher la cigogne et lui présenter nos excuses. »

« Vous pouvez relâcher la cigogne et lui présenter nos excuses. »

C’est ainsi que la famille Nurse fut enfin réunie après presque deux décennies de séparation. Happy end ? Allons, faut-il vous rappeler que la vie n’est pas comme la télé ?

La vie n'a qu'une seule « end » et elle n'est jamais « happy ».

La vie n’a qu’une seule « end » et elle n’est jamais « happy ».

Imaginez un instant que vous êtes une jeune fille de dix-sept ans (moi je fais ça tout le temps), comment réagissez-vous en apprenant que votre mère vous a enlevé à la naissance, vous a menti ainsi qu’à votre père et que vos véritables parents se trouvent être ceux de votre nouvelle copine, lesquels vivent à moins de deux bornes de chez vous ? Exactement : en virant le scénariste.

Remarquez, dix-sept ans est peut-être un bon âge pour réaliser que, comme vous l'aviez toujours suspecté, vos parents ne sont largement pas assez cool pour être vos vrais parents.

Remarquez, dix-sept ans est peut-être un bon âge pour réaliser que, comme vous l’aviez toujours suspecté, vos parents ne sont largement pas assez cool pour être vos vrais parents.

Après quelques mois de bonheur incrédule, pas mal de monde finit par craquer sous l’effet de cette tempête émotionnelle. À l’heure actuelle, Zephany est retournée chez sa famille « d’adoption » et ne parle plus à ses parents biologiques, lesquels sont en instance de divorce. Et bien entendu, la kidnappeuse est actuellement jugée pour enlèvement. Ces dernières nouvelles sont récentes, elles datent de mars 2016, et j’imagine qu’il va falloir pas mal d’années avant qu’une histoire pareille ne commence à sa tasser.

Le tueur en série et le code de la route

On dit toujours que pour résoudre un meurtre, il faut d’abord chercher à qui profite le crime, mais dès lors, ça devient tout de suite plus compliqué lorsqu’un assassinat est commandité par un labrador noir possédé par Satan.

« Redrum ! »

« Redrum ! »

Ce qui nous amène à New York dans les années 70, lorsqu’un tueur en série surnommé « the Son of Sam » se faisait sa petite réputation en ouvrant le feu au hasard sur des couples qui bécotaient dans la rue en pleine nuit.

« Tu sais que ça te va bien le gilet pare-balles ? »

« Tu sais que ça te va bien le gilet pare-balles ? »

Le bonhomme tua six personnes et en blessa à peu près autant d’autres entre 1976 et 1977. Le reste du temps, il menait une existence tranquille en bossant à la poste et en envoyant des lettres cryptiques à la police, laquelle, naturellement, les étudiait sous toutes les coutures.

« Je te tiens, Tea Party ! »

« Je te tiens, Tea Party ! »

Malgré tout, ils séchèrent devant l’absence de schéma cohérent du Fils de Sam et l’enquête piétina. La nuit du 30 juillet 1977 toutefois, le tueur se retrouva face à plus fort que lui : la police de la route. Car pendant qu’il faisait ses deux dernières victimes, un agent verbalisait sa voiture qu’il avait garée n’importe comment ; à son retour, le Flis de Sam retira la prune de son pare-brise et réintégra son véhicule, sous les yeux d’un habitant du quartier qui promenait son chien au même moment. Le lendemain, le bonhomme entendit parler des meurtres et contacta la police.

Les chiens sont à l'origine de la naissance et de la chute du Fils de Sam. Ils assument nettement mieux leurs responsabilités que nous.

Les chiens sont à l’origine de la naissance et de la chute du Fils de Sam. Ils assument nettement mieux leurs responsabilités que nous.

