Archives de la catégorie ‘Géo’

Lorsque la nature ne veut pas de nous

Publié: 2 avril 2015 dans Géo

Au vu du traitement que l’on fait subir à la nature, on pourrait être tenté de croire qu’on lui a montré qui commande, mais il n’en est bien entendu rien. Tout au plus sommes-nous une légère démangeaison sur le dos de la main de la Terre-Mère, une contrariété passagère qui partira comme elle est venue.

Donc à l’heure actuelle elle nous tolère, mais lorsqu’elle veut qu’on lui fiche la paix, elle ne manque pas de moyens de nous le faire savoir ; il existe bien des endroits sur Terre où même un panneau « interdit aux humains » ne serait pas plus parlant que les signaux qu’elle envoie, des lieux si viscéralement hostiles à l’homme que l’on ne peut que s’incliner et retourner à nos villes aseptisées pour y méditer notre vengeance.

Vengeance.

Vengeance.

Le lac bouillant, Dominique

Les sources d’eau chaude sont l’un des cadeaux les plus sympas que Dame Nature puisse nous offrir, une façon de nous inviter à nous établir dans les parages et à y vivre à jamais heureux et ridés. Il en va quelque peu différemment du lac bouillant de l’île de Dominique, que le nom décrit ma foi assez bien.

La photo aussi.

La photo aussi.

Le bassin mesure soixante mètres de large pour cinquante-neuf de profondeur, faisant de ce lac une sorte de cube de haine peu propice à la baignade : la température à son bord varie entre 82 et 91°C et, si personne ne s’est donné la peine de se rendre en son milieu avec un petit thermomètre, son remous continuel donne une idée du chiffre.

De même que la vapeur qui envahit les lieux

De même que l’abondante vapeur.

Vous serez sans doute intéressés à aller par vous même admirer la majesté de ce lieu qui cuit les gens vivants, mais sachez qu’il faut compter avec un périple au sein des ravines escarpées et des gorges brûlantes du volcan avoisinant. Aussi, le pourtour du lac est raide, humide et très glissant. Peut-être devriez-vous ne pas emmener le chien. Ou mieux : n’y allez pas.

Remarquez, tout le monde ne pense pas comme moi ; un lac bouillant, des vapeurs brûlantes, des bords escarpés et humides invitant au plongeon improvisé, tout est réuni pour que certains trouvent le coin chouette, notamment ce type-là :

Mais il n'est pas fou : il porte un casque.

Mais il n’est pas fou : il porte un casque.

George Kourounis exerce le métier au nom universellement badass de « chasseur de tempêtes », qui consiste à aller faire le malin dans les lieux les plus hostiles de la planète pour le frisson de téléspectateurs qui attendent de voir si il va se vautrer. Lors de sa traversée du lac bouillant en tyrolienne, il sut joindre l’utile à l’agréable en plongeant dans les eaux torturées un sac d’œufs qui agrémentèrent le repas de l’équipe.

Bon appétit ! Ne faites pas attention à la couleur un peu terne de la coquille, Pâques se la joue gothique cette année.

Bon appétit ! Ne faites pas attention à la couleur un peu terne de la coquille, Pâques se la joue gothique cette année.

Le parc national Tsingy de Bemaraha

Madagascar s’étant séparé du continent Africain il y a quelque 160’000 millions d’années, sa vie et son environnement y ont suivi un cours en marge du reste du monde et en ont manifestement profité pour se lâcher. En résulte, par exemple, le parc national Tsingy de Bemaraha, qui porte à croire que les lieux servaient autrefois de couche à quelque fakir géant.

Je n'ai pas encore lu cette théorie sur internet, mais je pense que ce n'est qu'une question de temps et de recherche.

Je n’ai pas encore lu cette théorie sur internet, mais je pense que ce n’est qu’une question de temps et de recherche.

Sur plus de 72’000 hectares, le parc est entièrement recouvert de vastes massifs de calcaire exclusivement composés d’angles tranchants qui vous haïssent personnellement, vous garantissant une progression ardue ponctuée de glapissements endoloris et où chaque faux pas vous vaudra, au mieux, une nouvelle cicatrice ; même les arbres n’ont pas l’air heureux d’être là.

Je peux le sentir.

Je peux le sentir.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le parc présente la particularité de ne requérir aucune sorte de protection pour des raisons évidentes. Du reste, il a été à ce jour si peu exploré qu’à chaque fois que des chercheurs s’y rendent, ils en reviennent avec quelques espèces animales inconnues ainsi que de douloureux souvenirs qu’ils relatent pendant qu’on change leurs pansements.

Ça va, Nature. On a compris, on s'en va !

Ça va, Nature. On a compris, on s’en va !

Dès lors, et bien que l’endroit soit reconnu comme une prometteuse forteresse biologique, la vaste majorité de son territoire n’a jamais vu un bipède.

À moins bien sûr que ce truc-là soit un bipède.

À moins bien sûr que ce truc-là soit un bipède.

En plus, vous apprendrez qu’il est interdit d’y maltraiter les animaux ou d’y arracher des arbres. Nous n’avons vraiment plus aucune raison de vouloir nous y rendre.

Sauf peut-être pour aller secourir ce malheureux.

Sauf peut-être pour aller secourir ce malheureux.

Le Strid

Située en Angleterre, la rivière Wharfe incite par ses eaux calmes à la détente, la pêche à la ligne, le barbecue et la baignade. Et selon l’endroit que vous choisissez, seules deux de ces activités vous vaudront de disparaître à jamais.

Car voyez-vous, la particularité de cette rivière, c’est que si en général elle ressemble à ça…

à savoir un gentil cours d'eau sur les rives duquel poussent des bancs accueillants

à savoir un gentil cours d’eau sur les rives duquel poussent des bancs accueillants

…il se trouve qu’en un lieu précis, et sans qu’elle y perde en quantité d’eau charriée, ses bords se rejoignent pour lui donner des airs de minuscule ruisseau inoffensif.

L'entendez-vous ? Il vous dit « bienvenue, voyageur, retire tes chaussures et viens reposer tes pieds fatigués dans mon lit frais ! »

L’entendez-vous ? Il vous dit « bienvenue, voyageur, retire tes chaussures et viens reposer tes pieds fatigués dans mon lit frais ! »

Dès lors, ce que cette partie de la rivière, appelée « le Strid », perd en largeur, elle le compense en profondeur. Ce qui veut dire que cet aimable ruisselet regorge de cavités et de boyaux souterrains reliés entre eux par de forts courants. À l’heure actuelle, on n’a aucune idée de la profondeur que peut atteindre le Strid et rares sont ceux qui y sont tombés à en être ressortis pour en parler. Pour rajouter une petite touche d’ambiance, la plupart des victimes n’ont simplement jamais été retrouvées et attendent aujourd’hui que vous les rejoigniez, accrochées dans la nuit de quelque anfractuosité escarpée sous les racines du monde.

Ramener un poisson du Strid est un acte de courage et un rite essentiel de passage à l'âge adulte chez les rudes habitants du site.

Ramener un poisson du Strid est un acte de courage et un rite essentiel de passage à l’âge adulte chez les rudes habitants du site.

Inutile de préciser que les eaux apparemment calmes, les bords rapprochés (et glissants) que vous pouvez par endroits tenter de relier d’un saut (Strid dérive de Stride, qui signifie « enjambée ») et les rives herbues et paisibles équivalent à un chant de sirènes vicelard qui s’est déjà avéré fatal à bien des visiteurs mal renseignés.

Du reste, les communes avoisinantes ne lésinent pas sur les mises en garde.

Du reste, les communes avoisinantes ne lésinent pas sur les mises en garde.

Fort heureusement, ces derniers sont de plus en plus rares grâce aux efforts fournis par les résidents pour informer les touristes. Et bien entendu, ce que la région perd en innocents, elle le compense en inconscients puisque la sinistre réputation des lieux amène de temps à autres des visiteurs venant y piquer une tête pour jouer les caïds et poster les photos ou les vidéos sur Internet.

Le tourbillon de Corryvreckan

Peu de visions sont aussi épiques qu’un énorme tourbillon creusant dans les eaux glacées un irrésistible couloir plongeant dans les abysses, mais nous savons aussi qu’il n’existe rien de tel ; dans la réalité, un tourbillon n’est qu’un bref événement engendré périodiquement par les courants et la topographie marine. Il n’y a que dans nos légendes et en Écosse que l’on trouve des maelströms éternels.

En Écosse et, plus précisément, dans le golfe de Corryvreckan, où une facétie de la nature occasionne en permanence un puissant courant circulaire, comme expliqué sur le schéma suivant :

Photo réelle.

Photo réelle.

Comme vous le voyez, la présence du gros machin sous-marin casse les courants qui en retour font n’importe-quoi ; en résulte une bouche vers l’Enfer au cœur-même des ravissantes côtes écossaises, à quelques bonnes brasses de la berge pour un nageur motivé.

Lorsque les eaux sont calmes, un remous continuel est visible en surface mais le courant n’est un danger que pour le nageur du paragraphe du dessus (dont on espère pour lui qu’il a conservé sa motivation intacte) ; par contre, lorsque le temps se gâte, le monstre dévoile sa vraie nature :

Tourbillon gentil.

Tourbillon gentil.

Tourbillon méchant.

Tourbillon méchant.

Et quand les marées se mêlent à une météo furieuse, les vagues engendrées par le maelström s’élèvent jusqu’à neuf mètres de haut et le rugissement de la bête est audible quinze kilomètres plus loin.

Bien entendu, comme nous sommes des gens horribles, nous avons cherché à savoir ce qui arrivait à un corps qui passait à la baille et avons balancé dans le gouffre un mannequin muni d’un gilet de sauvetage et d’une jauge de profondeur. Lorsqu’il fut retrouvé en aval, le malheureux n’avait pas bonne mine puisqu’il avait été longuement traîné sur les fonds marins, 262 mètres plus bas, avant d’être rejeté sur la berge.

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Chemin de croix

Publié: 7 octobre 2014 dans Géo

Vous savez ce qui est assez nouveau au rayon des mythes et légendes qui nous font rêver ? Les déplacements. Mais si, regardez : des concepts comme le pèlerinage ou le voyage initiatique sont devenus bien plus courants à la télé que dans nos quotidiens, on s’intéresse à un hobbit qui part à l’autre bout du monde ou à un Indien qui se retrouve perdu en mer avec un tigre, on aime ça parce que ça nous fait voyager. Dans nos têtes.

Par contre quand il s’agit de faire cent mètres pour acheter une botte de radis, il n‘y a plus personne. Dur retour à la réalité : cent mètres ? Houlà !

Et bien la prochaine fois que vous râlerez sur une déviation ou un énième tronçon de route en travaux qui ralentit la circulation, essayez de garder à l’esprit que vous pourriez trouver bien, bien pire. La question, pour vous, est de savoir si vous rentrerez à temps pour le journal de 19h30, et pas si vous rentrerez tout court. C’est à prendre en considération.

