Archives de la catégorie ‘Revue de presse’

Si l’on opère un rapide tour de l’actualité, on constate qu’on parle d’usage de gaz sarin dans une guerre meurtrière semblant ne jamais finir, de violences exercées par l’Espagne envers une région exprimant des velléités séparatistes ou encore d’une crise concernant des missiles nucléaires pouvant atteindre les USA. Finalement, peut-être que Nietzsche avait raison en parlant d’éternel Retour.

International

Maintenant que Donald Trump a traité de fils de putes les joueurs de la NFL s’agenouillant pendant l’hymne national pour protester contre les violences policières envers les Noirs, il faut que quelqu’un lui raconte l’histoire de l’Amérique.

Et nous attribuerons le prix de la mère la plus badass à celle qui a déclaré que le comportement de son fils faisait d’elle une pute fière.

Le bonhomme n’a pas mâché ses mots, appelant les propriétaires des clubs à les virer, prétendant que ce geste ferait d’eux les personnes les plus populaires du pays pendant une semaine, recommandant aux spectateurs de quitter le stade et clamant que le comportement de ces joueurs était une insulte envers le passé des USA et les valeurs de la nation, autant de réflexions qui soulèvent une question perturbante : si un jour il souffre d’une attaque d’apoplexie en plein discours et qu’il se met à délirer, comment est-ce qu’on le saura ?

National

La Suisse a connu un événement émouvant avec l’élection d’un nouveau conseiller fédéral, le libéral-radical Ignazio Cassis, issu d’un ticket composé de trois PLR : la Femme, le Jeune et le Tessinois. Le choix se porta donc sur ce dernier, éminent membre du lobby de la santé, trop peu représenté dans la politique suisse.

Tout à sa joie, Ignazio Cassis déclara avoir vu « toutes les couleurs de la planète » en entendant son nom. On espère qu’il nous expliquera un jour ce que ça voulait dire, même si on sait déjà qu’il ne faisait en tous cas pas référence aux membres de son parti.

À l’image : toute la couleur de la planète.

Du côté des déçus, si on opère une synthèse rapide des réactions des politiques, les femmes déplorent qu’on n’ait pas élu une femme, les Vaudois auraient préféré qu’on choisisse plutôt un Vaudois et les Genevois regrettent que l’élu ne soit pas genevois. Mais les Tessinois sont contents.

Après, peut-être que certains parlementaires ont voté selon l’expérience, les idées, les valeurs ou les projets des candidats, mais ils auront probablement gardé pour eux ces considérations de seconde zone plutôt que déranger ceux qui s’intéressent aux vrais enjeux de la politique.

D’ailleurs, en parlant de vrais enjeux, un petit mot pour Isabelle Moret, qui nous déclare que grâce à sa candidature, la question des femmes va à nouveau se poser : non.

Si ? Bon, si vous voulez. Mais personnellement, je pense que sa candidature n’aura aucune incidence sur le sujet. Et honnêtement, ça n’est pas l’important : la cause féminine en Suisse est sur des bons rails, mais nous sommes en 2017, il est invraisemblable qu’elle ne soit toujours pas arrivée à quai. En moyenne, l’écart salarial entre les sexes est de 17% dans le pays, c’est une honte. Tout simplement.

Il faut arrêter avec cette rhétorique de la « question des femmes », il n’y a pas de question, il y a juste une réponse et elle est grosse comme Jupiter. Si vous considérez qu’il faut des femmes pour l’appliquer, dites-moi quelle estime vous avez des hommes !

À l’image : quelqu’un capable d’appréhender les nuances invisibles et mystérieuses qui séparent 100 de 83.

Autre chose : alors que Klaus Schwab, fondateur du WEF de Davos, a déclaré que les membres du forum se plaignent des prix trop élevés pratiqués dans la station durant l’événement, je ne sais pas ce qui est préférable : lui faire remarquer qu’ils ne sont pas très bien placés pour se plaindre des lois du marché, ou m’inquiéter du fait que les commerçants de Davos optent pour des prix tellement exorbitants que même le World Economic Forum est scandalisé.