Les agents remontèrent la piste et obtinrent le nom d’un certain David Berkowitz, à qui ils rendirent une petite visite sans forcément trop y croire. Arrivés chez lui, ils trouvèrent dans sa voiture son flingue ainsi qu’une lettre manuscrite relatant ses projets de meurtres futurs, ce qui allait passablement faciliter la suite de l’investigation. Arrêté le même jour, Berkowitz se mit directement à table, dénonçant dans la foulée le labrador de son voisin. Ce dernier point ne l’empêcha pas d’être reconnu sain d’esprit par la cour, parce qu’aux USA, si vous internez les gens rendus fous à lier par la religion, vous déclenchez un énorme vacuum politique. À l’heure actuelle, il purge la première de ses six peines de prison à vie.

La flemme, l’interview et l’impossible coïncidence

Bon, résumé rapide parce que c’est glauque : juin 2011, un étudiant en droit de Macon, dans l’état de Géorgie, s’infiltre dans la chambre d’une camarade de classe, la tue, la découpe en morceaux, répartit les sacs dans divers containers et estime avoir accompli sa journée.

Lorsque sa disparition de la jeune femme est signalée à la police, deux agents se rendent en son domicile, d’où ils repartent bredouilles.

« Ils avaient raison : elle n'est pas chez elle. »

« Ils avaient raison : elle n’est pas chez elle. »

Dans le même temps, un camion-benne fait le tour du quartier et, sans le savoir (parce que c’est un camion-benne), emporte avec lui les restes de la malheureuse, ainsi que les chances pour la police d’élucider l’affaire rapidement.

Toutefois, il se trouva un container qui ne put être chargé : celui devant lequel les agents, qui étaient des gros flemmards, avaient garé leur voiture en allant investiguer chez la disparue. Il fut donc laissé tel quel pour une prochaine tournée, qui n’eut pas le temps d’être opérée avant qu’une odeur suspecte n’attire l’attention des résidents.

C’est ainsi que la fainéantise de deux policiers mena directement à une découverte essentielle à la résolution d’un meurtre, bitch-slapant dans la foulée tous les inspecteurs au monde dont le zèle consacré à leurs carrières avait mené au divorce. Mais c’est seulement ensuite que survint la deuxième énorme coïncidence de cette investigation : lorsque le tueur, interviewé en tant que résident du coin au sujet de la disparition, apprit alors qu’il était filmé que la police avait découvert « quelque chose » dans un container non loin.

Je ne vous mets pas la vidéo parce que je ne veux pas de ça sur mon blog, mais vous la trouverez en lien dans l’en-tête de la rubrique. Quoi qu’il en soit, on y voit un type louche parler de la disparue en termes aimables (parce que croyez-le ou non, ils étaient amis), avant d’encaisser de plein fouet un tiger-uppercut métaphorique lorsque la journaliste évoque la rumeur d’une récente découverte dans les parages. Vous pouvez littéralement voir sa vie défiler au ralenti devant ses yeux effarés, et entendre résonner dans son crâne les trompettes de l’apocalypse.

Et c’est après avoir vu cette vidéo que la police se décida à faire un coucou au type en question, qui passa promptement aux aveux.

La mystérieuse affaire du meurtre sablonneux

Si vous cliquez sur le lien ci-dessus, vous arriverez sur une émission relatant la résolution de meurtres sordides, que vous êtes invités à regarder en pantoufles depuis chez vous avec un paquet de tortilla chips et du guacamole.

C’est donc ce que j’ai fait, sauf qu’au lieu de tortilla chips et de guacamole j’ai mangé du houmous, par contre j’avais utilisé des pois chiches secs que j’avais préalablement faits tremper une nuit au lieu de prendre une boîte comme je fais habituellement, et dès lors les proportions ne sont plus du tout les mêmes, donc je me suis retrouvé avec une énorme quantité de pois chiches et il ne me restait pas assez de pâte de sésame, ce qui fait que j’ai dû congeler la moitié de ma purée de pois chiches en vue d’un houmous du futur et j’ai mélangé le reste à mon tahini, à quoi j’ai rajouté de l’huile de sésame, du cumin, du sel, de l’huile d’olive et du jus de citron, et c’était pas mal, sauf que le dosage était quand même perfectible et que de toute façon j’ai mangé ça plus tard, parce que qui dîne devant une affaire de meurtre ?