L’autoroute de Lena, Russie.

Au centre de la Sibérie se trouve la ville qui détient le record des températures les plus basses au monde : Iakoutsk, où les nuits les plus froides affichent un joli -50°.

J’imagine que ces nuits-là sont plutôt calmes, mais allez savoir avec les Russes.

J’imagine que ces nuits-là sont plutôt calmes, mais allez savoir avec les Russes.

Dans les années 50, il fut décidé que Iakutsk devait être reliée au Transsiberian, la ligne de chemins de fer la plus proche de cet agréable patelin : seulement 1’200 petits kilomètres, dont une grosse moitié en plein permafrost. Et lorsqu’on sait qui tenait la boutique en Russie à cette époque, on se doute bien qu’on ne manquait pas de main d’œuvre en Sibérie. La route fut promptement établie.

Savez-vous que « Permafrost » se dit « Pergélisol » en français ? Comme ça vous saurez l’un des mots les plus inutiles du monde en deux langues !

Savez-vous que « Permafrost » se dit « Pergélisol » en français ? Comme ça vous saurez l’un des mots les plus inutiles du monde en deux langues !

Les ouvriers longèrent la rivière Lena et tracèrent un peu à la va vite une route de terre juste à côté, parallèle au cours d’eau. Pour ce faire, ils creusaient, et voilà. Avec les températures du coin, il n’était pas nécessaire de trafiquer quoi que ce soit pour obtenir l’une des meilleures pistes du pays.

C’est juste en été que ça se gâte. Car oui, il y a quand même un été en Sibérie. La preuve :

La Sibérie est gelée pour une bonne raison.

La Sibérie est gelée pour une bonne raison.

Lorsque les jours chauds – qui voient quand même le mercure monter à 30° – arrivent, des pluies diluviennes tendent à frapper la région jusqu’à faire déborder la rivière, transformant la piste en une sorte de mélange entre une autoroute et des rizières.

Pour les automobilistes, c’est le début des questions existentielles : combien de temps resteront-ils immobilisés dans cet enfer boueux ? Trois jours ? Une semaine ? À tout jamais ? Dans tous les cas ils n’ont d’autre choix que de prendre leur mal en patience et d’attendre un nouveau coup de froid.

Heureusement, ils ont le beau.

Un été en Sibérie.

Dès lors, ce qui aurait dû n’être qu’un trajet de quelques centaines de bornes prend des allures de camp de survie où les réserves de vivres, de vêtements et d’essence deviennent des ressources précieuses pour lesquelles beaucoup en viennent aux mains, ce qui explique pourquoi ceux qui doivent emprunter cette route en été se munissent parfois d’une arme.

Cette situation, toute compliquée soit-elle, ne devrait pas être une raison pour ne pas porter de pantalons.

Cette situation, toute compliquée soit-elle, ne devrait pas être une raison pour ne pas porter de pantalons.

Il paraît qu’en Russie, les routes sont tellement mauvaises qu’ils ont une chanson traditionnelle sur le sujet ; ils auraient aussi une blague expliquant que le gouvernement préfère les garder dans cet état pour la prochaine invasion allemande. Quoi qu’il en soit, les habitants d’Iakoutsk n’ont bien sûr pas de plan B et risquent tous de se retrouver un jour coincés dans la gadoue, comme cette malheureuse femme qui avait accouché toute seule dans un bus il y a quelques années. Toute seule, parce les ambulances et autres véhicules de services ne s’y rendent plus, car ils y trouvent des types tellement à cran que les derniers à s’y être déplacés à grande peine pour dépanner quelqu’un s’y sont fait casser la gueule.

Et je ne l’ai pas précisé, mais rien ne garantit que vous en ressortirez avec votre véhicule.

Et je ne l’ai pas précisé, mais rien ne garantit que vous en ressortirez avec votre véhicule.

Le Tunnel de Guoliang, Chine

Il était une fois un petit village chinois de trois-cents âmes juché au sommet d’une montagne. Pendant longtemps, son unique accès passait par un interminable sentier raide et étroit suivi d’un escalier escarpé dépourvu de parapet et découpé à même la roche.

Ne me demandez pourquoi ils décidèrent que c’était un bon coin pour s’établir, mais j’imagine que ça avait quelque chose à voir avec leurs guerres incessantes.

Ne me demandez pourquoi ils décidèrent que c’était un bon coin pour s’établir, mais j’imagine que ça avait quelque chose à voir avec leurs guerres incessantes.

En 1971, la métamorphose de la Chine forçait de plus en plus souvent les villageois à relier d’autres bleds des environs. Comme on peut l’imaginer, les habitants de Guoliang furent vite lassés de voir chacun de leurs déplacements adopter des airs d’épopée olympique légendaire où chaque habitant interpréterait tour à tour quelque élu malchanceux d’une divinité ne croyant qu’en la force.

Et certainement pas en la gravité.

Et certainement pas en la gravité.

Ils demandèrent alors aux autorités l’établissement d’une route reliant la vallée au sommet et obtinrent en retour un enthousiaste bras d’honneur ; mais en Chine, les travaux impossibles, ils ont ça dans les gènes : il y a une montagne qui dérange ? Et on a des pioches ? Alors où est le problème ?

Ainsi, treize villageois saisirent leur courage et leurs outils à deux mains et s’en allèrent défier la montagne. Il y eut des accidents, il y eut des pertes, mais au bout de six ans, une route d’un kilomètre et demi traversait le sommet.

Et pendant ce temps, nous, nous ronchonnions parce qu'il fallait encore tondre le gazon.

Et pendant ce temps, nous, nous ronchonnions parce qu’il fallait encore tondre le gazon.

Nous aurions bien tort d’en venir aux blagues « made in China », car je doute que vous ou moi accomplissions un jour quelque chose de ne serait-ce que vaguement comparable. Mais il demeure correct de souligner que cette route a un problème conséquent : sa sécurité a été pensée par des gens dont la principale référence était un interminable escalier dont chaque marche était une épreuve visant à vous faire basculer en hurlant dans l’abîme. Ce n’est donc pas une surprise de constater que la route est trop étroite, souvent dépourvue de parapet ou de barrière et que chaque contour est un angle impossible qui dans le meilleur des cas se contentera de rayer votre carrosserie.

Et il y a tout le temps des radars.

Et il y a tout le temps des radars.

Il n’empêche qu’ils voulaient une route, ils l’ont eue. On devrait s’en inspirer chez nous, au lieu de rester les bras ballants à gueuler. On n’a pas assez de crèches ? À vos outils ! On veut une ligne ferroviaire supplémentaire entre Genève et Lausanne ? Il me semble que c’est bêtement des poutres en fer et des planches en bois, si on s’y met à plusieurs c’est vite plié. On n’a pas eu nos avions de combat ? Ça ne doit pas être si difficile d’en fabriquer nous-mêmes. Etc.

Mais j’t’en fous ! Nous, on préfère râler. Alors que si on s’inspirait des Chinois, on verrait que non seulement leur route leur rend service, mais qu’en plus elle a gagné une notoriété conséquente leur attirant régulièrement des touristes venant du monde entier tout spécialement pour visiter l’un des passages les moins sûrs de la planète.

Une journée normale à Guoliang.

Une journée normale à Guoliang.

Du coup, ils ne sont pas prêts de la sécuriser leur route. Baste, on fait tous des petits sacrifices.

Le pont suspendu de Hussaini, Pakistan

La région de Gilgit-Baltistan, située dans le nord du Pakistan (mais vous le saviez), a longtemps été coupée du pays par son absence totale de routes et son difficile terrain montagneux, mais à force de patience et d’abnégation, le gouvernement est parvenu à la connecter plus ou moins au reste du territoire.

Ce qu’il n’a pas réussi à faire par contre, et ce ne fut pas faute d’essayer, c’est relier le petit village de Hussaini au lieu de travail de ses propres habitants. Tous deux se tiennent en effet de part et d’autre de cette impressionnante œuvre architecturale :

Téléphonez à Indiana Jones et dites-lui qu’on a retrouvé son pont.

Téléphonez à Indiana Jones et dites-lui qu’on a retrouvé son pont.

Chaque jour que Dieu fait, les travailleurs de Hussaini empruntent deux fois ce majestueux édifice en croisant les doigts pour que le temps reste au calme. Car s’il est considéré que le pont en lui-même est relativement sûr, chacun là-bas sait qu’il ne survivra pas à un solide coup de gueule de la météo.

D’ailleurs, ce pont-là n’existe plus depuis 2011 et a depuis été remplacé. Peut-être plusieurs fois.

D’ailleurs, ce pont-là n’existe plus depuis 2011 et a depuis été remplacé. Peut-être plusieurs fois.

Régulièrement, une combinaison de vents violents ou une mousson insistante envoie le machin au tapis et les villageois n’ont plus qu’à se retrousser les manches et en recommencer un.

En 1986, alors que le Pakistan était en train de terminer son réseau de routes nordiques, un budget correct avait été alloué à la construction d’un vrai pont, normal et gentil, qui ne donnait pas l’impression d’être déjà foutu depuis longtemps. Mais le malheureux n’était pas taillé pour cette région impitoyable et fut jeté à bas par le premier hiver.

La Route de l’Amitié (je vous jure), Chine et Pakistan

« La Route de l’Amitié » est le surnom hilarant donné à une voie reliant le Pakistan à la Chine, laquelle, comme on peut s’y attendre de la part de ces deux nations, ne s’est pas construite sans heurt : avec une moyenne d’un mort enregistré tous les kilomètres et demi, on pourrait croire que les quelques 1’300 bornes de cette route culminant à près de 5000 mètres d’altitude auraient dû étancher sa soif de sang, mais c’est comme si on avait nourri un bébé tigre avec de la viande rouge : maintenant elle réclame. Désormais pleinement praticable, cette piste ne connaîtra pas de repos avant de vous avoir tué, vous aussi. Heureusement pour elle, elle dispose pour cela d’un impressionnant éventail de moyens.

Parmi lesquels les bons vieux classiques, comme le ponts qui se dérobent sous vos pieds.

Parmi lesquels les bons vieux classiques, comme les ponts qui se dérobent sous vos pieds.

Pour sa défense, précisons que la province qu’elle traverse affichait clairement son envie de rester à l’état sauvage. Ses dénivelés imprévisibles, son sol instable, ses falaises abruptes, ses fleuves sauvages et ses canyons béants auraient dû résonner comme autant d’avertissements. Remarquez que si ça avait stoppé les Chinois, on aurait dit d’eux qu’ils s’embourgeoisent. D’ailleurs on voit bien qui a l’habitude des travaux impossibles : sur les 902 victimes enregistrées, seules 82 étaient chinoises.