L’exemple avancé est celui du hamburger, qui coûte quatre fois plus cher à Davos qu’à Zurich, où il n’est déjà probablement pas donné. Et en effet, c’est atterrant. Mais, leaders économiques du monde, puisque vous nous faites l’honneur de venir dans nos contrées, puis-je me permettre une suggestion ? Goûtez autre chose que le burger.

Mais faites attention à votre foie, quand même.

Sinon, maintenant que le comité d’Egerkingen a remis son initiative fédérale visant à interdire tout vêtement dissimulant le visage, tout ce qu’il reste à faire à ses membres pour remporter leur combat, c’est sortir de chez eux et constater que ledit combat n’a jamais existé.

Leur initiative impactera plus de tueurs-à-la-hache que quoi que ce soit d’autre.

Nous sommes en Suisse, les seules fois que j’ai vu des femmes en burqas, elles étaient toute une clique et accompagnaient je ne sais quel roi du pétrole en visite. Aussi, c’est gentil de dire que l’initiative ne constitue pas une discrimination, mais il faut développer. Un peu comme ils font quelques lignes plus bas à propos des casseurs à visages couverts, en évoquant les débordements des, je cite, « promenades du soir antifascistes et autres déferlements de hordes de voyous ».

Après, j’admets qu’on puisse s’inquiéter de la question et ceux qui la posent, même en cherchant à rester dans la nuance, se font généralement sèchement recevoir. Et c’est un problème. Mais légiférer sur ça ? Ça serait comme passer une loi interdisant d’entrer dans les agences de la CSS avec une tronçonneuse : il existe bien un précédent allant dans ce sens, mais ça resterait déraisonnable.

Arts & essais

Andrés Muschietti, c’est gentil de nous proposer une nouvelle version de « Ça » de Stephen King, mais le timing est maladroit. Des histoires de clowns maléfiques terrorisant les plus faibles, on voit ça chaque jour au téléjournal. Et le fait qu’on ne sache pas à quel politicien je fais référence parce que la description est trop vague ne fait qu’ajouter du poids à mon argument.

Thème de la prochaine assemblée internationale : « They float ».

À l’attention des Neuchâtelois révoltés par la présence d’une sculpture sur un rond-point représentant un clitoris, demandant tout paniqués ce qu’il devront répondre à leurs enfants les interrogeant sur ce que l’objet représente, je suggère la réponse honnête : vous ne savez pas. Sinon, ça ne vous embarrasserait pas comme ça.

À quand remonte la dernière fois que vous avez entendu un enfant s’intéresser à une sculpture ?

Et attention hein, je ne dis pas ça pour faire mon plouc alpha, poussant du coude ses potes en lâchant la première blague beauf lui venant à l’esprit : ce truc-là représente un clitoris, et aucun homme, enfant ou adulte, ne sait à quoi ça ressemble : on s’en fout, point. Pourquoi vous croyez qu’on a notre orgasme avant les femmes ?

Sports

Je sais que je prends un gros risque en disant ça, mais Christian Constantin, président du FC Sion, doit réaliser qu’après avoir giflé et botté le cul d’un journaliste, il ne peut pas dire qu’il n’y avait aucune violence dans son geste. Surtout qu’il avait poursuivi même lorsque le bonhomme était au sol.

« Il n’y avait pas de violence dans mes propos lorsque je disais « écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes ». Mes mots ont été sortis de leur contexte. »

Alors certes, il n’y est pas allé en mode « Mohamed Ali » et sa victime n’aura pas besoin de béquilles, mais elle s’est quand même faite rosser devant tout un stade. De son propre aveu, Constantin disait vouloir régler la question des propos du journaliste, lequel l’accusait, en gros, d’être une brute narcissique. Et quels que soient les antécédents de l’affaire, je crains pour CC qu’aux yeux de tous ceux qui l’ont prise au vol, la question ne se pose effectivement plus.

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Au vu de l’actualité récente, quand quelqu’un nous dit qu’une tempête se lève, on ne sait plus s’il faut prendre ça au propre ou au figuré. Malgré le consensus scientifique, nombreux sont ceux qui doutent encore de l’impact de notre espèce sur les dérèglements climatiques et le fait que notre société traverse une sorte de phase de déni des faits n’a rien de prometteur. Reste à savoir si Trump niera l’existence de ces tempêtes de la même manière qu’il a nié la pluie le jour de son investiture. Tout est possible.