Tout ça pour vous dire que je n'avais vraiment aucune raison de vous parler de mon houmous.

Tout ça pour vous dire que je n’avais vraiment aucune raison de vous parler de mon houmous.

Pour en venir à notre affaire, un corps de femme fut découvert dans un désert du Nouveau Mexique dans le courant de l’an 2000. La malheureuse se nommait Betty Lee, était infirmière et avait été tuée à coups de couteau et de masse, armes que l’on retrouva non loin des lieux du crime.

Je vous l'accorde, c'est plus sympa quand on parle de houmous.

Je vous l’accorde, c’est plus sympa quand on parle de houmous.

On trouva également des traces de pneus, que la police remonta jusqu’à déboucher sur une étonnante scène indiquant l’implication de quatre véhicules. Ils dénichèrent également un téléphone portable en bon état, qui avait apparemment été négligemment jeté dans les fourrés.

Évidemment, pour la police, trouver un téléphone portable sur une scène de crime revient plus ou moins à trouver le meurtrier, avec en prime une grosse centaine de photos de ses derniers repas.

Quoi que les téléphones de l'époque ne pouvaient pas prendre de photos. Par contre, ils tenaient le coup quand vous les jetiez dans un buisson.

Quoi que les téléphones de l’époque ne pouvaient pas prendre de photos. Par contre, ils tenaient le coup quand vous les jetiez dans un buisson.

Toutefois, le propriétaire du téléphone, un dénommé Charley Bergin, était innocent comme l’agneau. Dans les faits, après avoir tué leur victime, l’assassin et son complice partirent rouler au bol dans le désert pour se détendre (vous connaissez tous cette tendance irrépressible qu’on a à vouloir aller tailler de la piste après avoir refroidi quelqu’un à coups de masse). Toutefois, ces cons-là s’arrangèrent pour finir ensablés et n’eurent pas d’autre choix que d’appeler au secours.

Le meurtrier, Robert Fry, contacta alors son père, préférant sans doute éviter le risque d’attirer l’attention d’un inconnu sur sa présence dans ce désert en pleine nuit de meurtre. Papa se pointa donc au volant de son truck et entreprit de dégager fiston, mais merda si totalement qu’il finit également coincé. N’ayant pas de raison de suspecter quoi que ce soit, le bonhomme appela une dépanneuse.

Bien des années plus tard...

Bien des années plus tard…

Lorsque cette dernière se retrouva ensablée à son tour parce que le Destin était d’humeur guillerette ce jour-là, le dépanneur contacta un collègue, qui s’avéra être, finalement, Charley Bergin. Or, le vieux Charley apprécia moyennement d’être tiré du lit pour aller se perdre (et probablement s’ensabler) en plein désert et s’y rendit bien remonté. Arrivé sur place, le vaillant professionnel entreprit de dégager la cohorte de véhicules mais, au milieu de ses manœuvres, il reçut un appel de sa femme qui venait de se rappeler qu’elle devait l’engueuler. Déjà sur les nerfs, Bergin ne comprit rien à ce qu’elle lui disait à cause de la mauvaise réception et, sous l’effet de la colère, finit par jeter son appareil dans le décor.

La police peina à croire à une histoire aussi invraisemblable, avant de réaliser qu’il paraissait encore plus improbable que le vieux Bergin l’ait inventée. De toute façon, il possédait ce que les enquêteurs recherchaient : Fry l’avait payé par chèque. Les agents remontèrent la piste, passèrent faire un coucou à l’intéressé, repartirent de chez lui avec des montagnes de preuves ainsi le nom de son complice, lequel témoigna contre Fry afin d’échapper à la corde. Ce dernier fut reconnu coupable de ce meurtre, ainsi que de trois autres homicides non élucidés, et fut condamné à mort.

Ainsi fut arrêté un tueur brutal et imprévisible, grâce à un coup de fil hargneux d’une épouse fâchée, ainsi qu’à une réaction furieuse et inconsidérée du mari. Rétrospectivement, Bergin considère cet appel comme étant le plus merveilleux qu’il ait jamais reçu. On espère que leur couple va mieux.

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