Néanmoins, après des années de travaux, la nature fut finalement domptée, de la même façon qu’on dompte un varan de Komodo en lui passant un collier dans son sommeil. Depuis, la piste réalise l’impossible pour se montrer aussi dangereuse à traverser qu’elle l’a été à façonner et ne se lasse pas de trouver de nouveaux et innovants moyens de vous faire regretter de l’avoir appelée « route de l’amitié ». Par exemple tenez, voici beaucoup d’amitié :

Copain !

Copain !

Le 4 janvier 2010, un glissement de terrain boucha totalement une rivière, provoquant une impressionnante inondation qui s’en alla engloutir plusieurs villages, déplaçant 1500 pauvres hères et créant un lac tout neuf.

Outre les constants problèmes qui bloquent périodiquement la piste, vous risquez aussi d’avoir des emmerdes avec des terroristes, que l’on dit arpenter parfois les lieux pour enlever des touristes. Et si vous survivez à la fois aux éléments et aux terroristes, vous avez toute mon admiration. Mais faites quand même attention aux léopards des neiges.

Est-ce une consolation de se savoir mangé par une bête magnifique ?

Est-ce une consolation de se savoir mangé par une bête magnifique ?

Ah, et prenez garde à l’altitude aussi : l’oxygène y est moins dense que ce à quoi nous sommes habitués, ce qui peut tout à fait s’avérer fatal sans un entraînement adéquat.

Ceci dit, je ne cache pas mon admiration envers les milliers d’ouvriers qui ont travaillé d’arrache-pied sur ce truc en souffrant continuellement d’un déficit d’oxygène.

La Route de Yungas

Si la route Sibérienne est parfois surnommée « la route de l’Enfer », celle de Guoliang « la route ne tolérant pas l’erreur » et la piste sino-pakistanaise « la route de l’am – ah mon dieu, attention, un roch-*BAM* », celle que nous allons voir maintenant, située en Bolivie, met tout le monde d’accord en ayant remporté à la loyale le titre de « la Route de la Mort ».

Routier est un beau métier en Bolivie.

Routier est un beau métier en Bolivie.

Je ne doute pas que si vous êtes un peu globe-trotter sur les bords, vous avez déjà entendu parler de cette route, parce qu’elle n’y va pas avec le dos de la cuiller : elle prend entre 200 et 300 vies par année, comme une divinité cruelle.

D’ailleurs elle a bien un petit côté « Quetzalcóatl »

D’ailleurs elle a bien un petit côté « Quetzalcóatl »

Bon, je ne vous fais pas un dessin : une route escarpée, pas de barrière et des falaises à pic, vous vous doutez bien qu’ici, ce ne sont pas les léopards qui auront votre peau. Et en dépit de ce qu’on pourrait penser à première vue, cette piste est extrêmement empruntée, formant le principal axe entre trois grandes villes du pays. Nombre de routiers y circulent chaque jour au fil d’un traintrain quotidien les voyant se lever chaque matin comme des marines le jour de l’assaut sur Iwo-Jima.

Quoi de plus romantique qu’admirer les belles falaises Boliviennes en regardant tomber les camions ?

Quoi de plus romantique qu’admirer les belles falaises Boliviennes en regardant tomber les camions ?

L’unique règle respectée consiste à laisser celui qui monte raser la paroi, offrant au type qui descend le loisir de se coller au vertigineux abîme dans une version bolivienne de la roulette russe. Certes, le gouvernement a entrepris quelques actions visant à élargir certaines parties de la piste, mais il est permis de penser qu’il n’arrivera jamais à diminuer les risques à un niveau raisonnable tant que personne ne lui aura parlé de ce truc qu’on appelle des « tunnels ».

Ce qu’il faut à la Bolivie, c’est treize Chinois.

Ce qu’il faut à la Bolivie, c’est treize Chinois.

Los Pinos, Colombie

(Attention si vous êtes au boulot, le lien donne sur Youtube)

Je sais qu’il y a parmi mes lecteurs des vrais voyageurs, mais alors des vrais de vrais : pas ceux qui se taillent une année à Melbourne pour apprendre l’anglais en éclusant des bocks avec des francophones, pas ceux qui arpentent l’Asie pour aller y bouffer des billes sur les plages de bleds entièrement vendus à l’occident : des purs voyageurs, dont le mode de vie voire la profession gravitent autour d’endroits éloignés et parfois dangereux qu’il leur faut rejoindre pour y exercer une activité souvent difficile. À ceux-là, envers qui j’avoue avoir une certaine admiration parce qu’il faut du courage, j’ai envie de dire : lopettes !

Malgré votre entraînement, votre passion, votre dévouement et votre expérience, des enfants vous battent à plate couture ! En pensant à autre chose ! Jamais votre vie exaltante, aventureuse et souvent risquée n’avait autant ressemblé à une partie de Call of Duty.

Parce qu’il existe en Colombie un endroit appelé « Los Pinos », où les enfants se rendent chaque jour à l’école en tyrolienne.

Et non, pas la tyrolienne de notre parc de loisirs préféré, construite en nanotubes de carbone et soigneusement entretenue par une armée d’experts, mais bien un machin bricolé avec les moyens du bord, incluant une grosse corde en chanvre, une poulie mérovingienne et quelques prières.

L’unique école de la région se trouve de l’autre côté d’une ravine au fond de laquelle coule la rivière « Rio Negro » (= « Rivière Noire », c’est rassurant) et, selon le gouvernement, les habitants de l’endroit ne sont pas assez nombreux pour justifier l’onéreuse construction d’un pont. Donc les mômes n’ont que deux options : contourner le ravin à pieds et tailler deux heures de marche pour rejoindre l’école, ou risquer leur peau durant un très bref voyage de 800 mètres.

Deux heures de marche ce n’est pas tant que ça pourtant, les enfants c’est plus ce que c’était.

Deux heures de marche ce n’est pas tant que ça pourtant, les enfants c’est plus ce que c’était.

Permettez-moi d’insister sur le fait qu’on parle de petits enfants et certainement pas d’une bande de potes cherchant un vague frisson entre une séance de grimpe en salle et une heure de pédalo, et ces petiots, ils risquent leur peau pour aller à l’école ! On se souvient tous de notre scolarité, on s’y rendait généralement assis dans un bus. Et si par malchance le véhicule tombait en rade, même juste en face de votre domicile, le chauffeur n’aurait jamais pris le risque insensé de vous laisser traverser la route et vous aurait maintenu de force dans le véhicule, quitte à s’asseoir sur vous.

À l’image : rien de spécial, juste une fillette se rendant à l’école avec son cartable et sa petite sœur dans un sac de jute (ce n'est pas une blague).

À l’image : rien de spécial, juste une fillette se rendant à l’école avec son cartable et sa petite sœur dans un sac de jute (ce n’est pas une blague).

Mais en Colombie, nan-han : les gosses s’agrippent à un bout de bois et à une vieille corde, puis se rendent à leurs études en sachant que tout accroc ou coup de malchance leur vaudra de disparaître à jamais dans les méandres de la Rivière Noire.

Ce qui, signalons-le, n’est jamais arrivé.

Des p’tits trous partout

Publié: 26 août 2014 dans Géo

L’homme s’applique à creuser des trous depuis qu’il a inventé la pelle, comme s’il voulait à tout prix justifier l’idée. Toutes les légendes de toutes les cultures du monde s’accordent à dire que les entrailles du monde renferment des horreurs, des flammes et des démons, et nous on est là « hey, allons voir ! ».

Quoi qu’en Suisse moins qu’ailleurs remarquez ; nous, on a un bled qui s’appelle « Les Enfers » et un autre « Tartar », on n’est pas assez fou pour ne pas en tenir compte et oser planter une pelle sur notre sol. C’est pour cela qu’aucun des points que nous allons évoquer dans cet article ne se situera en Suisse, exceptionnellement.

 Notez bien qu’on n’a pas pour autant complètement renoncé à faire des trous.

Notez bien qu’on n’a pas pour autant complètement renoncé à faire des trous.

Au fil du temps, nous avons creusé des fosses communes, des puits sacrificiels et des oubliettes, nous avons excavé des tombeaux, mis à jour des boyaux oubliés et érigé d’étroites galeries pour exploiter les richesses du sol ; de tout cela, nous avons logiquement retiré un mot nouveau : la trypophobie, la peur des trous.

À priori, la trypophobie paraît nettement plus naturelle que l’arachnophobie par exemple, on a généralement plus à perdre en tombant dans une crevasse que sur une araignée, mais la peur des trous ne concerne pas la chute en elle-même, mais seulement les trous. C’est pour ça qu’on parle d’une peur des trous et pas des chutes, et c’est là que ça devient n’importe-quoi. Les trypophobes n’ont rien compris.

Par exemple ça, ça ficherait les jetons à un trypophobe.

Par exemple ça, ça ficherait les jetons à un trypophobe.

Mais le plus surprenant, finalement, c’est qu’on trouve des choses à dire sur ce sujet. Pas grand-chose, mais il existe de par le monde quelques lieux qui expliquent assez facilement pourquoi des gens comme vous et moi peuvent virer trypophobes.

Le Barrage de Monticello, USA

Dans le nord de la Californie se dresse un barrage si impressionnant qu’on s’étonne qu’ils n’y aient pas encore fait mourir Sean Bean dans un de leurs films.

Il s’appelle « the Monticello Dam », et, assez curieusement, « Dam » n’est pas une abréviation de « damnation » mais signifie simplement « barrage » en anglais. Voici une photo du site, jetez un œil au petit machin rond dans l’eau en haut à gauche de l’image :

Il s’agit d’un tunnel d’évacuation pour le cas où l’eau atteindrait un niveau trop élevé ; concrètement, c’est un stupide tuyau en béton bien moche, à cheval entre une sorte d’intestin en caillasse et le petit tunnel qu’il faut viser pour faire péter l’Étoile Noire :

Ne tirez pas ceci dit, ça ne serait pas sympa pour ceux qui vivent en dessous.

Ne tirez pas ceci dit, ça ne serait pas sympa pour ceux qui vivent à proximité.

Déjà vaguement menaçant à la base, le boyau a la particularité de se transformer en vision d’épouvante lorsque le niveau de l’eau monte :

Enfin, je ne sais pas pour vous, mais moi ça m’obnubile.

Enfin, je ne sais pas pour vous, mais moi ça m’obnubile.

Et puis ça n’est pas tout petit ! Le débit de la bête monte à un maximum de 1370 mètres cube de flotte par seconde, soit 1’370’000 litres, si je me souviens bien de mon livret mille. Sa largeur varie par endroit entre neuf et plus de vingt mètres et le boyau lui-même en mesure plus de deux-cents de long.

Remarquez les deux passants à droite, en train d’essayer de résister de toutes leurs forces à l’appel hypnotique de l’abîme.

Remarquez les deux passants à droite, en train d’essayer de résister de toutes leurs forces à l’appel hypnotique de l’abîme.