International

Si Emmanuel Macron, président à seulement 39 ans, veut éviter de se coller une étiquette de gamin, il faut que sa maman lui dise que ce n’est pas en faisant la gueule parce qu’on veut le prendre en photo qu’il va arranger quoi que ce soit.

Allez Manu, le paparazzi, il faisait son boulot ! C’est pas si souvent, en France, à ce qu’on dit (en Suisse). Et puis on ne peut pas vouloir réformer le code du travail et punir les dernières personnes qui montrent encore du zèle au boulot !

Sans compter qu’un paparazzi, c’est juste un type qui enfreint certaines règles pour maximiser les rentrées, ça devrait lui parler.

Aux États-Unis, maintenant qu’on sait qu’il a fallu insister pour que Donald Trump porte ses lunettes de protection pour regarder l’éclipse, la Maison Blanche doit revoir ses priorités en matière de sécurité. Certes, éviter micros et bombes reste important, mais pas plus que cacher les allumettes et tourner les casseroles de manière à ce que leurs poignées ne dépassent pas du rebord de la cuisinière.

« Lots of pussies to grab in kitchens, folks. »

Et puisque de plus en plus de maisons américaines sont ornées de croix gammées, l’Allemagne doit réaliser qu’il y aura un coup à jouer pour prendre une revanche que personne n’aura vue venir, en portant secours au Mexique lorsque les USA passeront à l’attaque pour se ménager un corridor sur le Golfe de Tehuantepec.

Ça sera une bonne façon de boucler la boucle, et de rendre justice aux soldats américains d’antan, qui ne sont pas venus mourir en Europe pour voir la croix gammée flotter outre Atlantique 70 ans plus tard.

Signalons aussi que la tempête Harvey ravageant le Texas à l’heure où j’écris ces lignes offre un nouveau défi au président américain, en lui proposant son premier désastre qu’il n’a pas causé lui-même. Nul doute que le leader saura réagir, en commençant par dénoncer les violences exercées dans les deux camps.

De son côté, la Corée du Nord a beau être devenue une puissance nucléaire, Kim Jong Un doit accepter que pour être vraiment pris au sérieux, il lui faut encore faire quelque chose à propos de ses cheveux.

Et arrêter de s’épiler les sourcils.

On peut comprendre que la plus haute autorité d’un régime totalitaire doive s’assurer d’être entouré d’hommes fiables et qu’à ce titre, les mettre au défi de garder leur sérieux devant ses provocations capillaires est un bon moyen de les tester. Mais à l’international, ça ne marche pas comme ça. Le peuple qu’il cherche à impressionner est conditionné par des décennies de culture populaire à voir en une tête comme la sienne le potentiel comique de Laurel et Hardy, il est dans une impasse.

National

Le remplacement récent de l’huile de palme dans le fourrage pour vaches par de l’huile de colza aura permis de soulever une question intéressante : ah bon, il y a de l’huile de palme dans le fourrage ?

On sait que l’usage excessif d’huile de palme cause de sérieux problèmes écologiques, mais évidemment, si on en met jusque dans le fourrage, on peut commencer à se demander si c’est pas fait exprès ; du reste, l’article signale que le surcoût est assumé par les fabricants. De quoi nous rassurer sur le fait que cette décision écologique favorisant la production nationale ne va pas impacter le prix du lait. Parce qu’on veut bien faire des efforts, mais il ne faut pas exagérer, quand même.

Spiritualité

Après que la chute d’un arbre ait provoqué la mort de douze personnes durant une fête religieuse au Portugal, il faut demander leur avis aux fondamentalistes qui pensent que rien n’arrive par hasard ; parce que s’ils nous disent que Dieu a été impitoyable en Égypte, redoutable à Sodome, féroce à Babylone et terrible durant le Déluge, ils doivent admettre qu’à Madère, il a surtout été un peu salaud.

Remarquez, ils nous répondront probablement que ça n’a pas d’importance, parce que le monde touche à sa fin. Car être religieux ouvre à l’humilité, et rien ne vous rendra plus humble que la certitude que la Création n’aura plus de raison d’être après votre passage sur Terre.