Bien entendu, la plupart du temps la chose n’adopte pas cette forme de vortex infernal engloutissant les hectolitres comme un jeune en soirée, mais se contente d’imposer sa masse immobile à l’eau qui l’entoure. Dans les deux cas la chose recèle un je-ne-sais-quoi d’inquiétant mais, en fin de compte, les gens sont contents de l’avoir ; par temps sec, par exemple, on peut en profiter :

Weeee !

Weeee !

Mais si ça part en hélice par contre il ne faut pas traîner, parce que vous ne voulez probablement pas être devant ça :

C’est ici qu’ils ont autorisé la dernière manifestation anti-G8.

C’est ici qu’ils ont autorisé la dernière manifestation anti-G8.

Trou de Kola, Sibérie

(Évidemment qu’il allait y avoir un truc en Sibérie.)

C’est en Sibérie que se trouve le trou le plus profond jamais creusé par l’homme et franchement, si on m’avait dit que la Sibérie détenait des records, j’aurais assez imaginé quelque chose de ce genre.

En 1970, les Russes se mettent à creuser. Ils venaient de se faire coiffer au poteau dans la course à la lune, vous comprenez que la croûte terrestre il ne fallait pas la lâcher. Ainsi commencent-ils à forer dans un bled du nom de Kola avec pour but d’arriver à 15’000 mètres de profondeur.

C’est juste 15 kilomètres d’épouvante.

C’est juste 15 kilomètres d’épouvante.

Ils firent leur possible mais s’arrêtèrent à 12’262 mètres en 1989 avec deux problèmes sur les bras, toujours insolubles à l’heure actuelle.

Premièrement, douze kilomètres de câble soutenant une lourde mèche n’attendent qu’une mauvaise excuse pour céder sous le poids de cette dernière, et bon courage pour aller la récupérer là-bas au fond. Il n’existe à l’heure actuelle aucun matériau assez solide pour qu’on puisse envisager de creuser plus profondément.

Ensuite, la température monte à 180° à cette profondeur, ce qui rend le forage de plus en plus compliqué en ce qu’il dégrade énormément le matériel.

Les mèches prenaient feu.

Les mèches prenaient feu.

C’est ainsi qu’on abandonna le projet et scella définitivement le trou afin d’éviter des incidents fâcheux. Même si l’on n’était pas descendu aussi profondément qu’escompté, nombre d’enseignements avaient été tirés de l’aventure, ainsi que quelques échantillons de roche infiniment ancienne.

Mais ce que l’on ne sait pas, c’est qu’un sombre secret entoure cette affaire de sa sinistre aura ; outre la chaleur et la physique, il y avait une troisième raison d’arrêter : les Russes avaient creusé jusqu’en Enfer.

Ça avait chié d’ailleurs.

C’est ce que révèle un journal finlandais du nom d’Ammenusastia, preuves sonores à l’appui (il paraît, mais on n’a pas les preuves qu’ils ont les preuves). Voici ce qui s’est passé : arrivée à douze kilomètres (quinze, selon les sources, mais je maintiens douze sinon ça ne paraîtrait pas crédible), la mèche s’est mise à tourner beaucoup plus vite, indiquant qu’elle avait atteint une cavité. La température monta d’un coup à environ 600°. Lorsqu’ils remontèrent la foreuse – parce qu’apparemment ils décidèrent que c’était un bon moment pour faire un break – une horrible créature se matérialisa devant eux dans un nuage de fumée. Elle était munie d’ailes, de crocs et, je cite, « d’immenses yeux maléfiques ».

« Je l’ai VUE, vue de mes immenses yeux explosés ! »

« Je l’ai VUE, vue de mes immenses yeux explosés ! »

Je ne sais pas à quoi ressemblent d’immenses yeux maléfiques mais les témoins rapportent que droit après ça, la créature a disparu – sans préciser comment. Une version un peu différente ajoute qu’avant de prendre la porte, le bestiau aurait crié « je vous ai conquis ! » (comme le général De Gaulle !) (Non ?) en Russe.

Dès lors, en dépit du fait que la moitié de l’équipe s’enfuyait en agitant les bras et en hurlant très fort, ceux qui restaient décidèrent de faire descendre un micro pour savoir ce qui se racontait plus bas. Et bien vous n’allez pas me croire : ils captèrent des pleurs et des cris de douleur humains.

Ensuite, selon les sources, sachez que l’équipe s’est faite licencier, ou fermer sa gueule à coups de menaces, ou encore – ma préférée – effacer la mémoire récente au moyen d’un sédatif russe (les sédatifs russes font ça). Parce que vous comprenez, si l’on en venait à obtenir la certitude absolue, preuves à l’appui, que l’Enfer existe et que les gens pas sages y subissent une éternité de tortures, la réaction la plus logique des personnes au pouvoir serait de dissimuler l’information pour continuer leurs petites combines terrestres, afin d’être sûres de recevoir en temps voulu leur propre ticket pour le Royaume de Satan. Bon plan, Mikhaïl !

Ainsi s’est-on empressé de boucher l’entrée au moyen d’un gros couvercle en acier « demonproof » boulonné virilement à même le sol, comme ça on est tranquille, aucun démon ne pourra sortir par là.

Notez qu’un courant d’air venant de Sibérie ne doit pas être désagréable en Enfer.

Notez qu’un courant d’air venant de Sibérie ne doit pas être désagréable en Enfer.

C’est là qu’on voit que ça doit être un sacré bled l’Enfer, parce que s’il occupe de centre de la Terre et qu’on tombe déjà dessus douze kilomètres sous nos pieds, sachant que la Terre en mesure un peu moins de treize mille de diamètre, je vous laisse vous faire une idée de la taille de l’endroit. Ou alors c’est juste qu’il est situé très près de la Russie, comme ça c’est plus pratique pour Poutine.

À lire sur ce sujet : la page de « Tu mourras moins bête ».

Mines de Mirny, Sibérie itou

Ils en font, des trous, en Sibérie.

Staline croyait énormément en une doctrine qui disait « si c’est en Sibérie, c’est mieux ». Aussi, dans les années cinquante, l’exploitation d’un gisement de diamants sibérien est ordonnée par le petit père des peuples, ce qui déboucha sur les mines de diamants de Mirny, dont l’aspect général évoque une ville qui aurait des ennuis avec un ver des sables.

« Hey, ben voilà d’où venait le bruit bizarre de cette nuit ! »

« Hey, ben voilà d’où venait le bruit bizarre de cette nuit ! »

La grande majorité de l’année, le sol est glacé et les ouvriers emploient des réacteurs d’avion pour le dégeler ; heureusement, on compte quand même quelques petits mois de cette espèce de printemps-gag comme ils en connaissent en Sibérie, au cours desquels les mineurs se retrouvent à batifoler dans une boue abondante. En outre, selon votre angle de vue, l’endroit arbore des airs différents et vous renvoie une image variable, tel un kaléidoscope à cauchemars :

Le Puits de Tartarus, au fond duquel les derniers Dormeurs reposent avant l’avènement de la Seconde Aube.

Le Puits de Tartarus, au fond duquel les Dormeurs reposent avant l’avènement de la Seconde Aube.

Le Gouffre de Tiamat, où la divinité déchue planifie sa vengeance sur ses rivaux divins et leurs alliés humains.

Le Gouffre de Tiamat, où la divinité déchue planifie sa vengeance sur ses rivaux divins et leurs alliés humains.

La Faille d’en-dessous, d’où vous observe Ghatanothoa en attendant son heure.

La Faille d’en-dessous, d’où vous observe Ghatanothoa en attendant son heure.

De nuit, ils doivent bâcher tout le matériel pour éviter de le retrouver gelé le lendemain ; les hélicos évitent de survoler le site à cause des trous d’air qu’il génère.

Quoi qu’il en soit, en Russie, ils avaient compris quarante ans avant tout le monde que l’enfer était en Sibérie, et il n’y a même pas besoin de creuser douze kilomètres pour en avoir un aperçu à partir du moment où le camarade Staline veut ses diamants.

Guatemala

En 2010 la capitale du Guatemala, appelée « Guatemala City » – parmi tous les noms de capitales que j’ai appris à l’école, comment se fait-il que je ne me sois pas souvenu de celui-ci ? – s’est réveillée un beau matin avec une jolie surprise bien symétrique :

Déjà comme ça c’est angoissant, et pourtant nous ne sommes pas sur place pour entendre le clapotis lointain, les murmures inquiétants et les plaintes indistinctes.

Déjà comme ça c’est angoissant, et pourtant nous ne sommes pas sur place pour entendre le clapotis lointain, les murmures inquiétants et les plaintes indistinctes.

Comme vous le voyez, il s’agit d’un gouffre impressionnant, quoi que pas si profond que ça – trente mètres quand même, ce n’est pas rien mais après les douze bornes de tout à l’heure ça fait un peu mickey – qui a englouti un immeuble, heureusement désert à ce moment-là, de trois étages. Et croyez-le ou non, mais devant cette vision dantesque la réaction la plus courante parmi les locaux était de dire : « encore ? »

Parce que ça leur était déjà arrivé en 2007, cette fois-ci en faisant cinq victimes (ou trois, selon les sources). Si vous voulez la même chose chez nous, vous apprendrez que les prérequis sont conséquents ; en l’occurrence il a fallu combiner la tempête Agathe, une éruption volcanique, des routes très fatiguées et du travail de bras cassés au niveau des canalisations.

Bien entendu, son côté parfaitement cylindrique en a étonné plus d’un. Je vous passe les théories ennuyeuses parce que plausibles de ces géologues tristement rationnels pour passer à l’essentiel : les théories du complot. Il est évident que le hasard ne peut pas être tenu entièrement responsable, il a fallu la volonté et la planification sans raison aucune d’êtres intelligents pour arriver à une telle symétrie.

Si c’était arrivé en Suisse, vu notre mentalité, je suis sûr qu'il aurait été carré.

Si c’était arrivé en Suisse, vu notre mentalité, je suis sûr qu’il aurait été carré.

Au rayon des suspects donc :

Les Illuminati : un programme américain du nom de Haarp a été développé à des fins militaires et de prospection pétrolière. Une fois sur orbite, l’engin de mort a été testé à Guatemala City, deux fois en trois ans, à chaque fois en creusant des gouffres cylindriques et en faisant totalement disparaître la terre, parce que les lasers américains font ça.

Les Reptoïdes : un satellite américain, développé à des fins militaires ET pétrolières ? Et pourquoi pas sataniste tant qu’à faire ? Pourquoi les USA auraient-ils creusé un trou à GC ? Allons, soyons sérieux : ce trou a été pratiqué par les extra-terrestres pour y faire passer leurs vaisseaux.

Toute la beauté du monde – III

Publié: 25 juin 2014 dans Géo

Il serait dommage, alors que l’été bat son plein (pauvre plein) et que beaucoup songent voyages et vacances, de ne pas nous intéresser à nouveau à ces endroits pittoresques et abominables qui vous tendent leurs maigres bras blafards en vous souriant de tous leurs crocs.

Parce qu’il existe sur Terre des lieux que l’on imagine moins aptes à abriter des êtres humains que des fillettes blêmes vêtues de linceuls et aux longs cheveux noirs, raides et mouillés leur cachant le visage, par exemple ; des lieux où, paranormal ou non, il ne faudra pas longtemps à votre cerveau pour vous convaincre qu’ils sont bel et bien hantés si vous deviez vous y retrouver isolé.

Ce que je ne vous souhaite pas. Quoi qu’objectivement, si vous avez vraiment tenu à vous isoler dans ces lieux, je pense que vous n’avez qu’à assumer.

Et comme tout est toujours mieux avec un thème, cette semaine, ça sera la Mort. Comme chaque semaine.

L’ossuaire de Sedlec, République Tchèque

En 1278, un abbé revient de Terre Sainte en charriant une poignée de terre du mont Golgotha qu’il répand sur le cimetière de la petite ville de Sedlec. Le lieu obtient instantanément la réputation d’assurer le repos des morts, parce qu’une foi sincère en l’Évangile gagne toujours un petit quelque chose lorsqu’elle est mêlée à une superstition sortie de nulle part.

Une peste noire, quelques croisades et beaucoup de notoriété plus tard, le cimetière du petit patelin est plein à craquer, plus de quarante mille personnes y reposent en paix, probablement mieux qu’elles ne l’auraient fait ailleurs.

Puis un jour, vers 1870, le prêtre des lieux contemple les fosses remplies d’ossements en se disant qu’il faudrait faire quelque chose.

À commencer par un chandelier.

À commencer par un chandelier.

On fit appel à un sculpteur et roulez jeunesse : des semaines durant, des petits doigts de fées s’agitèrent et les os furent blanchis, assemblés et bichonnés jusqu’à donner à l’édifice ce petit côté « temple de la damnation éternelle » toujours passe-partout dans un lieu saint.

Outre le terrifiant chandelier, tout ici-bas est fait à base de restes humains hérités des guerres médiévales et des grandes épidémies, le mobilier comme la décoration, les murs, les colonnes, les arches et même un blason à l’entrée.

Ça ne se voit pas à l’œil nu, mais des autels dédiés à Satan, Seth et Tiamat ont aussi été édifiés à partir des âmes des morts.


Ça ne se voit pas à l’œil nu, mais des autels dédiés à Satan, Seth et Tiamat ont aussi été édifiés à partir des âmes des morts.

Aujourd’hui vous pouvez bien sûr visiter le site, qui est une des attractions touristiques de la région avec le Musée de l’Abîme, la Colonne Spectrale et le Mausolée d’Aborrh’Tetra-Agonis. Et les amateurs de sensations fortes peuvent même choisir de passer de nuit pour en rajouter une couche niveau ambiance, mais feront alors la queue derrière les gothiques, les cultistes de Cthulhu et les nécromanciens.

Caves de Kabayan, Philippines

Fin du siècle dernier, des bûcherons philippins travaillant sur le flanc d’une montagne jusque-là peu exploitée tombent sur une énigmatique anfractuosité donnant sur une grotte mystérieuse.

Normalement, si l’on en croit la culture populaire, les choses auraient dû se passer ainsi : d’abord, les bûcherons échangent, à voix basse et en philippin, des considérations angoissées non sous-titrées ; l’un d’eux tente alors quelques pas, timidement suivi par ses collègues à cinq mètres derrière lui, tandis que la musique et les plans de caméras induisent qu’il va s’en manger une avant peu. S’en suit une sorte de fausse alerte, au terme de laquelle le bonhomme de tête laisse échapper un soupir de soulagement en voyant un chat détaler. Alors, les yeux toujours rivés sur minet, il s’apprête lentement, très lentement, à reprendre la marche, prenant bien soin de tourner la tête en dernier, et enfin finit par poser son regard devant lui, à peu près où se trouve la caméra. C’est là qu’il pousse un abominable hurlement tandis que l’image zoome sur son visage tordu par la terreur et l’exagération. La scène suivante nous montre ses collègues horrifiés se précipiter dans la jungle en répétant un mot inintelligible aux accents de malédiction antique.

Ensuite, et seulement ensuite, intervient un personnage important : le Blanc.

Ensuite, et seulement ensuite, intervient un personnage important : le Blanc.

Mais là, non. La réalité dépasse parfois la fiction dit-on, et en l’occurrence… non-plus. Que dalle, ils sont juste entrés, ont vu des crânes, des os, des restes humains très anciens, ainsi que d’étranges boîtes en bois et se sont dit « hey, je me demande ce qu’il y a dans ces boîtes ! » avant d’entreprendre d’en ouvrir une.

On pensait qu’ils y trouveraient une mort atroce, à la place ils découvrirent un mort atroce :

 Je ne sais pas si je les trouve terrifiants ou mignons.


Je ne sais pas si je les trouve terrifiants ou mignons.

Ils venaient de tomber sur une chambre funéraire Ibaloi, vestige d’un peuple qui aurait vécu dans le nord des Philippines pendant un peu plus de trois mille ans et dont les momies dateraient du treizième au seizième siècle. Les Ibaloi prenaient soin de leurs morts en fumant leurs corps comme des jambons pendant des mois afin d’en retirer toute la flotte tout en préservant les organes internes, avant de les plier je ne sais comment pour les faire rentrer dans ces bébés cercueils. Et le procédé commençait même avant le décès, puisque les mourants buvaient une abominable boisson salée avant d’y passer.

Les Ibaloi croyaient à la résurrection et par conséquent voulaient que les âmes des morts puissent réintégrer un corps en plus ou moins bon état, ce qui soulève plus de questions que ça n’amène de réponses. Dans tous les cas c’était une religion comme une autre et, qui sait, peut-être que ces mecs avaient raison et qu’un jour, au son des trompettes du Jugement Dernier, d’innombrables œufs de bois écloront en grinçant sur de petits corps momifiés, vous tendant leurs mimines toutes sèches en essayant d’articuler tant bien que mal qu’ils auront besoin de votre aide pour s’extirper de là.

« Merci ! Un bisou ? »

« Merci ! Un bisou ? »

Actuellement, certaines des momies sont exposées dans des musées tandis que d’autres ont été soigneusement remises à leurs places, sous une certaine surveillance pour mettre fin à cette tendance qu’avait une partie de la population locale à aller désacraliser ces chambres, voler les momies et tagger les corps et les cercueils.

En tous cas, s’il y a une chose qu’on a apprise aujourd’hui, c’est qu’il y avait bien des méthodes de momification de par le monde et que les Philippins ne s’en sortaient pas si mal. Après tout, leurs morts, ils les pliaient pour qu’ils ne prennent pas trop de place, les cloîtraient dans une boîte qu’ils allaient planquer dans une grotte, au moins vous ne les aviez pas sous le nez… Vous imaginez s’ils les avaient laissées au su et vu de tous, comme ça, dans tous les coins ?

Non ?

Les momies suspendues, Papouasie Nouvelle Guinée

Il y a un proverbe qui dit « il y a toujours pire dans les îles du Pacifique ».

Il existe en Papouasie Nouvelle Guinée une tribu appelée les « Kuku Kuku » (Kuku tout court était déjà pris en Afrique) (ce qui ne facilite pas les recherches) dont les traditions voulaient que les morts soient fumés et exposés bien à la vue de tous, et vous auriez tort de vous laisser abuser par l’imparfait de ma phrase, ces traditions ont toujours cours aujourd’hui.

Ça a autrement plus de gueule qu’une urne !

Ça a autrement plus de gueule qu’une urne !

C’est juste qu’ils choisissent parfois un enterrement Chrétien, mais la momification reste à la mode chez les Kuku Kuku. Là aussi, ils commencent par fumer le corps pendant un bon moment au cours duquel les proches, humidité des lieux oblige, accélèrent le processus de déshydratation en massant et frappant régulièrement le mort à l’aide d’un couteau de bambou. Ensuite, ils évacuent les organes du décédé à l’aide d’un procédé appelé, si je le traduis mot à mot, le « fausset rectal », ce qui n’est pas vraiment clair mais je pense qu’on peut tous se faire une idée. Un mois après le décès, le corps est accroché comme une guirlande dans le voisinage direct et c’est joli comme tout.

« Kuku tout le monde ! »

« Kuku tout le monde ! »

De fait, les momies chez ces types sont un peu comme les stars chez nous, elles ne se retirent jamais complètement de la vie publique ; on les garde pour décorer le village ou le salon, pour égayer les gens et veiller sur eux. C’est assez sympa finalement, mais ça ne nous fait pas oublier pour autant cette histoire de fausset rectal.

Les cénotes de Chichen Itza, Mexique

Ancien territoire Maya, la cité de Chichen Itza dans le Yucatan regorge de cénotes, ces bassins d’eau cristalline qui figurent assurément dans le top 5 de nos définitions du paradis terrestre.

L’une d’entre elles, nommée « Calavera » est spécialement grande et majestueuse ; à l’époque, les Mayas y balançaient divers ornements, armes, morceaux de jade, métaux précieux et êtres humains en offrande à Chaac, le dieu de la pluie, ce qui fait qu’aujourd’hui encore, lorsque vous nagez dans ses eaux claires et que vous vous rapprochez du fond, vous finissez par tomber nez-à-cavité nasale avec ça :

Et ça.

Et ça.

Ah, et puis ça.

Ah, et puis ça.

Ce que je veux dire, c’est qu’à ce moment-là, lorsque vous prenez conscience que vous n’êtes pas complètement seul, si un poisson passe à votre niveau et vous effleure la jambe, quelle que soit la matière dont sont faites vos tripes, quelles que soient vos expériences, vos combats et votre badassattitude, je suis convaincu que vous laisserez, vous aussi, votre petite offrande au vieux Chaac.

Les falaises du peuple Bo, Chine

(Parce que c’est Bo la Chine.)

Il y a, quelque part dans l’immensité de l’Empire du Milieu, une province bien jolie et très ancienne où l’on trouve notamment des falaises spectaculaires :

Vous voyez que je me suis pas foutu de vous ; elle est pas belle, ma falaise ?

Vous voyez que je me suis pas foutu de vous ; elle est pas belle, ma falaise ?

Ces lieux étaient habités par le peuple Bo, une ethnie qui a disparu sous les coups de lattes de la dynastie Ming vers la fin du moyen-âge. Cette peuplade était surtout connue pour s’être demandé un jour quelle était la façon la plus compliquée et dangereuse de prendre soin d’un mort, et ils l’appliquèrent à la lettre. Ça donne ça :

En cas d’apocalypse zombie, cette province part avec un net avantage.

En cas d’apocalypse zombie, cette province part avec un net avantage.

Oui, ces gens-là accrochaient leurs cercueils – ou en tous cas certains – directement à la paroi, à l’aide d’une méthode qui demeure un mystère (sans doute les extraterrestres). Et ils y tenaient : les descendants du peuple Bo, en émigrant dans d’autres lieux d’Asie après s’être fait fesser par les Ming, importèrent cette tradition avec eux, ce qui fait qu’il existe d’autres ravins-nécropoles similaires dans des pays voisins.