« Vous trouvez que la vie éternelle c’est long ? Attendez qu’on soit entouré de fondamentalistes ! »

Communication

Les étonnamment nombreux amoureux de l’accent circonflexe peuvent se rassurer : le petit chapeau préféré de la langue française n’est pas menacé d’extinction. Certes, une réforme de l’orthographe envisage d’assouplir un peu son usage, mais il n’a jamais été question de le bannir comme un malpropre.

Allez, je pense que s’il est décidé de le virer de « fenêtre », par exemple, on devrait pouvoir l’accepter. Il a admirablement rempli son rôle, nous a permis de tourner la page « fenestre » sans trop de chagrin, maintenant, s’il doit poursuivre son voyage ailleurs, il est de notre devoir de le laisser continuer sa route.

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut arrêter de partager la blague « ça sert à rien – t’es sur ? – Ben une chaise, pourquoi ? » sur les réseaux sociaux, dialogue tellement improbable qu’il devient presque un argument en faveur du bannissement total de l’accent.

Société

Dentistes, il faut arrêter de nous poser des questions pendant que vous travaillez. Ce n’est pas qu’on ne veut pas répondre, c’est juste qu’on ne peut pas : on a la moitié de vos outils de travail dans la bouche.

On pensait que vous l’auriez remarqué.

Après, je ne doute pas que certaines questions soient importantes – notamment la fois où l’un d’entre vous m’a demandé si je suivais la coupe du monde – mais dans tous les cas, la seule réponse que vous obtiendrez de moi sera un enchaînement incohérent de voyelles ponctué du cliquetis de mes dents sur votre montre.

Sinon, une question pour les amateurs de « crime et châtiment » : lorsqu’un type, travaillant dans le pétrole et chassant des éléphants durant ses loisirs, se fait connement écraser par le pachyderme qu’il traquait au cours d’une excursion en Namibie, on a le droit d’en rire ou pas ?

C’est le triste sort d’un Argentin de 46 ans. Alors qu’il pistait sa proie avec un groupe de chasseurs, la bête a soudainement sonné la charge et s’est ruée sur le malheureux, le piétinant à mort en dépit de son permis de chasse pourtant en règle. L’article stipule que ses comparses n’ont pas eu le temps de réagir, et j’ai beau imaginer que ce n’est pas lorsqu’un éléphant nous arrive dessus en trombe qu’on est le plus lucide, j’aimerais quand même qu’ils expliquent comment une bête de cette taille s’y est prise pour les surprendre alors qu’ils la traquaient.

Nature

Vite fait, un petit message aux amis de la nature : lorsque vous vous déshabillez pour nous sensibiliser au sort des tigres, ce n’est pas aux tigres que je pense en voyant les photos. Cela n’en reste pas moins une charmante initiative prise par le personnel du zoo de Londres, qui vous propose chaque année de joindre la course pour les tigres, durant laquelle vous courez dévêtus pour lever des fonds en faveur de ces aimables félins.

Bon, il y en a clairement un qui triche.

Un geste symbolique fort qui nous renvoie directement à nos lointains ancêtres, dont les courses profitaient également aux tigres, en ce qu’ils couraient pour leur échapper et qu’un tigre va plus vite qu’un homme.

Dites, ça a été pas trop mal reçu mon petit contour, là. Donc on continue, si l’inspiration suit, les revues s’enchaîneront, une dynamique nouvelle surgira et le monde entrera dans une nouvelle ère !

International

Il est important que le président chinois Xi Jinping soit conscient du fait que maintenant qu’il a fait censurer l’image de Winnie l’ourson, qu’il accuse de le caricaturer, toute la partie rationnelle de la race humaine, qui était à des parsecs de tracer un parallèle aussi invraisemblable, va réagir en disant « tiens, mais c’est vrai ça ! On dirait Winnie l’ourson ! »

Saurez-vous faire la différence ?

Tout de même, M. Xi, quelle belle occasion gâchée ! À une heure où un politicien ne peut plus aligner trois mots sans qu’on le compare à Hitler, le président chinois botte en touche une occasion en or de se faire appeler Winnie, chose qui l’aurait renvoyé à l’un des êtres les plus fondamentalement gentils de la culture occidentale. Il fallait saisir la balle au bond !

Tel le saumon !