Sur les quelques milliers de cercueils initiaux, seuls quelques petites centaines n’ont pas été fichus à bas par les pluies et l’usure du temps, ce qui veut dire qu’outre les chances de vous prendre une tombe sur la figure en vous baladant dans le secteur – ce qui est une mort honorable selon les gothiques – vous pouvez aussi vous attendre à trouver des ossements de-ci de-là. Vous le saurez assez vite si vous avez un chien.

Vacances de rêve

Publié: 18 juin 2014 dans Géo
Ce genre de rêves

Ce genre de rêves

Savez-vous qu’on a enfin rétabli la peine de mort à l’encontre des enfants aux Maldives ? Ça fera de quoi meubler quand vous y serez, parce que quinze jours sur votre île à faire de la plongée et de la bronzette, vous allez finir par trouver le temps long. Une petite pendaison ou une séance de coups de fouet devrait vous dépayser, et puis ça serait dommage d’aller jusque là-bas sans vous intéresser à la culture locale.

Seulement voilà, c’est loin et c’est cher. Et aussi, peut-être, vous n’avez pas envie de donner votre argent à des intégristes qui dégomment des femmes et des enfants, parce que vous n’êtes pas ouvert aux autres modes de vie. Il doit bien y avoir des moyens de se divertir à l’étranger sans que ça implique des enfants morts.

Et vous avez raison ! La Terre est un endroit vaste, le tourisme un secteur important et rares sont les barrières morales que quelques billets de banque ne peuvent jeter à bas. Alors, pour ces prochaines vacances, si vous recherchez une expérience propre à imposer une impression forte ainsi qu’un silence gêné lorsque vous en parlerez à la rentrée, pourquoi ne pas envisager une des solutions suivantes ?

Tour des Favelas

Si vous avez aussi senti une désagréable piqûre de jalousie à l’idée que les favelas brésiliennes étaient réservées aux pauvres, sachez qu’à Rio de Janeiro on a, comme toujours, œuvré pour la justice et l’équité.

Vous avez la justice au premier plan et vous pouvez voir l’équité se répandre dans le fond.

Vous avez la justice au premier plan et vous pouvez voir l’équité se répandre dans le fond.

Par contre il est possible que l’activité ait subi une métamorphose très récemment, au vu de l’effort du pays pour ranger ses pauvres à l’arrivée du mondial de foot – on ne peut pas avoir une coupe du monde et des favelas – mais j’ai bon espoir qu’avant peu la misère triomphera à nouveau dans les rues de la capitale.

Cinquante dollars, dont une petite partie va aux pauvres (ou ceux qui les représentent), et vous avez la journée pour vous balader tranquillement dans les ruelles et visiter les taudis comme des musées, goûter à la cuisine locale et toucher des vrais pauvres. Une aventure dépaysante et enrichissante qui illustre très bien la différence entre vacances et émigration. Presque autant qu’en Valais.

Et pas de danger : la sécurité est assurée par les cartels de drogues, qui postent des hommes armés aux endroits clés.

Il n’empêche que cette expérience nous montre que lorsque la pauvreté crève le plafond dans un pays, elle suit une sorte de cycle qui, à terme, mène à la création de nouvelles niches de marché et d’activités rémunérées, ce qui est un merveilleux message d’espoir pour l’avenir.

Nager parmi les crocodiles

Si vous vous rendez souvent en Océanie, il y a fort à parier que vous mourrez sous les crocs d’un des innombrables Avatars de la Mort qui composent la faune australienne et que vous en êtes conscient.

Sachant cela, pourquoi ne pas vous en offrir un avant-goût en allant provoquer un crocodile marin directement dans son élément ? C’est ce qui vous est aimablement proposé à Darwin – dont le nom devrait résonner comme une mise en garde – où vous attend la « Cage of Death » – même remarque – dans le « Crocosaurus Cove » et non, ce n’est pas un repaire de méchant de cartoon.

Communion entre l'homme et la nature.

Communion entre l’homme et la nature.

Paré de votre équipement de plongée, vous vous immergez près d’un crocodile marin dans une cage en plexiglas blindée et bien évidemment transparente à laquelle ont été préalablement accrochés des morceaux de barbaque, afin d’être sûr que le reptile fasse l’association d’idée « touriste=repas ». Comme celui-ci est déjà bien énervé parce que vous êtes quand même en train d’envahir son territoire, il tente en vain de vous ajouter au menu, n’y parvient pas et monte dans les tours. Vous avez quinze minutes pour vous payer sa tête, à moins qu’il ne se la joue « pieuvre » et trouve un moyen d’ouvrir la porte entretemps, ce qui finira bien par arriver.

Câlin !

Câlin !

Ce qui est déjà arrivé par contre, c’est que le câble cède et que la cage aille percuter le fond du bassin en criant « à table ! ». Mais le plexiglas a tenu bon, ce coup-ci, et les occupants n’ont passé que deux minutes sous l’eau, qui ont dû paraître relativement longues.

Tuer des animaux au lance-roquettes

( ↑ Je vous laisse une seconde pour assimiler l’information.)

Voici à peu près tout ce que je sais sur le Cambodge :

Bon, j’exagère. Mais pas tant que ça. Sincèrement, la première chose qui me vient à l’esprit quand je pense au Cambodge, c’est qu’à la mort de Pol Pot ils ont fait cramer son corps avec des ordures et des pneus et oh mon Dieu, comment puis-je exprimer l’ampleur de mon adoration envers un peuple qui traite un dictateur comme un solide tas de merdes bon à faire flamber comme une vulgaire platée de taren…

*Déglutit avec peine*

*Déglutit avec peine*

Attendez, ces gens-là mangent des tarentules ? Quelle horreur ! Est-ce qu’on leur a dit que chez nous on ne fait pas ça du tout ?

Bref. Voici un truc que vous ne saviez peut-être pas sur le Cambodge : c’est pété de stands de tir. Notamment, on en trouve un qui vous propose des cibles mouvantes. Et « mouvantes », en l’occurrence, rime avec « vivantes ». D’abord vous sélectionnez votre arme parmi un vaste arsenal qui fleure bon l’ancien régime, puis vous optez pour le type de cible. Pour quinze dollars, par exemple, vous pouvez défourailler à l’AK-47 sur une poule.

Pour rajouter au côté authentique de la chose, sachez que les armes qu’ils vous louent ont servi à tuer des moines et des civils durant les purges de Pol Pot.

Pour rajouter au côté authentique de la chose, sachez que les armes qu’ils vous louent ont servi à tuer des moines et des civils durant les purges de Pol Pot.

Et pour 400 dollars, vous pouvez tirer une roquette sur une vache. C’est un peu extrême me direz-vous, mais soyez rassuré : si vous ratez votre cible, ils vous remboursent la moitié. Sinon c’eût été immoral.

La Randonnée de la Mort

Je n’ignore pas que parmi vous se trouvent des personnes pour qui de bonnes vacances ne doivent pas nécessairement inclure des relents de dictature, des animaux éparpillés ou des prédateurs humiliés. Vous êtes nombreux, en effet, à ne vouloir mettre qu’une seule vie en danger : la vôtre.

C’est parce que vous êtes des gens responsables.

C’est parce que vous êtes des gens responsables.

Eh bien faites vos valises, vous partez pour la Chine !

C’est en effet dans l’Empire du Milieu que se dresse le Mont Huashan, l’une des cinq montagnes sacrées du pays, laquelle formerait la randonnée la plus mortelle de la planète, avec une centaine de personnes qui y cassent leur pipe chaque année selon diverses estimations.

Cela (si c’est vrai) pour une raison bien simple, à savoir la prolifération de falaises vertigineuses combinée à une solide dose de « made in China » :

L’inscription signifie « vous feriez mieux de faire attention où vous mettez les pieds au lieu de lire ceci ».

L’inscription signifie « vous feriez mieux de faire attention où vous mettez les pieds au lieu de lire ceci ».

Quelques planches, des chaînes, une poignée de clous, un demi rouleau de scotch, une prière et c’est tout bon, la route est à vous ! Douze kilomètres de mort imminente à faire le funambule sur des bouts de bois fixés à l’arrache et des ponts sans rambardes surplombant l’abyssale mâchoire du vide béant vous appelant de toutes les forces de la gravité, ça c’est des vacances !

Et lorsque vous fuserez vers le sol, vous trouverez sans doute que la situation n’en manque pas, de gravité.

Et lorsque vous fuserez vers le sol, vous trouverez sans doute que la situation n’en manque pas, de gravité.

Selon la légende, un temple au sommet vous prodiguera l’immortalité. Et selon le Christianisme, c’est plutôt durant le trajet que vous accéderez à la vie éternelle. L’avantage de cette ascension, c’est qu’elle ne se prend pas la tête avec ces histoires de sécurité, de harnais, de sangles, de baudriers ou de mousquetons, autant d’encombrants objets qui font obstacle à la spontanéité nécessaire à de vraies vacances. Vous y allez plus ou moins comme vous l’entendez, et yolo !

Ah, et en parlant de yolo…

Saut à l’élastique dans un volcan

Ça veut bien dire ce que ça veut dire.

C’est au Chili que vous trouverez le saut à l’élastique le plus cher au monde, qui vous propose pour plus de douze briques de vous laisser tomber depuis un hélicoptère droit dans l’enfer bouillonnant d’un lac de lave en fusion tout au fond d’un volcan.

En cas d’accident, les frais d’incinération sont couverts.

En cas d’accident, les frais d’incinération sont couverts.

Parce que vous comprenez, un bête bungee, en cas de problème, vous vaudra juste de vous écraser au sol, en envoyant le morceau d’élastique attaché au pont droit dans la couenne du salaud qui filmait pour Youtube. Et comme on l’a vu dans un précédent billet, la chute n’est même pas forcément mortelle.

La lave, par contre… Vous savez à quoi ressemblera votre mort si ça foire ? Non ? Regardez :

Le bonhomme a balancé l’équivalent d’un corps humain en chair et os d’animaux dans de la lave et, comme on peut le voir, si votre élastique cède, les gars dans l’hélico jouiront d’un spectacle assez impressionnant.

Dans le cas contraire, c’est vous qui profiterez du panorama en mangeant du vent et en écoutant le bruit du sang qui vous monte à la tête, parce que l’hélicoptère ne dispose d’aucun moyen pour vous ramener à bord et doit vous trimbaler ainsi jusqu’à l’aéroport.

La Terre, cette inconnue

Publié: 2 avril 2014 dans Géo

Savez-vous que l’on a décelé, à quelque 26’000 années-lumière de notre planète, un immense nuage moléculaire constitué uniquement d’alcool ? Et qu’au vu de sa composition, les scientifiques peuvent même nous certifier qu’il aurait un goût de rhum framboise si on le consommait ?    

    

Si vous avez assez mauvais goût pour apprécier une mort-subite framboise, sachez que 10 millions de millions de millions de litres d’une horreur comparable vous attendent vers le centre de la galaxie (qu’on devrait peut-être arrêter d’appeler « voie lactée »).

Si vous avez assez mauvais goût pour apprécier une mort-subite framboise, sachez que 10 millions de millions de millions de litres d’une horreur comparable vous attendent vers le centre de la galaxie (qu’on devrait peut-être arrêter d’appeler « voie lactée »).

C’est précisément l’endroit où les dieux viennent se camphrer la ruche (et c’est Mahomet qui conduit pour rentrer), mais finalement, l’étonnant n’est pas que ça existe, mais plutôt qu’on s’en soit aperçu : l’univers, après tout, est tellement immense que même lorsque vous faites des efforts insensés pour imaginer quelque chose d’absolument improbable, il y a finalement plus de chances que cela existe au moins quelque part que pas du tout.

Par exemple.

Mais comme je le disais, le miracle n’est pas que l’univers soit si grand, mais qu’on soit parvenu à en prendre conscience. Pour tout ce qui ne sert à rien, on est vraiment des cadors. Le tue l’amour, par contre, c’est lorsque l’on réalise qu’on sait qu’il y a de la picole en puissance à des années-lumière d’ici, mais qu’on ignore certaines choses, pourtant assez énormes, juste sous nos pieds.    

Les grottes de Naïca, Mexique    

    

Situées au Mexique à quelque 300 mètres sous le niveau de la mer, les grottes de Naïca contiennent les plus gros cristaux recensés sur Terre, dépassant pour les plus grands les dix mètres de haut et le mètre de large, et pouvant peser jusqu’à cinquante tonnes. Elles furent découvertes lorsque les propriétaires de mines de métaux situées dans les environs y firent pomper l’eau de mer afin de dégager des passages.    

    

Le coin est néanmoins dangereux, à cause de la température qui avoisine les 45 degrés et du taux d’humidité qui flirte avec les 100%, ce qui est beaucoup (ça valait bien la peine d’assécher). Ces conditions sont dues à la présence d’une chambre de magma située sous la grotte, provoquant de nombreux dégagements de soufre et de calcium. Concrètement, l’humidité augmente fortement l’impression de chaleur, ce dont on se passe volontiers à 45 degrés à l’ombre.    

    

Et de l'ombre, il n'y a que ça !

Et de l’ombre, il n’y a que ça !

Ajoutez tout le micmac chimique et vous obtenez des conditions qui vous laissent entre cinq et dix minutes avant que l’humidité ne se condense dans vos poumons, occasionnant une gêne respiratoire croissante. Et si vous avez des superpoumons qui empêchent la condensation de l’eau, de toute façon votre cerveau ne dispose pas de beaucoup plus de temps avant de perdre sa lucidité, chose dont vous aurez pourtant besoin dans une grotte sous-marine escarpée, surchauffée, glissante, obscure, méconnue et parsemée de durs cristaux pointus.    

    

Même à l’aide de combinaisons spécialisées, les scientifiques qui étudient ces lieux peuvent y rester au maximum une cinquantaine de minutes. Et comme la grotte sera à nouveau immergée lorsque les mines ne seront plus exploitées, on ne dispose que de quelques années pour mener les recherches à bien.    

    

Attention les gars, vous ne pouvez rester que quelques minutes, et on ne dispose que de quelques années.

« Attention les gars, vous ne pouvez rester que quelques minutes, et on ne dispose que de quelques années. »

En dépit de l’intérêt scientifique et touristique, les grottes de Naïca exercent aussi une attirance sur la population locale dans le sens où, ben, c’est le Mexique, on y trouve pas mal de gens fauchés à qui un petit cristal de dix tonnes arrondirait bien les fins de mois. C’est ainsi que plus d’une fois les accès furent retrouvés forcés et que quelques bouts de cristal manquent à l’appel. L’expédition s’est même avérée fatale pour un malheureux, retrouvé écrasé par le bloc qu’il détachait du… plafond.         

Quand on vous dit que ça influe sur votre lucidité !    

    

Les Cavernes de Chongquing, Chine    

    

La Chine est un pays tellement immense que personne ne reprochera à ses habitants d’avoir parfois haussé les épaules devant certaines vallées en soupirant « bon, merde, c’est probablement juste encore des arbres et de la caillasse. » Aussi, il n’y a pas plus de quelques mois, le second plus grand réseau de grottes au monde, derrière des cavernes en Malaisie, a été découvert dans la province de Chongquing que vous connaissez tous. Des caves si immenses qu’elles disposent de leur propre microclimat. Voyez plutôt :    

    

Les explorateurs expliquent que pour préparer la prise de cette photo, ils devaient murmurer dans des talkie-walkie faute de quoi ils étaient pris dans un maelstrom d’échos chaotiques.

Les explorateurs expliquent que pour préparer la prise de cette photo, ils devaient murmurer dans des talkie-walkie faute de quoi ils étaient pris dans un maelstrom d’échos chaotiques.

         

Les atteindre n’a rien de reposant, ce qui explique pourquoi ils ont mis tellement de temps à les découvrir : il faut compter des passages d’escalade, de longs moments de nage dans des boyaux inondés, des traversées de précipices à l’aide de cordes et une exploration minutieuse des nombreux boyaux rocheux, le tout dans un endroit qui n’a jamais vu la lumière. Et je ne vous parle pas du boss de fin.    

    

    

Mais une fois à l’intérieur, pardon ! Des vallées dans des grottes dans des vallées, avec leurs propres forêts, rivières et nuages, précipices et trous béants, son microclimat, ses endroits qui ont vu passer moins d’hommes que la lune, qui n’ont jamais connu la civilisation, voire la lumière…    

    

Bref, la Chine vient de se découvrir une Suisse-Allemande rien qu’à elle !    

    

Des volcans, des volcans partout !    

    

Au chapitre des bonnes nouvelles, les trucs toujours sympas à découvrir juste à notre porte, ce sont les volcans ; c’est comme trouver un obus dans son jardin, mais pour tout le monde. En revanche, les probabilités qu’une éruption cataclysmique ait lieu de notre vivant sont si minces que finalement, la meilleure réaction lorsque l’on en découvre un consiste encore à s’en foutre. Ça s’appelle « la méthode Pompéi ».    

    

Et ça fonctionne très bien.

Et ça fonctionne très bien.

    

Et bien ces derniers temps, on en a découvert trois, ce qui est pas mal.    

    

Le premier se situe à un gros millier de kilomètres du Japon, pays déjà tellement condamné par la pléthore de plaques tectoniques, de failles sismiques et de machins géologiques sur lequel il fait son funambule que finalement, un volcan de plus ou de moins passe tout simplement inaperçu. Ou passerait, si celui-ci n’avait pas une petite spécialité : pour en trouver un plus gros, c’est sur Mars qu’il faut chercher. Le plus balèze des volcans en activité connus sur Terre ne formerait que 2% de la masse de celui-ci.    

    

Relax cela dit : il fait dodo. Un gros, gros dodo. Je ne sais pas s’il faut dire heureusement, encore une fois un volcan de plus au Japon, c’est juste une balle perdue supplémentaire en direction de l’ambulance, un maigre risque additionnel d’arriver à un temps où les Japonais évoqueront Hiroshima ou Fukushima comme étant « le bon vieux temps », celui où ils avaient un pays.    

    

Allez un autre : aux Etats-Unis, plus précisément dans le parc de Yellowstone, au Montana, on ne s’est pas contenté de découvrir un volcan : on a découvert un supervolcan.    

    

Super !

Super !

    

Je vous épargne les théories évasives et contradictoires ponctuées d’hésitations et de raclements de gorge de volcanologues incertains pour arriver à l’essentiel : ça pourrait très bien entrer en éruption (et balancer plus de trois cents kilomètres cube de matière dans les airs), mais ça pourrait aussi tout à fait ne pas entrer en éruption, et sérieusement, pourquoi ces mecs-là répondent-ils à la question s’ils ne savent pas ?    

    

Au moins, tous les experts sont d’accord sur un truc : si ça devait arriver, on ne serait pas à la fête. Sauf en Russie. Et en Chine. Et probablement en Iran. Ah, et la Corée du Nord serait contente aussi. Jusqu’à ce que le nuage dégagé n’entoure totalement la Terre pour bloquer les rayons du soleil et que tout le monde y passe.    

    

Moralité : les Etats-Unis emmèneront toute la fichue planète avec eux. Rien qui ne nous étonne franchement, non ?    

    

Et le troisième ? Et bien le troisième, il est sous une gigantesque couche de glace en Antarctique.    

    

Et celui-ci, au moins, les spécialistes opinent tous du chapeau : il est totalement actif, la seule incertitude consiste à savoir quand il va nous péter au blair. L’événement ne sera toutefois pas suffisant pour satelliser toute la calotte glaciaire, mais on peut se faire une idée assez précise de l’effet d’un énorme coup de chaud à la base d’une titanesque couche de glace : on fait ça depuis des décennies.    

    

Le Monde Perdu, Australie    

    

Au nord de l’Australie s’étend un vaste territoire forestier cerclé d’à-pics vertigineux, de gouffres sans fond, de falaises béantes et de ravins escarpés dont l’impossibilité d’accès et l’incommensurable dimension de notre méconnaissance renvoie sans détour aux cauchemars des plus impitoyables aventures de Spirou et Fantasio.

« Hein ? Ah. »

« Hein ? Ah. »

    

Une zone effectivement si peu accessible et si reculée qu’elle fut tout simplement oubliée, ou en tout cas négligée, jusqu’en 2013 où une petite équipe de scientifiques s’y rendit en hélicoptère, probablement après avoir vu le tuyau dans « Jurassic Park ».    

    

C’est ainsi que les zigues se retrouvèrent dans un endroit totalement inconnu de l’homme et si coupé du reste du monde par sa curieuse formation géologique ainsi que d’anciens éboulements que toutes les espèces qui y vivent ont adopté un schéma d’évolution légèrement différent de leurs cousins « hors-zone ».    

    

En un petit mois, les explorateurs rapportèrent des clichés de trois espèces animales totalement inconnues :    

    

Chou non ?

Chou non ?

    

Ah pardon : j’avais oublié qu’on parle de l’Australie :    

    

Mieux.

Mieux.

    

Car oui, cette nouvelle aurait pu être charmante dans n’importe quel endroit du monde, mais en Australie, où la faune et la flore tout entière vous hait personnellement, elle adopte plutôt la forme d’une extension d’un jeu vidéo hardcore, ou une suite dispensable à une série de films d’horreur déjà pourtant bien complets.    

    

Blagues à part, réjouissons-nous et préparons les fûts de plutonium, les déchets chimiques et les montagnes de plastique : il reste des zones encore totalement ignorées de l’homme !