C’est d’autant plus dommage que la Chine bénéficie de cette sorte de popularité nouvelle dans nos médias, due notamment à ses progrès en matière d’écologie, alors même que ledit progrès a dernièrement perdu un continent entier ; avec ce sentiment d’urgence sur la question climatique, tout le monde est soulagé de voir un leader d’un pays fort se dresser de tout son haut, tel l’ours puissant, pour se faire le porte-parole de la planète.

En plus, les Chinois sont bien placés pour faire savoir aux USA qu’un mur, tout gigantesque soit-il, n’empêche pas d’être envahi.

Mais quand même, qu’est-ce qui se passe avec les leaders, ces temps ? Entre celui qui n’aime pas son surnom, celui qui n’a pas besoin d’un surnom parce qu’il s’appelle déjà Donald mais qui ne peut pas s’empêcher de répondre à chaque provocation, ou encore celui qui exigera mon extradition pour être jugé à Ankara pour peu que cet article lui parvienne, on peut craindre qu’il devienne bientôt impossible de ratifier le moindre accord international, faute de dirigeants capables de tenir toute une conférence sans quitter la salle en larmes.

Autre sujet : maintenant que le Sénat américain a fait passer de justesse une motion visant à ouvrir le débat sur l’abrogation d’Obamacare, il faut que Donald Trump m’explique une chose : tous ces derniers mois, lorsque les sénateurs débattaient à bâtons rompus de l’abrogation d’Obamacare, ils appelaient ça comment ?

National

Mes concitoyens vivant dans le canton de Schaffhouse peuvent se rassurer : le fou furieux qui a blessé 2 personnes à la tronçonneuse n’a pas agi dans un but terroriste. C’est juste un désaxé ultra-violent et imprévisible muni d’une tronçonneuse, ouf !

C’est d’autant plus rassurant qu’on ne l’a toujours pas retrouvé à l’heure où j’écris ces lignes. Il n’empêche que cet incident donne une bonne idée du cauchemar des Américains, démontrant ce qui arrivera lorsque les terroristes islamiques auront fusionné avec les sans-papiers mexicains et que ces derniers passeront à l’attaque avec leurs outils pour tailler les haies.

Toujours au national, et ce quelques jours après les paragraphes ci-dessus : maintenant que le type à la tronçonneuse a été arrêté, et qu’on a appris qu’il s’agissait d’un citoyen suisse bizarre mais sans passé criminel qui avait pété les plombs contre son assurance maladie, les lobbyistes de la santé doivent reconnaître qu’à tout prendre, ils auraient préféré que l’agresseur soit bel et bien terroriste.

Parce qu’un fou furieux que tout le monde blâme, c’est préférable à un fou furieux que tout le monde blâme tout en se demandant « mais au fait, ils lui ont fait quoi ? »

Parlons maintenant larmes et conflits : Ada Marra, la socialiste qui a déclenché un tollé en évoquant un tabou (la Suisse) le jour de la fête nationale, doit nous promettre que la prochaine fois qu’elle célébrera un premier août en s’offrant une Fatwa, ça sera via un texte un peu moins étouffant (et je m’y connais en textes étouffants).

Parce qu’elle a beau dénoncer des réactions sexistes et racistes, chose probablement vraie parce que Internet, elle n’en demeure pas moins la seule à blâmer si tous ces sexistes et ces racistes se sont ennuyés pendant la lecture.

Et tant qu’à faire, elle nous précisera aussi si elle n’avait vraiment pas anticipé une telle réaction à un texte commençant par « LA Suisse n’existe pas », une phrase qui passait déjà mal quand Khadhafi la prononçait.

Enfin, lorsqu’on s’exerce à la plume, il est important de comprendre qu’aux yeux des lecteurs, ironiquement, les choix de déterminants ne sont pas si déterminants.

Économie

Lorsque la Banque Nationale Suisse déclare ne pas vouloir commenter ses investissements dans la société Nevsun Ressources, embourbée dans un vaste scandale de travail forcé en Érythrée, avant d’ajouter que son intérêt est « purement financier » et qu’elle ne s’intéresse pas aux « affaires courantes » des entreprises, pour finalement préciser appliquer des critères d’exclusion en cas de « violation massive des droits humains fondamentaux »… Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux pour tout le monde qu’elle ne fasse vraiment pas de commentaire ?

Culture

La saison des festivals m’a évoqué la question suivante : faut-il dire à la presse que ça ne sert à rien d’écrire un article sur un concert ? Surtout pas malheureux, me diront les amateurs, dont l’avis compte autant que le mien, donc d’accord ; mais qu’on s’entende : on est déjà soûlé avant la mi-juillet des tonnes de photos de « t’as vu ? Je suis au festival ! » qui s’empilent sur les réseaux sociaux, cela ne s’arrangera pas avec un long reportage sur une bande de potes restés plantés toute la journée en plein cagniard à attendre le concert de 23h30 pour avoir des places aux premiers rangs, même qu’il faisait super chaud, mais ça allait, ils se ravitaillaient aux stands en se gardant les places, et puis ils ont rencontré des gens, c’était sympa. Déjà on s’en fout, mais surtout on bosse, nous !

Quant à l’article sur le concert en lui-même, bon, chacun est juge… Mais là encore, c’est un concert, ce n’est pas comme s’il y avait un score à la fin… C’était quand la dernière fois qu’un groupe passait pas loin de chez vous, et que vous vous êtes dit « bof, je lirai le résumé » ?

Société

à l’attention des supermarchés : lorsque je fais mes courses, j’ai toujours cette question qui me hante après avoir rempli mon caddie, l’avoir acheminé à la caisse, interagi avec l’interface du programme, scanné mes articles, payé, emballé mes achats et ramené mon caddie : est-ce que je peux faire autre chose pour vous avant de partir ?

Sinon, une bonne nouvelle pour les amis des bêtes : grâce à PetChatz, vous avez maintenant la possibilité de hautement perturber votre animal de compagnie à distance, en vous manifestant-mais-pas-vraiment par le biais d’un astucieux système de webcam.

C’est la version animale du chat de Schrödinger, où l’humain est à la fois présent et absent.

L’avantage, c’est que vous pourrez contacter votre chat pour lui demander de vous prêter une de ses neuf vies, comme ça vous en aurez au moins une.

Sports

En football, lorsque les sommes investies dans les transferts des joueurs estomaquent plus le public que n’importe quoi qui puisse arriver sur le terrain, je pense qu’on peut en conclure qu’on a franchi un point de non-retour.

Oubliez la compétition, maintenant le spectacle est sur les marchés. Qui, par exemple, aurait imaginé qu’il entendrait un jour la ligue espagnole se plaindre de non respect du fair-play financier de la part de la ligue française ?

Et pour finir, Roger Federer doit réaliser que maintenant qu’il en est à dix-neuf titres en Grand Chelem, tout le monde va attendre le vingtième. Alors qu’on lui foutait une paix royale avec ça il y a moins d’un an encore.

Mais bon, il fallait y penser avant, maintenant il va falloir assumer Rodge ! C’est ça de vouloir faire des come-back, gros malin !

Rance Info

Publié: 15 juillet 2017 dans Revue de presse

Bon, vu qu’il m’est devenu vraiment très difficile de poursuivre la rédaction de billets sur l’Histoire, je vais faire plus ou moins le contraire et parler d’actu pendant quelque temps. Déjà parce que c’est un concept révolutionnaire, mais aussi parce que j’ai besoin de changer d’air.

Oh, et quand je dis « actu », ça veut surtout dire « à peu près n’importe quoi tant que je n’ai pas besoin de creuser et vérifier chaque source pendant des heures ».

Donc je change mon fusil d’épaule et on verra où ça me mène. N’attendez pas pour autant un gros regain question rythme de publications, je n’ai plus autant de temps qu’avant. Je suis sûr que vous ne l’aviez pas remarqué.

Alors quoi de neuf ? Pour commencer, une bonne nouvelle : aucun taureau n’a été pendu en Espagne, cœurs tendres. Vous pouvez recommencer à vous réjouir de la mort du matador !

L’information vit le jour sur le site parodique nordpresse.be, par le biais d’un article expliquant que comme le voulait la coutume, la bête qui avait tué dans l’arène le matador Ivan Fandino avait été pendue, devant une centaine de spectateurs enthousiastes réunis sur la place centrale de la ville d’Irun. En guise de preuve fut avancée la photo ci-dessous, établissant une corrélation peu évidente entre, à gauche, un matador en train de réaliser qu’il allait mourir flou et, à droite, allez savoir quel événement se déroulant quelque part en Chine, impliquant un taureau certes pas forcément très bien traité, mais en tous cas pas pendu au sens où on l’entend.