 

Vous savez, il faut arrêter de brandir les bannières et sonner du cor lorsqu’on parle de l’impact de l’homme sur son environnement. L’Humain, cet être suprême, intelligent, brillant, qui sent si bon, est trop capable, trop présent sur Terre pour filer complètement droit.

Nous influons sur l’équilibre naturel des choses ? Certes, mais l’âne, qui broute respectueusement dans son pré, est-ce qu’il se dit « c’est chouette, je suis en symbiose avec la nature » ? Non. L’âne broute sans penser à rien parce qu’il est con. Gentil, mais con.

Cela ne serait arrivé à aucun d'entre vous, et à n'importe quel âne.

Tsssss…

Nous, nous devons composer avec une intelligence nous donnant des moyens qui sont autrement plus complexes à gérer que ceux dont dispose Bourriquet. Mais quelle que soit la béchamel qu’on prépare aux générations futures, il y a un truc qu’on ne pourra pas nous reprocher : c’est d’avoir fait exprès.

Je ne crois pas que ça soit une excuse valable par contre ; lorsque nos petits-enfants nous adresseront leurs reproches, nous serons bien empruntés pour trouver quelque chose à leur répondre. Alors on fera semblant de ne pas avoir compris, à cause du masque à gaz.

Dans les faits, il faut bien admettre que la Terre devient tellement dégueulasse qu’elle va bientôt se mettre à polluer l’espace qui l’entoure ; pourtant, concrètement, nous ne sommes, vous et moi, pas tant à blâmer que ça. Nous sommes des gens honnêtes, rendus sensibles à l’écologie par l’information, le sens des responsabilités et la taxe au sac.

Alors, où est-ce que ça coince ? Et bien voyez-vous, pour chaque bouteille en PET, boîte de conserve ou morceau d’alu que vous et moi recyclons, il y a, quelque part dans le monde, un ou plusieurs types qui consacrent toute l’énergie possible à trouver LE truc qui soit à la fois complètement absurde et écologiquement catastrophique.

La Grande Barrière de Pneus Morts

En 1950, quelque chose d’inexplicable se passa dans la tête d’Ed Filbin : il devint intimement convaincu qu’avant peu, les pneus acquerraient une valeur incalculable.

Où est-il allé chercher cette conviction ? Personne n’en a ne serait-ce qu’une vague idée. Toujours est-il que le bonhomme posa patiemment les galons de sa future fortune en procédant à une impressionnante récolte de pneus qu’il entassa sur un terrain à lui en Californie ; en résulta la montagne de pneus de Westley, que personnellement j’aurais plutôt nommée le Mont Saint-Michelin :

Un pneu, beaucoup...

Un pneu, beaucoup…

Filbin, qui qu’il fut, était homme à aller au fond des choses, à tel point qu’en 1955 son terrain comptait déjà quelques 42 millions de pneus qui n’attendaient plus que d’être changés en or. Pour Ed, tout était prêt ; ne manquait plus que le petit détail qui allait en faire l’homme le plus riche du monde en précipitant l’Ère du Pneu.

Tout est en place ; plus qu’un miracle et c’est la fortune.

Tout est en place ; plus qu’un miracle et c’est la fortune.

Trente ans plus tard, rien n’avait vraiment changé mais je suppose que cette information était dispensable. Peu à peu gagnées par le sens commun, les autorités sanitaires du coin commencèrent dès les années 80-90 à s’intéresser au phénomène Filbin et plusieurs recommandations furent adressées à ce dernier, qu’on pouvait traduire par « get rid of that gigantic pile of shit ». Ce fut le début des difficultés pour l’ami Eddy qui dut commencer à vendre sa précieuse manne à perte, faisant les affaires d’un incinérateur établi juste à côté.

Au fil du temps et des emmerdes, les rêves ouatés de succes-story de Filbin tournaient peu à peu à la lourde somnolence d’un malade en pleine fièvre délirante, mais personne n’ira le plaindre tant il est vrai qu’on n’imagine que difficilement comment l’œuvre d’une seule vie pourrait s’avérer plus nuisible et cradingue que la sienne. Et bien entendu, vous vous doutez que l’histoire ne s’arrête pas là ; une vérité fondamentale de l’existence est que « ce qui doit arriver arrive », surtout lorsque les décennies s’enchaînent.

« Qu’est-ce qu’on parie que j’arrive à toucher le Dunlop slick du milieu ? »

« Qu’est-ce qu’on parie que j’arrive à toucher le Dunlop slick du milieu ? »

En 1999, la Montagne de Caoutchouc Glauque fut frappée par un éclair et s’enflamma comme une torche, parce que figurez-vous que Filbin n’avait pas respecté les consignes de prévention d’incendie ; lui qui avait gardé la foi pendant des dizaines d’années, poursuivant son rêve en dépit des obstacles et du bon sens, il se retrouvait soudainement avec pour toute récompense le plus sinistre des Mont Sinaï jamais imaginé, ainsi qu’un certain nombre de commandements enfreints, tel un malheureux Job dans sa version « l’idiot du village », qui n’aurait besoin de personne pour brûler sa ferme et ses biens.

Buisson ardent

Buisson ardent

Complètement dépassées, les forces des pompiers s’avouèrent rapidement incapables de maîtriser le sinistre et il fut décidé de le laisser s’éteindre tout seul, parce que pas le choix. Devant l’ampleur de la guigne, on se doutait bien que le feu ferait rage durant des jours.

Il dura plus d’un mois.

La voiture au premier plan est immobile car elle a crevé.

La voiture au premier plan est immobile car elle a crevé.

La Porte de l’Enfer

J’irais bien à la Porte de l’Enfer, mais c’est au Turkménistan.

J’irais bien à la Porte de l’Enfer, mais c’est au Turkménistan.

Loin à l’est, au-delà du Désert des Crânes et des Montagnes Noires, derrière le Gouffre de Khâl-Zoltor, se dresse la Porte de l’Enfer. C’est quelque part au Turkménistan, entre le Pendantoustan et le Papourlinstan. On pourrait croire à un phénomène naturel, mais il n’en est rien : la nature s’est juste contentée de fournir les éléments bruts que les hommes employèrent avec brio pour déchaîner plusieurs décennies de cirque pyrotechnique.

En 1971, les Russes parcouraient le désert de Karakoum à la recherche de pétrole et, parce que la vie est pleine de surprises, y trouvèrent du gaz naturel, qu’ils décidèrent d’exploiter. À la mode Soviétique. C’est-à-dire en collant une pompe vite bricolée sur une poche en croisant les doigts pour que ça ne leur pète pas à la figure.

Ça n’a pas pété, mais par contre tout a déguillé parce qu’ils n’avaient pas préalablement vérifié si, par hasard, une grotte naturelle ne s’étendrait pas juste sous la structure. C’est ainsi que vit le jour un vaste cratère de quelques soixante mètres de diamètre sur vingt de profondeur, dont s’échappait continuellement de grandes quantités de gaz par de multiples ouvertures.

Pour prévenir les éventuels risques que ces émanations pouvaient faire peser sur les populations avoisinantes, les Russes boutèrent le feu à tout le bazar et s’éloignèrent à la cool, au ralenti, sans regarder l’explosion ; l’idée était d’épuiser les réserves de gaz naturelles, ce qui devait prendre, selon leurs estimations, quelques semaines.

Une semaine paisible à Karakoum.

Aujourd’hui, soit plus de quarante ans après, on compte toujours les semaines. À la fin de l’ère communiste, Sapramurat Niyazov fit raser les villages voisins et les lieux sont depuis lors complètement déserts.

En vous basant sur cette statue en or de Sapramurat Niyazov, essayez de deviner qui était cet homme : A) un vétérinaire de campagne. B) un copain à Gepetto. C) un dictateur tyrannique et mégalomane.

En vous basant sur cette statue en or de Sapramurat Niyazov, essayez de deviner qui était cet homme : A) un vétérinaire de campagne. B) un copain à Gepetto. C) un dictateur tyrannique et mégalomane.

Pripyat

Vous connaissez tous Pripyat. Mais si : Tchernobyl, ça vous dit quelque chose ? Oui ? Alors voilà : Tchernobyl, c’était à Pripyat.

C’est parce que la fameuse centrale de Tchernobyl était en réalité beaucoup plus proche de Pripyat, cité-dortoir de ses ouvriers, que de Tchernobyl elle-même. Les Russes, y sont pas trop copains avec la logique.

Mais niveau images saisissantes, ils assurent carrément !

Mais niveau images saisissantes, ils assurent carrément !

Après la catastrophe de 1986, le monde entier avait les yeux rivés sur Tchernobyl et, par conséquent, se foutait royalement de Pripyat, dont il ignorait jusqu’à l’existence. Et les Soviétiques réagirent en conséquence : Tchernobyl fut littéralement prise d’assaut par tout ce qui portait une éponge et des gants ; nombre de citoyens russes furent dépêchés sur les lieux, où ils enterrèrent tout ce qui pouvait être enterré, jusqu’à la terre elle-même.

À la fin des opérations, une pléthore de véhicules, pour une valeur totale astronomique, se vit abandonnée sur les lieux ; les plus dangereusement touchés par les radiations furent enfouis sous terre comme le reste, tandis que des montagnes d’autres, moins irradiés mais tout de même inutilisables, se virent plantés sur d’énormes parkings improvisés. Aujourd’hui encore, ils s’étendent sur les vastes  territoires sacrifiés d’Ukraine, si immenses que vous pouvez les observer sur Google Map.

Je ne sais pas ce qu'ils ont fait des clés, mais si vous n'avez pas peur vous pouvez sûrement vous servir.

Je ne sais pas ce qu’ils ont fait des clés, mais si vous n’avez pas peur vous pouvez sûrement vous servir.

Peu après la catastrophe, la ville de Pripyat se vit évacuée dans une telle hâte que tout y fut laissé en plan ; il est dit que dans les maisons désertes, meubles, livres et même nourriture témoignent de la vie qui s’y déroulait, brutalement interrompue d’une minute à l’autre. S’agissant d’une cité ouvrière, on y trouvait quelques structures initialement destinées aux familles, comme la maternité ou le parc d’attraction, sans lesquelles une ville fantôme ne serait pas une ville fantôme.

Pripyat se voulait une sorte de vitrine de la prospérité communiste ; le symbole aura duré au-delà des espérances.

Pripyat se voulait une sorte de vitrine de la prospérité communiste ; le symbole aura duré au-delà des espérances.

Aujourd’hui toujours hautement dangereuse, Pripyat, à l’inverse de Tchernobyl, reste entièrement déserte si l’on excepte les excursions touristiques qui commencent à y être organisées, et dont vous reviendrez avec un bien beau souvenir et tous les tics possibles. Par contre, les lieux ont été réinvestis par la vie sauvage et, ironiquement, on y repère maintenant tout ce que la région compte comme espèces menacées.

Je vous laisse le soin de décider si vous trouvez cette nouvelle bonne ou triste.