Signalons aussi que la place centrale d’une ville espagnole ne ressemble pas du tout à ça.

Bien entendu, la nouvelle fut promptement relayée sur les réseaux sociaux à grands renforts de Caps Lock, générant de longues et indignées diatribes pourvues de beaucoup trop de points d’exclamation. Elle retomba toutefois comme un soufflé penaud lorsqu’elle fut démentie par à peu près tous les sites d’information crédibles.

L’anecdote pourrait nous en apprendre beaucoup sur notre façon d’appréhender l’information, si elle comportait quoi que ce soit qui n’avait pas déjà été dit cent fois ; dans la tauromachie comme partout ailleurs, quand vous entendez une histoire qui paraît trop invraisemblable pour être vraie, c’est probablement qu’elle est trop invraisemblable pour être vraie. Je suis tout pour trouver des raisons de jeter des pierres aux matadors, mais ces gens-là nous en fournissent déjà bien assez sans qu’on aille encore leur en inventer.

D’ailleurs, les Espagnols : comment ça se fait que la tauromachie existe encore ? Vous nous direz que c’est une tradition, mais évidemment que c’est une tradition, on a bien compris que vous ne pratiquez pas ça juste pour emmerder les taureaux ! Il n’empêche que par le passé, on vous a connu plus frileux que ça avec les traditions impliquant des mises à mort ; ce qui devrait d’ailleurs vous faire réaliser que ce qu’on reproche à vos corridas, c’est moins à chercher du côté de la tradition et plus du côté des taureaux.

Mais bon, vous nous direz que finalement, la mise à mort cruelle d’animaux, c’est un peu comme la confection de meubles ou de vêtements : ça fait un bon moment que la pratique s’est industrialisée sur tout le continent, mais certains préféreront toujours que ça soit fait à la main.

Autre chose : vous savez que vous devenez vieux lorsque vous prenez conscience que le machin que vous avez vaguement vu du coin de l’œil une ou deux fois est LE truc à la mode qui fait fureur sur toute la planète, surtout auprès des plus jeunes :

C’est tellement mieux qu’une toupie !

Le fidget spinner, ou hand spinner, est un machin que vous faites tourner dans votre main et merveilles s’en suivent. Les vertus de la pratique sont nombreuses, allant de la gestion du stress au traitement de l’autisme en passant par l’accroissement de la concentration, du moins selon les commerçants. Selon les professionnels des domaines précités, c’est avant tout un truc qui tourne.

Ce qui ne veut pas dire que c’est inutile ; parce que si les jeunes se passionnent pour une mécanique qui tourne en rond sans jamais aller nulle part, c’est qu’ils sont prêts à intégrer le débat politique.

En parlant de politique, signalons qu’en Suisse, nous avons voté dernièrement sur un sujet qu’on n’a pas forcément bien compris mais auquel on a totalement dit oui, et je m’inclus dans le tas, parce qu’il nous engage notamment à sortir du nucléaire d’ici à l’an 2050.

Pour un pays habitué à voter sur des sujets visant à rester dans le présent ou retourner dans le passé, l’idée d’un débat sur l’avenir était tellement novatrice qu’elle ne pouvait que séduire. Toutefois, maintenant qu’on est majoritairement d’accord pour se passer de l’énergie nucléaire, il va falloir trouver comment compenser tout ça, parce qu’il est impossible de planter la moindre éolienne en Suisse sans déclencher un tonnerre d’oppositions scandalisées.

Des piquiers bloquent l’accès aux sites où on veut les bâtir.

Bien sûr, l’énergie éolienne a encore des progrès à faire avant de devenir vraiment intéressante, mais si les constructions sont systématiquement contestées, c’est avant tout pour des considérations esthétiques. Et la bonne nouvelle, c’est que la Chine vient de prouver qu’il est possible de combiner énergie renouvelable et esthétique :

Surtout aux yeux des oiseaux.

Ceci est la centrale solaire du panda, une construction alimentant environ 50’000 foyers et projetant de doubler sa production à l’avenir par l’adjonction d’un deuxième panda, vous savez, pour pouvoir ensuite faire un élevage ; l’idée est aussi de sensibiliser la population, notamment les plus jeunes, au fait que le tournant énergétique est important pour la vie sauvage.

Et c’est une bien belle idée, encore que normalement, ce ne sont pas tellement les jeunes qu’il faut convaincre d’abandonner leurs parts et intérêts dans les énergies fossiles. Alors certes, en Suisse, on n’a pas le même territoire, mais notre faune est aussi menacée, les rainettes par exemple… On devrait bien pouvoir trouver un petit coin pour une rainette solaire, non ?

Maintenant, gastronomie : si vous avez l’intention de commercialiser des biscuits diététiques au blé et que vous ne savez pas comment les nommer, j’ai le regret de vous annoncer que « Gerblé » est déjà pris :

Il y a beaucoup de choses à connaître pour être à même de donner à un produit un nom approprié, le français étant l’une d’entre elles.

Mais franchement les gars : ça vous donne pas envie de Gerblé ça ? Je ne connaissais pas du tout ce produit et j’imagine que l’on se gausse de son nom depuis des éons, mais je n’ai pas peur de piquer l’idée à qui que ce soit : le concepteur lui-même a dû voler ce nom à un humoriste.

Gastronomie toujours, les amateurs de cuisine française seront ravis d’apprendre qu’il existe désormais une adresse pour déguster un steak tartare 24 heures sur 24 dans la région lausannoise : la gare de Prilly. Et attention, pas le Buffet de la Gare hein, juste la gare :

Drôle d’évolution pour un produit qu’on est habitué à voir préparé devant soi.

Exactement ce qui me manque lorsque j’attends mon train du matin avec juste un café dans le ventre : un bon gros bloc de viande crue. Au rayon des probabilités d’exister un jour, je situais personnellement le distributeur de steaks tartare quelque part entre le distributeur de spectres et le distributeur de concepts, mais que voulez-vous, il faut bien faire quelque chose de toute cette viande de taureaux pendus. Un collègue à moi qui a trouvé je ne sais où le courage de le tester m’a confié avoir été déçu, mais j’avoue ne pas trop comprendre comment on peut être déçu d’un steak tartare acheté au distributeur.

Passons au sports : maintenant que la télévision suisse va perdre les droits de diffuser la Ligue des Champions, je vais intégrer de plein pied la horde de ceux qui se demandent s’il est raisonnable de payer si cher une redevance TV quand on ne regarde pas la TV. Certes, ils conserveront les droits de diffuser certains matchs, notamment ceux impliquant des clubs suisses, mais si on s’intéresse à la C1, c’est pour des Real Madrid – Manchester United, pas pour des FC Bâle – Ludogorets Razgrad.

Tout ça pour dire que j’ai beau vivre dans un pays qui n’a aucune chance de gagner la Ligue des Champions, ça fait quand même mal de la perdre.

Sports toujours, si on veut : est-ce que quelqu’un pourrait demander à la presse d’arrêter d’interviewer Sepp Blatter s’il vous plaît ? Qu’est-ce qu’on l’entend, celui-là, depuis qu’il s’est vautré ! Toujours à s’exprimer sur l’éthique dans le sport, le rôle des arbitres, l’attribution de la coupe du monde au Qatar, l’argent dans le foot, des sujets certes intéressants… pour peu qu’on veuille bien se donner la peine de demander l’avis de personnes que l’on ne sait pas être personnellement impliquées dans tout ce qui y va de travers.

Alors soit, on sait que la sentence maximale qu’encourt un Blatter pour ses combines dans le foot consiste en un froncement de sourcils appuyé (mais pas trop) de la justice ; il ne risque pas de finir tout maigre au fond d’un cachot, perdu dans les plis de ses guenilles et de sa barbe, avec pour seuls amis une cruche d’eau et une puce de lit, qu’il aura appelée « Lionel » avant d’oublier pourquoi. Et ça me convient très bien comme ça, après tout pourquoi vouloir le pilori ? Mais au moins, admettons qu’il est fini au lieu de continuer à l’écouter ; on le connaît, son avis sur la morale dans le sport, il a eu toute sa carrière pour l’exprimer. Garde tes réponses à ces questions pour le juge, Sepp !